Ensemble plus forts devant la loi de la jungle

Ensemble plus forts devant la loi de la jungle face à un monde menacé de fracture. Le multilatéralisme est de plus en plus critiqué.
Jamais depuis que le système a vu le jour, le multilatéralisme n’aura été aussi critiqué et remis en cause qu’il ne l’est depuis quelque temps. S’il compte encore de nombreux partisans et défenseurs, ses opposants et contradicteurs se font de plus en plus nombreux. Ils se font surtout de plus en plus entendre. D’aucuns ne manquent de pointer le responsable de cette montée en puissance de ceux qui œuvrent pour son enterrement. Son principal fossoyeur serait identifié. C’est l’actuel président américain, aime-t-on à désigner.
Trump tend à imposer sa vision des relations internationales
En effet, pour les partisans du système, «c’est le retour au pouvoir d’une administration nationaliste et populiste à Washington qui a accéléré sa remise en cause». Et de souligner que «son retour à la présidence en 2025-2026 a réaffirmé une approche unilatérale», affirmant «n’avoir pas besoin du droit international et que sa propre moralité guide les interventions américaines». Une posture qui marque un retour à la souveraineté stricte, bousculant les règles multilatérales, souligne-t-on.
Pour autant, d’aucuns ne manquent d’affirmer que le président américain, qui tend à imposer sa vision des relations internationales, définissant ses contours au gré des interventions et des situations indiquant comment elles devraient être et comment elles devraient être régies tout en soutenant n’avoir pas «besoin du droit international», n’a fait que surfer sur un sentiment général de plus en plus présent parmi les dirigeants de la planète, exacerbé, selon les avis, par la multiplication des crises et des conflits et l’incapacité des organisations internationales dont les Nations unies et son Conseil de sécurité à trouver des règlement et des solutions définitives.
Les exemples ne manquent pas. Pis, ils sont légion: du Sahara occidental à la Palestine, en passant pas Ghaza, le Yémen, la Libye et autres régions qui vivent depuis des années des crises et des conflits dont le règlement tarde à être trouvé. Pourtant, dans tous ces exemples, des envoyés spéciaux de l’ONU sont en charge des dossiers. Il est vrai aussi, à leur décharge, que leur mission n’est guère facilitée par les ingérences et autres interférences, voire dans certains cas le laxisme du Conseil des sécurité, pris en otage par certaines puissances qui s’en servent comme un levier pour protéger leurs intérêts et ceux de leurs alliés.
La logique du plus fort et du rapport de force
Du reste, ne manque-t-on de rappeler, si le multilatéralisme est décrié aujourd’hui en tant que système, la cause est à rechercher dans justement le déclin de l’organisation onusienne et du multilatéralisme qu’elle prône qui découle en fait d’un basculement plus profond. Ce sont les principes qui ont structuré l’ordre international depuis la Seconde Guerre mondiale qui ont perdu de leur force et de leur emprise. Aujourd’hui, force est de le dire, c’est la logique du plus fort et du rapport de force du moment construits, par ailleurs, sur la recherche ou la défense d’intérêts immédiats qui prime.
Selon Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, «Trump n’a fait qu’exposer l’évidence: le monde tel que nous l’avons connu appartient au passé», avant d’ajouter dans une chronique publiée en 2025 que «la politique incarnée par l’actuel président américain ne se limite pas à contourner les règles existantes: elle vise à les pulvériser pour instituer une nouvelle réalité où seules comptent la force et la capacité à imposer ses volontés».
Selon lui, «ce que nous observons aujourd’hui, c’est la fin d’une ère où les alliances étaient stables et où le multilatéralisme jouait encore un rôle d’arbitre. À sa place émerge un monde plus incertain, proche de celui du XIXe siècle: un univers où le bilatéralisme domine et où les alliances se font et se défont au gré des circonstances». Faut-il pour autant déduire et se faire à cette idée que l’ère du multilatéralisme globalisé est irrémédiablement révolue et que le monde est tenu de s’adapter à une nouvelle réalité que le président américain tend à mettre en exécution en créant un Conseil de paix qui aurait pour mission de se substituer au Conseil de sécurité?
Appel au maintien du multilatéralisme et la réforme des Nations unies
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, lui, refuse de croire à la fin proche du système. Fin janvier, devant les membres du Conseil de sécurité, il a une nouvelle fois défendu le rôle du Conseil de sécurité, «seul» organe, a-t-il rappelé, à avoir le pouvoir d’imposer des décisions en matière de paix dans un monde marqué par la «loi de la jungle».
Conscient du basculement en cours, accéléré par l’administration américaine, il a dénoncé la volonté de changer le cours de l’Histoire par la force. «Partout dans le monde, l’État de droit est remplacé par la loi de la jungle. Nous constatons des violations flagrantes du droit international et un mépris éhonté de la Charte des Nations unies», a-t-il affirmé.
«Il est temps que tous les pays renouvellent leur engagement à respecter pleinement le droit international. Et qu’ils soient à la hauteur des promesses et des obligations énoncées dans la Charte des Nations unies», a insisté Antonio Guterres. Faut-il aussi prendre en compte les attentes des pays ? Nombreux également sont ceux qui plaident à la fois pour le maintien du multilatéralisme et la réforme des Nations unies pour plus de justice et d’équité dans le monde.
Nadia Kerraz
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