Moteur de l’industrialisation et de la diversification économique

L’exploitation de la mine de Gara Djebilet sera le moteur de l’industrialisation et de la diversification économique en Algérie.

Sur Instruction du chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, le lancement de l’exploitation du minerai de fer extrait de la mine de Gara Djebilet est attendu au courant du premier trimestre de l’année en cours. Considéré comme un des principaux leviers de la nouvelle orientation économique du pays, ce mégaprojet consacre le principe de souveraineté économique et la diversification des ressources hors hydrocarbures.

Réintégrer le domaine des grands pays émergents

Son exploitation ouvre, le moins que l’on puisse dire, de nouvelles perspectives en matière d’industrialisation, de création d’emplois, du développement local et favorisera, inéluctablement, l’émergence d’une véritable filière sidérurgique intégrée à l’échelle nationale. Du point de vue des experts, le lancement de l’exploitation constitue une étape historique et revêt un caractère stratégique notamment pour la relance du secteur industriel.

L’expert économique spécialisé en énergie et mines, Ali Kefaifi, souligne que cette «première étape est en soi une victoire aux multiples aspects: économique, scientifique, développement des chaînes de valeur minière et minéralurgique et développement industriel de territoires». Pour cet ancien directeur du complexe pétrochimique de Skikda, «il ne s’agit pas d’un simple projet micro-économique d’une entreprise, mais de la mise en œuvre d’une stratégie industrielle d’un pays et d’un projet macroéconomique qui permettra à l’Algérie de réintégrer le domaine des grands pays émergents, à travers des projets créateurs d’emplois, de richesse, de développement technologique».

Tout en valorisant la compétence algérienne, Kefaifi fait observer que «les ingénieurs algériens ont réalisé en une décennie ce que les autres nations n’ont pu faire. Ce succès sera considéré comme un miracle économique car il aura pu franchir les principales étapes liées à des défis techniques, scientifiques et économiques exceptionnels». Sur la lancée, l’expert mettra en avant le potentiel existant le qualifiant de «très important». «Ces gisements de Gara Djebilet et Mecheri Abdelaziz contiennent près de 3 milliards de tonnes en subsurface, mais renferment, cependant, plus de 25 milliards de tonnes-métal quoique très hétérogènes aux plans de la teneur et de l’épaisseur».

Création d’emploi et réduction des importations en perspective

Intervenant dans le même sillage, l’expert en économie Mourad Goumiri indique que le gisement de Gara Djebilet «l’un des plus grands au monde de par ses réserves et son exploitation dans les 10 prochaines années, est à ciel ouvert. Il projette notre pays dans le club restreint des producteurs d’acier et contribue à la diversification de nos exportations tout en satisfaisant la demande nationale». Goumiri estime que ce projet aura des effets économiques positifs à moyen et long terme sur la balance commerciale, surtout sur les recettes en devises, notamment à travers la substitution aux importations de matières premières.

«Les exportations de minerai de fer et d’acier contribueront à augmenter nos recettes et donc de nos réserves de change. Cependant, les quantités de gaz naturel utilisées pour les aciéries vont venir en soustraction aux quantités de gaz naturel exportées directement par gazoduc et par méthaniers pour le GNL», indique-t-il avant d’enchaîner que «la satisfaction de la demande nationale de consommation de produits sidérurgiques réduit les importations de ces produits et joue le rôle de substitution aux importations, tout en diminuant les dépenses en devises pour ces produits».

Les retombées positives sur ce projet ne se limitent pas que sur l’aspect économique. Elles sont également palpables sur le plan social, notamment en matière de création d’emplois et de dynamisation des territoires. À ce sujet, Goumiri affirme que «l’exploitation de ce gisement va effectivement créer de l’emploi qualifié direct et des emplois indirects, dans une région où la création d’emplois n’est pas facile, du fait de son caractère semi-désertique. Il va également créer une importation de main-d’œuvre des régions avoisinantes sur tous les sites où seront installées les usines de transformation de transport et de stockage».

L’expert ne conclut pas sans souligner que ce projet «nécessite de lourds investissements pour le transport (900 km de rail) et également pour sa séparation du phosphore avec lequel il est mélangé. Enfin, la transformation du fer en acier nécessite d’énormes quantités de gaz qui seront prélevées sur les exportations de ce produit énergétique».

L’Algérie, acteur régional compétitif

De son côté, l’expert économique El Houari Tigharsi souligne, pour sa part, que le gisement de Gara Djebilet est «considéré comme l’un des projets stratégiques de l’économie nationale, en raison de son rôle dans la consolidation de la diversification économique et la réduction de la dépendance aux ressources énergétiques traditionnelles». Évoquant son impact sur les investissements étrangers, l’expert a souligné que ce projet constitue un véritable catalyseur. «Le projet suscite un fort intérêt des grandes entreprises internationales des secteurs minier et des industries lourdes», indique-t-il, citant à tire d’exemple celles en provenance de Chine, des États Unis et de l’Inde.

«Dans ce cadre, des contrats de partenariat et d’investissement ont été signés pour la mise en place d’unités de traitement et de réalisation d’infrastructures de base y afférente», signale Tigharsi. Cette ouverture à des partenariats étrangers contribue, de son point de vue, à attirer des capitaux étrangers qui sont développés dans le domaine technologique et dans le savoir-faire technique. «Ceci renforcera, ajoute-t-il, les perspectives de développement de l’industrie du fer et de l’acier en Algérie et positionne le pays comme un acteur régional compétitif».

Évoquant la ligne ferroviaire reliant Gara Djebilet à Béchar et Tindouf, Tigharsi indique que ce projet constitue «une avancée considérable» qui permettra de réaliser «des gains significatifs en matière d’efficacité et de performance logistique». Cette infrastructure permettra, selon lui, de réduire les coûts d’exploitation par rapport au transport routier traditionnel et d’accélérer les flux d’exportation vers les marchés national et international. Dans ce sillage, l’expert rappelle que le coût du transport des minerais depuis les zones de production vers les pôles industriels et les ports a été «un des principaux obstacles freinant le développement du secteur minier en Algérie. Ce qui affectait la compétitivité du produit».

L’expert estime, qu’outre les milliers d’emplois qui devront être crées, le projet en question viendra soutenir le tissu industriel local et réduire la facture des importations de matières premières utilisées dans l’industrie sidérurgique. Il contribuera ainsi à accroître la valeur ajoutée de l’économie nationale. Pour conclure, Tigharsi note que «le projet de Gara Djebilet ne se limite pas à la simple exploitation de ressources naturelles mais constitue un véritable levier de développement consolidant la capacité de l’Algérie à attirer les investissements étrangers, à réduire les coûts de transport et de logistique et à consolider sa souveraineté industrielle et économique».

 Wassila Ould Hamouda

Moteur de l’industrialisation

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