Exportation hors hydrocarbures: Appui de l’État, défi des entreprises

L’exportation hors hydrocarbures bénéficie de l’appui de l’État et aux entreprises de relever le défi, en Algérie. 

L’Algérie veut désormais installer l’exportation hors hydrocarbures comme une politique de fond, et pas seulement comme une orientation portée par l’Exécutif. Touchant à des enjeux aussi variés que l’emploi, la balance des paiements, la solidité du dinar, la montée en gamme des entreprises et l’image du produit algérien à l’étranger, la question s’est imposée comme une priorité. Ces dernières années, on a vu se consolider une idée simple : si le pays veut réduire sa dépendance aux recettes pétrolières et gazières, il doit apprendre à vendre autre chose, régulièrement, et sur des marchés qui ne pardonnent ni l’irrégularité ni l’amateurisme.

Produire plus, mieux et en continu pour atteindre les 30 milliards $

Sur la courbe des dernières années, l’évolution est réelle, même si elle n’a pas été linéaire. Pendant longtemps, les exportations hors hydrocarbures sont restées cantonnées à des niveaux jugés modestes, avec des performances souvent ponctuelles et concentrées sur quelques produits. Puis, au début des années 2020, une dynamique plus visible s’est installée, avec des paliers franchis et un record autour de 7 milliards de dollars en 2022. Cette «poussée» a nourri un discours optimiste, mais elle a aussi rappelé le fait qu’exporter ne se résume pas à expédier des containers quand l’occasion se présente. Il faut sécuriser les volumes, stabiliser la qualité, respecter les normes et tenir des délais, sinon le marché se ferme aussi vite qu’il s’est ouvert.

La stratégie officielle s’est, elle, structurée autour d’un objectif chiffré, répété et assumé au plus haut niveau. Le président Abdelmadjid Tebboune a fixé le cap à l’horizon 2030 pour atteindre 30 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures, en partant d’un niveau qui a dépassé 7 milliards de dollars ces dernières années. Il ne s’agit donc plus de gagner quelques centaines de millions supplémentaires, mais de changer d’échelle. Et pour y parvenir, la question n’est pas seulement «quoi exporter?», mais surtout «comment tenir la cadence?». Car le saut de 7 milliards vers 30 milliards de dollars suppose des filières capables de produire plus, mieux, et de façon continue, tout en restant compétitives face à des concurrents déjà installés.

Travailler sur les outils pour réduire les coûts et les risques

Dans ce contexte, l’État a choisi de combiner deux approches. Celles d’encourager et encadrer. Encourager, d’abord, en mettant en avant les opérateurs qui franchissent le pas et qui arrivent à s’implanter à l’étranger. C’est le sens du «Prix du Président de la République du meilleur exportateur», institué par décret présidentiel du 24 juin 2024. L’exportation devient ainsi une priorité algérienne et la réussite dans ce domaine mérite d’être distinguée au même titre que l’investissement ou la création d’emplois. Le concours a été relancé fin 2025, ce qui confirme la volonté d’en faire un rendez-vous régulier et une vitrine pour donner des exemples, créer une émulation et installer une culture de performance tournée vers l’extérieur.

L’autre approche concerne l’encadrement, en travaillant sur les outils qui peuvent réduire le coût et le risque à l’exportation pour les entreprises, notamment celles qui n’ont pas l’habitude des marchés extérieurs. Sur ce volet, la loi de finances 2026 introduit des dispositions présentées comme un renforcement du soutien aux exportateurs, en particulier sur la participation aux salons et événements économiques à l’étranger, avec une prise en charge pouvant aller jusqu’à 100% des frais via le Fonds spécial de promotion des exportations, alors que cette prise en charge était auparavant partielle.

La problématique de la livraison dans l’exportation hors hydrocarbures

Mais, au-delà des dispositifs, c’est la mécanique quotidienne de l’export qui reste au cœur des débats entre opérateurs. Beaucoup le résument en une phrase: «le problème n’est pas de vendre, c’est de livrer». À l’international, les acheteurs veulent de la régularité et des garanties. La moindre rupture d’approvisionnement, une variation de qualité ou un retard logistique peut coûter un marché. C’est là que surgissent les défis les plus cités, ceux relatifs au transport et fret, à disponibilité des intrants, aux normes et certification, à l’assurance, et parfois même à la question de la constance de la production.

Autrement dit, la bataille se joue autant dans les ateliers et les vergers que dans les ports, les laboratoires de contrôle et les chaînes administratives. L’autre enjeu, moins visible mais décisif, est celui de la montée en gamme. L’Algérie peut exporter des produits bruts, mais la valeur se fait davantage dans la transformation et la marque. C’est particulièrement vrai dans l’agroalimentaire, où la concurrence est forte et où les marchés exigent traçabilité, standardisation et présentation.

L’exportation hors hydrocarbures à l’épreuve du terrain

Dans l’industrie, la question est similaire, en ce sens qu’exporter des matériaux ou des produits semi-finis n’a pas le même impact que d’exporter des équipements, des composants ou des produits à plus forte valeur ajoutée. Là encore, la stratégie des pouvoirs publics insiste sur la nécessité de consolider une base productive capable de tenir les marchés extérieurs, au lieu de dépendre d’opérations opportunistes.

Au final, la dynamique hors hydrocarbures se joue sur une ligne de crête. D’un côté, il y a une volonté politique qui se traduit par des objectifs ambitieux à 2030, des signaux symboliques comme un prix présidentiel et des mesures budgétaires destinées à faciliter la prospection et la présence à l’étranger. De l’autre, il y a une réalité de terrain où l’exportation reste un exercice exigeant, qui demande de la discipline industrielle, une logistique fiable et une capacité à répondre aux standards internationaux sans négociation possible.

Lyes Mechti

 

 

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