Hommage au fervent défenseur de l’unité nationale

Un hommage au fervent défenseur de l’unité nationale, Hocine Aït Ahmed, est rendu samedi à Alger lors d’une rencontre organisée par le FFS.

L’évènement qui célèbre le centenaire de la naissance de ce dirigeant historique de la Révolution algérienne a réuni des historiens, universitaires, responsables politiques et témoins de l’histoire venus d’Algérie, de Tunisie, de France et d’autres pays, lesquels ont restitué, dans sa complexité et sa rigueur, une œuvre politique et intellectuelle d’une singularité exceptionnelle.

«Il n’a jamais recherché le confort d’un consensus factice»

L’allocution d’ouverture est prononcée par Youcef Aouchiche, premier secrétaire national du FFS, qui pose le cadre éthique et historique de la rencontre. «Ce colloque n’est pas un exercice de commémoration rituelle, mais un acte de transmission critique», affirme-t-il. Insistant sur le danger des récits simplifiés ou instrumentalisés, il souligne que «transmettre, ce n’est pas sanctifier, ce n’est pas figer, encore moins instrumentaliser. C’est restituer honnêtement les faits, les débats, les contradictions, dans leur épaisseur historique».

Pour Aouchiche, Hocine Aït Ahmed incarne une vision exigeante de l’unité nationale affirmant «qu’il n’a jamais recherché le confort d’un consensus factice, mais a systématiquement opté pour le choix difficile: la recherche d’un véritable consensus national fondé sur un triptyque indissociable, unité nationale, paix civile, souveraineté populaire». Il reppelle que, pour Aït Ahmed, «le pluralisme n’est pas une menace pour l’unité, mais sa condition même», et que la démocratie n’était «ni un luxe postindépendance ni une concession, mais une conquête quotidienne».

Les racines familiales et spirituelles d’Aït Ahmed

L’historien Mohamed Lahcen Zeghidi offre, pour sa part, un portrait centré sur les racines familiales et spirituelles d’Aït Ahmed. «Né un vendredi, jour de rassemblement, il descendait à la fois de Si Mohammed Aït El-Hussein, figure spirituelle de la confrérie Rahmania à Tizi Ouzou, et de Lalla Fatma N’Soumer, héroïne de la résistance kabyle», mentionne-t-il, soulignant que son enfance a été marquée par la rigueur, la foi et l’injustice coloniale. Il a rappelé qu’il fut initié très tôt au Coran, puis orienté vers les études. «Il parcourait 10 kilomètres par jour, de son village au lycée. Cette distance lui a appris à devenir grand dans la petite enfance et forgea en lui une maturité précoce et un sens aigu de la responsabilité», souligne-t-il.

«Aujourd’hui, nous rendons hommage à un homme hors du commun. Un fondateur. Une école. Une valeur incarnée. Un homme que nous considérons comme une mémoire nationale vivante, dont les pages continuent de nous parler, encore aujourd’hui. Grâce à des figures tel Hocine Aït Ahmed, l’Algérie a pu conquérir son indépendance. Aït Ahmed est né un vendredi, précisément le 20 août 1926. Cette date n’est pas anodine, elle porte en elle les signes d’une grandeur à venir. Et ce 20 août deviendra plus tard la Journée nationale du moudjahid, symbole fort de la lutte pour la liberté», signale-t-il.

Une mémoire collective

Selon lui, évoquer le centenaire d’Aït Ahmed, c’est bien plus que célébrer un individu, c’est célébrer une mémoire collective. Dans cette allocution, Zeghidi s’est concentré sur l’enfance d’Aït Ahmed. «Son enfance fut marquée par les rigueurs de la vie rurale: froid, faim, maladies. Lui-même échappa de justesse à la mort à l’âge de 6 ans. Dans ses études, il se montra assidu», rappelle-t-il. Son initiation politique commença grâce à son oncle, Ouzine, étudiant à l’université et opposant farouche au service militaire obligatoire imposé aux Algériens depuis 1940.

C’est lui qui lui transmit les premiers rudiments du nationalisme, lui apprenant notamment le chant du Parti du Peuple Algérien empreint de sacrifice et d’amour de la patrie. Au lycée de Ben Aknoun à Alger, il se consacra d’abord à ses études. Mais les événements de 1945 changèrent tout. Lors des massacres du 8 mai à Sétif, Guelma et Kherrata, Aït Ahmed ne fut pas un simple spectateur.

Il vécut ces journées en militant engagé, révolté par l’oppression coloniale. Son oncle, figure tutélaire, trouva la mort durant ces événements, renforçant sa détermination, relaie Zeghidi, soulignant que de l’enfance à la la Révolution, Hocine Aït Ahmed fut un artisan essentiel de la libération de l’Algérie. Homme de principes, de rigueur morale et d’unité nationale, il laisse derrière lui une école de pensée et d’action patriotique.

Soutien indéfectible à la cause palestinienne

Mustapha Ben Jaafar, président d’honneur de l’Internationale socialiste, fondateur et ancien secrétaire général d’Ettakatol, ex-président de l’Assemblée constituante tunisienne, a mis en exergue l’engagement régional et international d’Aït Ahmed. Dès les années 1950, il concevait la lutte algérienne comme partie intégrante d’un mouvement anticolonial mondial. Il participa au Congrès de Bandung en 1955 et à la Conférence des partis socialistes à en 1956, au sein de délégations maghrébines comprenant Salah Ben Youssef, Allal Al Fassi et Tayeb Slimi. Ces initiatives aboutirent à la présentation d’un «Pacte maghrébin commun», témoignant d’une conviction profonde que nos destins sont liés.

L’intervenant salue également son soutien indéfectible à la cause palestinienne, soulignant que pour Aït Ahmed, «la lutte palestinienne était le prolongement naturel de la lutte algérienne». Il rappelle que l’Algérie fut la 1e nation au monde à reconnaître officiellement l’État de Palestine en 1988.

«Sa vision de l’unité maghrébine n’était ni un rêve romantique ni une rhétorique idéologique, mais un projet concret de libération démocratique. Hocine Aït Ahmed fut un homme dont la vie entière fut une fidélité sans faille à ses principes. Il a défié le colonialisme, affronté l’exil, résisté à toutes les formes de compromission, mais n’a jamais trahi sa conscience. Il croyait profondément que c’est la volonté des peuples qui fait l’Histoire. Que son exemple soit pour nous tous un guide, une lumière, et un rappel permanent que la liberté, la dignité et la justice sont les seules voies qui honorent les nations», conclut-il.

Un militant et un stratège

L’historien Amar Mohand Amer retrace quant à lui les années qui ont conduit un jeune intellectuel Kabyle à incarner une rupture stratégique dans la lutte anticoloniale, marquée par l’échec des voies pacifiques et la nécessité d’une guerre populaire.

«C’est dans un contexte d’intensification politique et de violence extrême que le jeune Aït Ahmed se distingue non seulement comme militant, mais comme stratège. En 1948, sous le pseudonyme de «Zeddine», il rédige un rapport d’une rare clarté et d’une grande radicalité considéré par Mohamed Harbi comme l’analyse la plus cohérente produite par un dirigeant algérien à cette époque. Ce document appelle à la création d’une organisation clandestine capable de mener une guerre populaire» rappelle-t-il, affirmant que cette vision se concrétise rapidement et Aït Ahmed devient l’un des artisans de l’Organisation Spéciale (OS), et participe activement à l’une de ses premières actions emblématiques, l’attaque de la Grande Poste d’Oran en avril 1950.

Pour lui, Hocine Aït Ahmed incarne une figure rare, celle d’un intellectuel engagé qui, face à la brutalité du colonialisme, choisit la lucidité radicale sans jamais renoncer à l’humanisme. «Il n’hésite pas, ne tergiverse pas. Il agit, parce qu’il sait que l’histoire ne laisse pas de place à l’indécision. Son parcours race une trajectoire exemplaire de fidélité à la cause nationale, à la démocratie et à la justice sociale», a-t-il conclu.

Aya Malak

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