La diplomatie religieuse pour lutter contre l’extrémisme violent au Sahel

Les travaux du colloque scientifique de haut niveau intitulé « La diplomatie religieuse au Sahel: enjeux et perspectives », débutent, ce mercredi à Alger.
Dans une allocution prononcée à cette occasion, le conseiller auprès du président de la République, chargé des Affaires religieuses, des Zaouias et des écoles coraniques, Mohamed Hassouni, souligne que « la diplomatie religieuse n’est pas un simple concept théorique, mais une réalité et un enjeu stratégique pour lutter contre l’extrémisme violent au Sahel ».
«L’Algérie peut mener une initiative réformatrice en Afrique»
«Le Sahel africain fait face à de graves défis liés à la montée du phénomène de l’extrémisme violent, qui menace la stabilité des sociétés, l’unité des États, entrave les trajectoires de développement et affaiblit la capacité des institutions à remplir leurs fonctions. L’expérience a montré que les solutions purement sécuritaires et militaires ne suffisent pas. La lutte contre ce phénomène complexe exige des approches multidimensionnelles, où la dimension religieuse et spirituelle constitue un pilier fondamental», indique Mohamed Hassouni.
Dans ces conditions, l’adoption d’une diplomatie religieuse n’est pas une simple idée théorique, mais une possibilité réelle et un pari stratégique pour faire face à l’extrémisme violent dans le Sahel africain, estime-t-il. «L’Algérie, avec son héritage spirituel et soufi transfrontalier, est capable de mener une initiative réformatrice humaniste, de renforcer le dialogue et la coexistence, et de jeter les bases d’une paix durable sur le continent africain», appuie-t-il. C’est dans ce cadre que la diplomatie religieuse apparaît comme une option stratégique capable d’instaurer la confiance entre les États et les sociétés, de renforcer l’appartenance spirituelle et nationale, en plus de diffuser la culture de la paix et du vivre-ensemble.
Une prévention précoce menée par les leaders spirituels
Pour Hassouni, les institutions religieuses, notamment les zaouïas représentent un capital social précieux. Car, elles disposent de réseaux étendus de disciples, d’étudiants et de notables, et constituent des canaux de communication qui atteignent aussi bien les zones rurales que les villes. Elles contribuent à consolider l’identité spirituelle et nationale, en affaiblissant le discours des groupes extrémistes fondé sur la division et la rupture des liens spirituels entre maîtres et disciples, explique-t-il.
«Dans des pays comme l’Algérie, le Nigeria, le Mali, le Niger, le Tchad et la Libye, ces réseaux religieux forment un prolongement naturel avec une influence positive et favorisent une résilience transfrontalière, contre toute violence. Mais ces potentialités doivent être mises à profit concrètement pour produire un impact tangible», soutient-Il. Le même responsable souligne, dans la foulée, les principaux enjeux de la diplomatie religieuse. Sur le plan sécuritaire, il est question, à ses yeux, de réduire la capacité des groupes terroristes à recruter les jeunes, grâce à une prévention précoce menée par les leaders spirituels.
Promouvoir des médiations religieuses et sociales pour résoudre les conflits
Sur le plan Social, il s’agit de permettre aux femmes et aux jeunes de jouer des rôles réformateurs et de soutenir les associations religieuses locales. Il cite aussi l’intégration des conseillères religieuses comme gardiennes des valeurs au sein des familles et des écoles, outre L’organisation de caravanes spirituelles. Dans le domaine cultuel, la diplomatie religieuse consiste à organiser des activités religieuses et spirituelles communes pour reconstruire la confiance et renforcer l’identité collective, tout en usant des technologies pour consolider l’impact de toute action entreprise dans le cadre de la diplomatie religieuse, où le discours modéré en est l’essence.
De point de vue politique, le conseiller souligne l’impératif de rebâtir des ponts entre les frontières des pays du Sahel et promouvoir des médiations religieuses et sociales pour résoudre les conflits avant qu’ils ne s’aggravent. A cette occasion le même responsable met en lumière le rôle éminent du Cheikh Abdelkrim El Maghili, comme une référence réformiste en Afrique et qui a pu incarner un modèle de gouvernance vertueuse dans le Sahel africain, fondé sur la justice, la concertation et la coexistence.
A Mehdid