Criminalisation du colonialisme français: «Le texte vise l’État colonial»

Le projet de loi sur la criminalisation du colonialisme français: «Le texte vise l’État colonial», insistent les membres du Conseil de la Nation lundi à Alger.
Lors du débat sur le projet de loi relatif à la criminalisation du colonialisme, plusieurs membres du Conseil de la Nation affirment que ce n’est ni un acte de vengeance ni une posture politique, mais une exigence morale, historique et juridique visant à consacrer la vérité, protéger la mémoire nationale et poser les fondements d’une réconciliation authentique, fondée sur la reconnaissance des crimes commis entre 1830 et 1962. Ils soulignent que ce texte législatif ne vise pas le peuple français, mais l’État colonial et sa responsabilité historique, rejetant ainsi toute confusion entre «justice» et «revanche», insistant sur le fait que l’objectif est de libérer la mémoire, non de l’enfermer dans la rancœur.
Un «crime d’État pleinement caractérisé»
Les intervenants ont appelé à renforcer le texte sur le plan juridique en précisant les notions de «réparation», «justice historique» et «préjudice», intégrer les principes du 1e Novembre 1954, et transformer la loi en stratégie nationale pour la récupération des archives, la reconnaissance des victimes des essais nucléaires, et l’édification d’un cadre panafricain contre le colonialisme. Par ailleurs, ils ont tous salué la position constante du président de la République, qui a fait de la sauvegarde de la mémoire nationale un pilier de la souveraineté algérienne.
L’élu Mourad Lakhal qualifie le colonialisme français de «projet systématique d’extermination», énumérant avec précision les crimes commis: massacres, essais nucléaires, destruction de plus de 8.000 villages, stérilisations forcées, profanation des morts. Pour lui, ces faits constituent un «crime d’État pleinement caractérisé», imprescriptible selon le droit international. Mais au-delà de la condamnation morale, Lakhal appelle à une élévation juridique du texte.
Il critique son style actuel, jugé trop «émotionnel et littéraire», et propose de le restructurer en un instrument législatif rigoureux, traduisible et exportable. Objectif: en faire une référence panafricaine, voire mondiale, capable d’inspirer d’autres peuples colonisés. Lakhal considère que ce texte n’est pas une fin en soi, mais le début d’un combat légal et diplomatique pour la vérité.
Une «politique d’État méthodique» de violation contre les droits humains
Abdelkader Boubidi insiste, pour sa part, sur le fait que cette loi ne vise pas le peuple français, mais le système colonial criminel. Il rejette fermement l’idée de «marchander» le sacrifice des martyrs, critiquant l’article 10 du projet qui évoque une «indemnisation». Le chahid, affirme-t-il, «n’attend ni récompense ni compensation». Il appelle à pleinement appliquer la loi sur le Moudjahid et le Chahid, et souligne que ce texte est un acte de souveraineté, non de haine.
Le sénateur Lahbib Douagui met en lumière, quant à lui, la dimension environnementale et sanitaire souvent sous-estimée des crimes coloniaux. Il rappelle que de 1830 à 1962, le colonialisme a été une «politique d’État méthodique» de violation contre les droits humains, dénonçant l’absence totale de dépollution, le refus d’accès aux soins et le déni du droit à la vérité pour les victimes.
Karima Alloun