Lakhmissi Bezzaz : «Les institutions religieuses comme outil de médiation»

Face aux conflits minant le Sahel, la diplomatie religieuse s’érige en espace alternatif pour tenter de façonner la stabilité dans la région, à travers la mobilisation des liens spirituels et les institutions religieuses transfrontalières.
Ces institutions religieuses constituent un moyen efficace, durable et en mesure d’assurer une médiation, de renforcer la compréhension et de gérer les relations internationales et c’est ce qui ressort de l’intervention du secrétaire général de la Ligue des oulémas des prêcheurs et des imams du sahel (LOPIS), Lakhmissi Bezzaz, lors d’une conférence dédiée, à «la diplomatie religieuse au Sahel africain … défis et enjeux», initiée qui s’est tenue hier par la LOPIS en coordination avec le Haut conseil islamique, (HCI).
Exploiter la religion pour dépasser les tensions et les blocages dans la communication interne
Ainsi, Bezzaz souligne estime que la mission des réformateurs, des prédicateurs et des institutions dans l’accomplissement de ces rôles civilisationnels, est rendue plus difficile par la situation sécuritaire au Sahel africain. «La fragilité des institutions officielles dans plusieurs pays et l’aggravation des défis sécuritaires, ainsi que les nombreuses interventions étrangères, compliquent davantage la tâche», soutient-il. Le SG de la LOPIS estime que la région du Sahel est devenue le laboratoire le plus complexe au monde des interactions entre religion et politiques internationales. La diplomatie religieuse s’est transformée d’un simple outil complémentaire en un pilier stratégique au cœur des doctrines sécuritaires des États en conflit.
La diplomatie religieuse s’érige, poursuit-il, en espace alternatif pour tenter de façonner la stabilité dans la région, en mobilisant les liens spirituels et les institutions religieuses transfrontalières comme moyen efficace, durable et capable d’assurer une médiation et de gérer les relations internationales. «La religion est un capital symbolique immense que les sociétés doivent exploiter pour dépasser les tensions et les blocages dans la communication interne, causés par les pièges des ennemis de la région et les complots menés par des forces malveillantes visant à semer la discorde entre les peuples et les États, en usant de leur argent corrompu et de leur logique perverse», souligne Bezzaz.
La diplomatie religieuse, une nécessité sécuritaire et existentielle
La LOPIS affirme, avec conviction, que la religion dans le Sahel n’est pas seulement des rites et des pratiques, mais un moteur social et une soupape de sécurité vitale. De même qu’elle est convaincue que la diplomatie religieuse, réitère Bezzaz, n’est pas «un luxe intellectuel, mais une nécessité sécuritaire et existentielle». «Nous devons la mobiliser dans les batailles de la conscience. Elle n’est pas un substitut ni un concurrent de la diplomatie officielle, mais un soutien et un appui qui nous permet de protéger nos patries contre les dangers de la désintégration sociale et les menaces de l’escalade de la violence sous toutes ses formes», conclut-il.
A ce titre le président du HCI, Mabrouk Zaid Al-Khair met l’accent sur la persistance des conflits ethniques semés par le colonialisme dans la région du Sahel, ainsi que les répercussions des mouvements de rébellion, qui sèment la discorde au sein des sociétés. D’où l’importance, souligne-t-il, de fédérer les efforts entre les Etats, dans le cadre de la coopération, pour affronter ces défis et menaces multidimensionnels. «Nous avons besoin de renforcer les relations, de consolider les liens, de mobiliser les énergies, de rapprocher les paroles et d’unir les efforts, afin de défendre les valeurs, préserver la dignité et protéger l’identité des peuples africains. La coopération entre les États africains peut réaliser cet objectif, si ces pays parviennent à privilégier la raison et à trouver des solutions possibles pour affranchir l’Afrique des marécages du conflit et des pièges de la discorde», dit-il.
A. M.