Mohamed Lamine Debaghine, militant, médecin et diplomate de premier rang

Mohamed Lamine Debaghine a eu un parcours long et riche depuis son adhésion au Parti du peuple algérien (PPA) en 1939.
Décédé le 20 janvier 2003, après une vie consacrée à sa patrie, Mohamed Lamine Debaghine a joué un rôle de premier plan dans le Mouvement national et la guerre de Libération.
Parcours d’un homme d’Etat
L’enseignant-chercheur en histoire contemporaine et moderne de l’Algérie à l’Université de Médéa, Mouloud Grine, invité mercredi au forum de la mémoire, organisé par le quotidien El Moudjahid et l’association Machaâl Echahid, a rappelé que Mohamed Lamine Debaghine est décédé à l’âge de 86 ans, à Eulma, dans la wilaya de Sétif. «Quand nous évoquons cette figure historique, cela ne peut être à titre personnel ou privé. Il s’agit d’une lecture liée au parcours d’un homme d’Etat, d’un diplomate et d’un militant et intellectuel engagé pour la cause nationale dans un contexte historique difficile», a-t-il soutenu. «Lui et d’autres militants de la première heure symbolisent cette élite qui s’est insurgée contre le système colonial», a-t-il ajouté.
Pour l’universitaire, la trajectoire du défunt moudjahid se décline en trois étapes. «Il était un militant actif au sein du Mouvement national, un dirigeant de la lutte armée, et à l’indépendance il a revêtu sa blouse blanche pour exercer comme médecin», a-t-il fait remarquer. Parlant de son engagement, il a fait savoir qu’il a plaidé très tôt pour la lutte armée qui, pour lui, était «le seul moyen d’arracher la liberté». Après son adhésion au Parti du peuple algérien, il a été un témoin de la forte répression coloniale, en particulier durant la Seconde Guerre mondiale. «Le PPA a été dissous et certains de ses dirigeants, à l’image de Messali El Hadj, ont été traqués ou jetés en prison», a rappelé l’historien.
«Je n’ai fait que mon devoir, envers Dieu et la patrie»
Après l’emprisonnement de Messali El Hadj et son exil forcé à Brazzaville au Congo, Debaghine jouera un rôle essentiel dans la réorganisation du PPA avec d’autres militants. «Debaghine a rejoint les Amis du manifeste et de la liberté (AML), créé en 1943 à côté de Ferhat Abbas. Il a fortement participé à l’élaboration du Manifeste du peuple algérien, le 10 février 1943, par lequel Ferhat Abbas a plaidé pour l’indépendance et l’égalité. Il a été l’un des pionniers de la lutte anticoloniale en prenant langue avec d’autres partis en Tunisie et au Maroc», a-t-il soutenu. «Acquis à l’impératif d’une révolution armée pour se libérer du joug colonial, il s’oppose toutefois à la proposition du Carna qui plaide pour rejoindre et demander de l’aide auprès des nazis durant la Seconde Guerre mondiale», a-t-il souligné. Plus tard, le défunt a été un des fondateurs de l’Organisation Spéciale (OS). «L’OS était le prélude à la Révolution de Novembre 1954», a-t-il lancé.
Durant la guerre de Libération, Debaghine a été contacté par Krim Belkacem et Abane Ramdane pour rejoindre la direction de la Révolution. «Il a été à la tête de la délégation extérieure du Front de libération nationale (FLN), membre du deuxième Comité de coordination et d’exécution (CCE) formé en août 1957, puis ministre des Affaires extérieures au sein du premier GPRA jusqu’en 1959. Après son retrait définitif du champ politique, il se consacrera à son métier de médecin jusqu’à sa mort», a-t-il précisé. Enfin, l’orateur a fait savoir que le diplomate refusait de parler ou d’écrire, tout en répondant : «Je n’ai fait que mon devoir, envers Dieu et la patrie.» Il déclinait les sollicitations et les invitations après l’indépendance et se consacrait à ses patients.
Karima Dehiles