Mustapha Benamer, chef de service de médecine interne à l’hôpital de Rouiba
«La consommation de drogues cause de multiples pathologies»

Mustapha Benamer, chef de service de médecine interne à l’hôpital de Rouiba, affirme que «la consommation de drogues cause de multiples pathologies».
Les drogues ont de nombreux effets néfastes sur le corps humain, à court et à long terme. L’impact sanitaire varie selon le type de drogue consommé, tels que le cannabis, la cocaïne, l’héroïne, drogues de synthèse, la fréquence de consommation et l’état de santé initial de la personne. Dans cet entretien, le Pr Mustapha Benamer, chef de service de médecine interne à l’hôpital de Rouiba et président de la Société algérienne de gériatrie, est revenu sur les conséquences de la toxicomanie sur la santé physique.
Entretien réalisé par Karima Dehiles
Les substances toxiques représentent un danger pour la santé physique du consommateur. Comment cela se manifeste-t-il ?
Les drogues, telles que le cannabis, la cocaïne, l’héroïne, les molécules de synthèse, engendrent une dépendance psychologique, outre les graves atteintes physiques qui surviennent à court et moyen terme. Leurs effets néfastes sont souvent silencieuses mais irréversibles, selon la quantité et les de drogues consommées et la durée dans le temps. Dans les établissements sanitaires, des professionnels de la santé alertent sur les effets somatiques dévastateurs de la consommation de drogues sur l’organisme humain. D’ailleurs, durant les consultations, nous avons observé dans notre service des jeunes présentant des pathologies qui ne correspondent pas avec leur âge. Des maladies qui touchent dans la majorité des cas des personnes âgées, des malades chroniques et des sujets tabagiques. Un autre phénomène qui prend de l’ampleur : la toxicomanie chez les femmes. Auparavant, nous croyions que les hommes sont davantage enclins à consommer les drogues mais actuellement, nous recevons des jeunes filles toxicomanes. La toxicomanie ne se limite pas à une perte de contrôle ou à un trouble du comportement. Elle constitue, avant tout, un problème majeur de santé publique, responsable de multiples pathologies touchant presque tous les organes du corps. Alcool, cannabis, drogues dures ou médicaments détournés de leur usage thérapeutique laissent des séquelles durables, parfois mortelles.
Pourriez-vous nous éclairer davantage ?
Le système nerveux est en première ligne. Le cerveau est l’un des premiers organes affectés par la consommation régulière de substances psychoactives. Troubles de la mémoire, difficultés de concentration, pertes d’équilibre ou crises convulsives figurent parmi les symptômes les plus fréquents. A long terme, certaines drogues provoquent des lésions cérébrales irréversibles, altérant les capacités intellectuelles et la coordination motrice.
Le cœur est également un organe qui est mis à rude épreuve par ces prises toxiques. Les effets cardiovasculaires sont également préoccupants. L’accélération anormale du rythme cardiaque, l’hypertension artérielle et les troubles du rythme exposent les consommateurs à des risques accrus d’infarctus et d’accidents vasculaires cérébraux. Selon les spécialistes, ces complications peuvent survenir même chez des personnes jeunes, sans antécédent médical. La consommation de drogues par inhalation affecte directement les voies respiratoires. Essoufflement chronique, infections pulmonaires répétées et baisse de la capacité respiratoire sont couramment observés. Dans les cas les plus graves, une dépression respiratoire peut survenir, mettant la vie du toxicomane en danger.
Le foie, chargé d’éliminer les substances toxiques, subit des dommages importants. Hépatites toxiques, insuffisance hépatique et cirrhose figurent parmi les complications les plus redoutées. Les reins peuvent également être atteints, entraînant des troubles de l’élimination des déchets et une accumulation de toxines dans le sang. La toxicomanie affaiblit considérablement les défenses naturelles de l’organisme. Les personnes dépendantes deviennent plus vulnérables aux infections, guérissent plus lentement et présentent un risque accru de maladies chroniques. Les infections répétées et les complications liées à des pratiques à risque aggravent encore leur état de santé.
Suite à ce tableau clinique, quelles sont les répercussions visibles sur le corps ?
Même si dans certains cas, ils prennent du temps pour se manifester, des symptômes sont visibles sur le corps. Nous pourrons citer l’amaigrissement, le vieillissement prématuré, des problèmes cutanés, une chute des cheveux et l’altération de l’état général témoignent de la dégradation progressive du corps. Ces signes visibles traduisent une souffrance interne souvent ignorée ou banalisée. Les patients consultent, une fois leur état dégradé, et donc leur prise en charge devient lourde. La consommation de drogues perturbe également l’équilibre hormonal, provoquant une baisse de la libido, des troubles sexuels et parfois une infertilité. Chez les femmes enceintes, les risques pour le fœtus sont particulièrement élevés, avec des conséquences durables sur la santé de l’enfant. Des patients confessent qu’ils entretiennent des relations homosexuelles avec d’autres toxicomanes. Ces rapports, s’ils ne sont pas protégés, contribuent à la propagation de maladies sexuellement transmissibles, comme le sida, l’hépatite C et la syphilis. À ce propos, un cas que nous avons reçu récemment nous a vraiment touchés. C’était un jeune de 22 ans qui est hospitalisé dans un état lamentable. Il n’arrivait pas à se tenir debout et souffrait d’insuffisance cardiaque. Nous avons effectué tous les examens possibles, mais il est décédé après avoir fait un arrêt cardiaque. Quand nous constatons tous ces dégâts sur la santé de ces jeunes qui devraient être en bonne forme, nous sommes dévastés.
Que pourriez-vous proposer pour endiguer ce phénomène ?
Face à ces constats alarmants, les professionnels de la santé insistent sur l’importance de la prévention, du dépistage précoce et de la prise en charge globale des personnes dépendantes. Les parents et les enseignants sont tenus d’être vigilants. informer, sensibiliser et accompagner restent les meilleures armes pour lutter contre un fléau dont les effets somatiques continuent de faire des ravages. Toutefois, la toxicomanie n’est pas une fatalité. Une prise de conscience collective et un accès facilité aux soins peuvent sauver des vies.
K.D.