Prise de poids: Attention aux antiallergiques

La prise de poids par le détournement d’antiallergiques expose de nombreuses jeunes femmes à des risques graves et parfois irréversibles pour leur santé.

Un phénomène inquiétant prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux. De plus en plus de femmes et de jeunes filles, désireuses de grossir ou d’avoir davantage de formes, ont recours à la consommation de médicaments, notamment les corticoïdes. Disponibles en pharmacie et parfois vendus sans ordonnance, ces médicaments sont détournés de leur usage thérapeutique à des fins esthétiques.

Sur Instagram, Facebook ou TikTok, des influenceuses vantent les effets supposés des corticoïdes sur la prise de poids, sans jamais évoquer les risques sanitaires. Avoir des formes est devenu une obsession, notamment chez les adolescentes à la silhouette mince. Beaucoup affirment que ces médicaments stimulent fortement l’appétit, provoquant une sensation de faim permanente et une augmentation rapide du poids. Des photos «avant/après» circulent abondamment pour illustrer cette transformation. Or, à la base, les corticoïdes ne sont ni des compléments alimentaires ni des produits amaigrissants ou grossissants, mais des médicaments prescrits principalement pour traiter certaines allergies et inflammations respiratoires. Selon le docteur Samir Belaloui, docteur en pharmacie, les corticoïdes sont des anti-inflammatoires stéroïdiens utilisés pour combattre l’inflammation, soulager la douleur et parfois faire baisser la fièvre. «Ils peuvent effectivement entraîner une prise de poids, mais il ne s’agit pas de masse grasse. C’est un gonflement dû à une rétention d’eau qui provoque un déséquilibre et une disproportion de la silhouette», explique-t-il. Il précise que même après l’arrêt du traitement, le corps met du temps à retrouver son état normal.

Détournement dangereux d’un médicament thérapeutique

L’utilisation de corticoïdes sans avis médical peut engendrer de graves complications : baisse du calcium, ostéoporose, perturbation de la glycémie, accumulation anormale de graisses, fragilisation de la peau, troubles de cicatrisation, apparition d’acné, chute de cheveux et affaiblissement du système immunitaire. «De nombreuses jeunes filles arrivent aux urgences, après avoir consommé des corticoïdes sans ordonnance, sans souffrir d’aucune pathologie», déplore le spécialiste, évoquant également des troubles du sommeil et des états dépressifs.

Pour les femmes souhaitant prendre du poids, il recommande une consultation chez un médecin nutritionniste ou un diététicien, afin d’établir un bilan et de suivre un programme adapté, combinant alimentation équilibrée et compléments alimentaires appropriés.

Risques d’abus

De son côté, le docteur Mohamed Nibouche, pharmacien spécialiste et consultant en réglementation pharmaceutique, rappelle que les corticoïdes sont classés sur la liste «1» et ne doivent être délivrés que sur prescription médicale. «Leur abus peut provoquer des atteintes graves, notamment au niveau des reins et du métabolisme», souligne-t-il. Il insiste sur la nécessité d’un arrêt progressif du traitement, sous contrôle médical, afin d’éviter des complications sévères. Selon lui, l’effet recherché par ces jeunes femmes est illusoire, puisqu’il s’agit essentiellement d’une rétention d’eau. «La consommation incontrôlée de ces médicaments, associée aux tisanes et produits vendus sur les réseaux sociaux, conduit à une véritable autodestruction», avertit-il, évoquant des risques de diabète, d’hypertension artérielle et d’insuffisance rénale. En alternative, il préconise des méthodes traditionnelles et naturelles, comme la consommation modérée de fenugrec, dans le cadre d’un mode de vie sain.

Le spécialiste pointe également la responsabilité de certains pharmaciens qui délivrent des corticoïdes sans ordonnance, rappelant que le pharmacien est avant tout un éducateur sanitaire. Il appelle le ministère de la Santé à renforcer les contrôles et les campagnes de sensibilisation. «Une population bien informée est une population en meilleure santé», conclut-il. Ce phénomène, révélateur de nouveaux standards esthétiques, mérite une attention particulière au regard de ses conséquences graves sur la santé publique.

Réseaux sociaux, pression esthétique et désinformation médicale

Ce phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il s’inscrit dans un contexte de banalisation de l’automédication, encouragée par la viralité des contenus numériques. Les réseaux sociaux, devenus de véritables vitrines d’influence, participent à la diffusion de pratiques dangereuses, souvent présentées comme des «astuces rapides» ou des «solutions miracles», sans aucun encadrement scientifique. Les jeunes filles, particulièrement vulnérables à la pression sociale et aux normes esthétiques imposées, se retrouvent ainsi exposées à des discours trompeurs qui minimisent, voire occultent totalement les conséquences médicales à moyen et long terme.

Les spécialistes alertent également sur l’impact psychologique de ces transformations artificielles du corps. La prise de poids rapide, suivie de variations brutales après l’arrêt du médicament, peut provoquer une perte d’estime de soi, un rapport conflictuel à l’image corporelle et une dépendance à des substances médicamenteuses. Certaines femmes entrent alors dans un cycle dangereux, alternant consommation de corticoïdes, régimes restrictifs et autres produits non contrôlés, aggravant davantage les déséquilibres hormonaux et métaboliques.

déconstruire le mythe du corps parfait

Face à cette situation, la sensibilisation apparaît comme un levier essentiel. Les professionnels de la santé appellent à une mobilisation collective impliquant les familles, les établissements scolaires, les médias et les autorités sanitaires. L’éducation à la santé, dès le plus jeune âge, permettrait de déconstruire les idées reçues autour du corps parfait et de promouvoir une approche plus saine, fondée sur l’acceptation de soi et le respect du fonctionnement naturel de l’organisme.

Enfin, les experts insistent sur la nécessité de responsabiliser les créateurs de contenus et les plateformes numériques, afin de limiter la propagation de messages mettant en danger la santé publique. La lutte contre la désinformation médicale en ligne devient, aujourd’hui, un enjeu majeur, à la croisée de la santé, de l’éthique et de la protection des consommateurs.

Rym Harhoura

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