Trottoirs squattés: Où est passé le droit du piéton ?

Les trottoirs sont de plus en plus squattés par des commerces à Alger, contraignant les piétons à marcher sur la chaussée au péril de leur sécurité.

Dans plusieurs quartiers de la capitale, marcher relève, désormais, du parcours du combattant. Tables, chaises, caisses de marchandises, fûts métalliques, chaînes et panneaux improvisés transforment les trottoirs en annexes commerciales à ciel ouvert. Résultat, le piéton est relégué sur la chaussée, au mépris de sa sécurité et de son droit fondamental à circuler librement.

Ce phénomène, loin d’être marginal, s’est progressivement banalisé. Il s’impose aujourd’hui comme l’un des symptômes les plus visibles de l’occupation anarchique de l’espace public, notamment dans des zones à forte activité commerciale comme Bab El Oued, Belouizdad, El Hamiz, ou encore certains boulevards du centre d’Alger.

Les commerçants squattent les espaces publics

Sur le terrain, les constats sont édifiants. Des étals débordent largement des vitrines, des emplacements sont «réservés» à l’aide d’obstacles de fortune pour le stationnement privé, tandis que les trottoirs perdent leur vocation première. «On est obligés de marcher sur la route, parfois avec des enfants ou des personnes âgées. C’est dangereux», témoigne Nahla, habitante du quartier Abderrahmane Taleb.

Face à l’ampleur du phénomène, les services de la Sûreté nationale, à travers la police de l’urbanisme et de la protection de l’environnement, lancent régulièrement des opérations de terrain en coordination avec les services communaux. Ces interventions ont permis le démantèlement et la saisie d’une quantité importante d’obstacles illégalement installés sur la voie publique.

Selon le commissaire de police Amir Chergui, chef de la cellule de communication de la sûreté de la wilaya d’Alger, «l’objectif est clair, restituer l’espace public à ses véritables usagers, à savoir les piétons et les automobilistes, et mettre fin à des pratiques qui mettent en danger la sécurité collective».

Interrogés, certains commerçants avancent la nécessité de faciliter la livraison des marchandises. «Les camions n’ont nulle part où s’arrêter», explique un gérant de magasin. Un argument que les forces de l’ordre jugent recevable… à condition qu’il reste ponctuel. «Cela ne peut en aucun cas justifier l’installation permanente de balises en béton ou l’appropriation durable de la chaussée», tranche un officier de police.

L’APC entre sensibilisation et sanctions

Du côté des Assemblées populaires communales (APC), on assure que des actions préventives ont été engagées. «Nous avons lancé des campagnes de sensibilisation pour informer les commerçants des sanctions encourues», explique un cadre communal. En cas de récidive, des équipes mixtes (hygiène, commerce et services communaux) sont dépêchées sur place. «Si l’infraction persiste, l’activité peut être suspendue conformément à la réglementation en vigueur», précise-t-il.

Ce que dit la loi

Sur le plan juridique, la législation est pourtant explicite. L’article 444 bis de la loi n°82-04 du 13 février 1982 prévoit une amende allant de 8.000 à 16.000 DA, assortie d’une peine d’emprisonnement de 10 jours à 2 mois, pour toute personne entravant la voie publique ou compromettant la liberté et la sécurité du passage.

Pour Me Ahmed Guerfi, juriste, «l’occupation illicite de l’espace public constitue une infraction caractérisée. Le trottoir n’est ni un prolongement du commerce ni une propriété privée. Sa vocation est exclusivement publique». Les citoyens saluent globalement ces opérations.

Enfin, la sûreté de wilaya d’Alger appelle, d’ailleurs, à la participation citoyenne, rappelant la mise à disposition des numéros verts 15-48 et 17, ainsi que l’application «Allo Chorta», pour signaler toute occupation abusive.

Samira Sidhoum 

 

 

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