Mécanisation de l’agriculture : Le président Tebboune décide la création d’un conseil national

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, préside, lundi, une réunion de travail consacrée à la mécanisation agricole.

« Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a présidé, ce jour, une réunion de travail consacrée à la mécanisation agricole, lors de laquelle il a décidé la création de coopératives spécialisées dans la location de matériel agricole, tous types confondus, au profit des agriculteurs, dans le but d’étendre les surfaces cultivées et d’accroître le rendement de la production agricole nationale, conformément aux décisions et recommandations de la dernière réunion du Conseil des ministres », lit-on dans le communiqué de la Présidence de la République.

Consolider la production nationale

L’objectif affiché est de gagner en surfaces effectivement travaillées, améliorer les rendements et consolider la production nationale, dans le prolongement des décisions et recommandations actées lors du dernier Conseil des ministres, selon la même source. Dans un contexte où l’agriculture demeure exposée à la variabilité climatique, au coût des intrants et aux contraintes logistiques, la mécanisation apparaît comme l’un des leviers les plus rapides pour relever le niveau de productivité. Le recours à des équipements adaptés, du travail du sol à la récolte en passant par le semis, l’irrigation ou encore la protection phytosanitaire, permet de réduire les délais d’intervention, de limiter certaines pertes au champ et d’améliorer la régularité des opérations.

La décision de créer des coopératives de location de matériel répond aussi à une réalité du terrain. L’investissement individuel dans des machines coûteuses reste hors de portée de nombreux agriculteurs, en particulier dans les petites et moyennes exploitations. La mutualisation permet de ce fait d’accéder à un parc de tracteurs, semoirs, moissonneuses-batteuses, pulvérisateurs, matériels de fenaison, équipements d’irrigation ou de préparation post-récolte, sans immobiliser des capitaux importants. Elle offre également une solution aux problèmes de sous-utilisation, en ce sens qu’une machine achetée pour quelques semaines de travail par an pèse lourd sur la rentabilité, alors qu’un système de location encadré peut amortir le matériel sur un volume d’heures plus élevé. En fait, ce type de dispositif n’est pas inédit. Plusieurs pays ont déjà structuré l’accès aux équipements via des formes coopératives de mise en commun ou de location, à l’image des coopératives de partage en Irlande ou encore des «machinery rings» au Royaume-Uni, avec pour objectif de de permettre aux exploitations qui n’ont pas les moyens d’acheter des machines coûteuses de réserver du matériel au moment clé des travaux.

Définir les priorités par filières et par régions

Tebboune

Mais en plus de la simple mise à disposition, l’enjeu se joue dans la gestion. Une coopérative efficace suppose des règles claires de réservation, de tarification, d’entretien et de responsabilité, afin d’éviter les goulets d’étranglement en période de pointe. La maintenance préventive, la disponibilité des pièces de rechange, la formation des conducteurs et la présence d’équipes techniques capables d’intervenir rapidement conditionnent la performance du dispositif.

C’est dans cette logique que s’inscrit la création annoncée d’un Conseil national de la mécanisation agricole. A travers cet organe, l’exécutif s’engage à structurer la gouvernance du chantier en définissant des priorités par filières et par régions, en harmonisant les normes et en orientant les choix technologiques vers des équipements adaptés aux réalités climatiques, tout en coordonnant les interventions entre administrations, producteurs et industriels. Un tel conseil devrait également jouer un rôle d’interface pour remonter les besoins du terrain, ajuster les dispositifs d’appui, et suivre l’exécution.

Positionner certains segments à l’export

La composition de la réunion donne, d’ailleurs, une indication sur l’approche retenue, à la fois agricole, industrielle et commerciale. Ont pris part aux travaux le directeur de cabinet de la Présidence de la République, le Premier ministre, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, le ministre de l’Industrie, ainsi que le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, en plus de responsables d’entreprises et d’établissements algériens spécialisés dans la fabrication et la production de matériel agricole. La présence de l’Industrie et du Commerce extérieur suggère une volonté de lier la mécanisation à la montée en puissance d’une filière nationale : produire localement, réduire les dépendances, organiser les approvisionnements et, à terme, positionner certains segments à l’export lorsque la capacité et la qualité le permettent.

La mesure annoncée s’inscrit ainsi dans une recherche d’efficacité opérationnelle, en mettant les machines au plus près des exploitations, en organisant leur accès et en structurant l’encadrement. Si le calendrier de déploiement, les modalités de financement, le statut juridique des coopératives et les mécanismes de contrôle n’ont pas été détaillés, la décision marque une étape politique dont l’objectif est de faire de la mécanisation un pilier assumé de l’extension des superficies cultivées et de l’amélioration des rendements. Le tout en s’appuyant sur une coordination renforcée entre l’Etat et les acteurs économiques nationaux du secteur.

Lyes Mechti

 

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