Alger et Niamey ouvrent une nouvelle page 

Alger et Niamey ouvrent une nouvelle page suite à la visite de deux jours du président du Niger, le général Abdourahamane Tiani en Algérie.

Le président Tebboune déclarera: «Nous mettons fin à une période inhabituelle marquée par une certaine froideur entre les deux pays». L’Algérie et le Niger entendent repartir sur de nouvelles bases. En recevant, lundi à Alger, le président de la République du Niger, chef de l’État, le général Abdourahamane Tiani, le président Abdelmadjid Tebboune a présenté cette visite comme un signal de relance, affirmant qu’elle a «relevé le plafond» de la fraternité et de l’amitié entre deux pays voisins.

Une visite attendue «depuis un certain temps»

Dans une déclaration conjointe à l’issue de leurs entretiens au siège de la Présidence, le président Tebboune a surtout insisté sur la portée politique du déplacement, à savoir mettre fin à une phase qu’il juge «inhabituelle» dans les relations bilatérales, marquée par une forme de froideur. Le chef de l’État a dit son «plaisir» et sa «gratitude» de pouvoir accueillir son «frère» pour une visite attendue «depuis un certain temps», ajoutant qu’elle s’est enfin concrétisée «DIEU merci».

Derrière la formule, l’idée est de réinstaller un dialogue de voisinage au niveau le plus élevé, après une période décrite comme un décalage par rapport à la proximité géographique et aux liens historiques. Abdelmadjid Tebboune le résume en des termes directs: malgré la «froideur» entre États, «les deux peuples frères ont continué à communiquer l’un avec l’autre», comme pour distinguer la continuité des échanges humains de la fluctuation des relations officielles.

Dans la même tranchée pour lutter contre le terrorisme

Sur le fond, le président Tebboune veut donner à cette visite une traduction concrète. Il indique que les deux parties s’étaient entendues sur «tout ce qui était» en discussion entre elles, en particulier une coopération sécuritaire et une coopération énergétique «incluant les hydrocarbures et l’électricité». Dans le langage diplomatique, ce choix de priorités dit beaucoup.

La sécurité renvoie à un environnement régional sensible, où la coordination entre voisins devient un paramètre central. Dans ce sillage le président Tebboune affirme que les deux pays se trouvent dans la même tranchée pour ce qui est de la lutte contre le terrorisme.  Dans le domaine de l’énergie le chef de l’État déclarera: «Nous nous sommes entendus sur tout ce qui concerne notre Coopération énergétique, incluant les hydrocarbures et l’électricité».

Le même propos élargit le champ de la relance à des secteurs de long terme, ceux de la formation professionnelle, la formation militaire et la formation universitaire. Là encore, le message est double. D’un côté, ces domaines répondent à des besoins opérationnels immédiats, de l’autre, ils installent des habitudes de coopération et des passerelles institutionnelles qui survivent généralement aux cycles politiques, car elles reposent sur des programmes, des écoles, des échanges et des dispositifs structurés.

La réalisation du TSGP côté Niger confirmée

Mais c’est surtout sur un dossier précis que le président Tebboune place un jalon, en l’occurrence le gazoduc transsaharien. Le chef de l’État annonce qu’il avait été convenu de lancer, après le mois de Ramadhan, le projet de réalisation du gazoduc à travers le territoire nigérien. Il ajoute que Sonatrach «prendra les choses en main» et «entamera la pose» de la conduite qui traverse le Niger.

Sans entrer dans les détails techniques, financiers ou calendaires, le signal est celui d’un retour du dossier au centre de l’agenda bilatéral, avec une période de travail annoncée à court terme. Ce gazoduc, faut-il rappeler, est un projet stratégique qui doit renforcer l’intégration entre pays sahéliens et maghrébins, sécuriser des volumes de gaz à l’export et soutenir des retombées locales le long du tracé. Pour Alger comme pour Niamey, c’est aussi un levier d’influence et de coopération énergétique de long terme.

Le président Tebboune enveloppe aussi cette relance d’un registre plus affectif et plus politique, en déclarant: «Nous préserverons l’affection qui nous unit au Niger depuis des générations». Il estime ensuite que la relation entre les deux pays frères et voisins serait «un modèle en Afrique».

C’est dire que la visite du président nigérien à Alger est perçue comme un acte de normalisation et de réchauffement, destiné à clore une parenthèse «non naturelle» et à remettre en mouvement des coopérations très concrètes. Sécurité, énergie, formation et grands projets d’infrastructure. Abdelmadjid Tebboune cadre cette relance autour de dossiers à la fois sensibles et structurants, en montrant que la relation algéro-nigérienne, après la froideur évoquée, revient à une logique de voisinage assumée et de partenariat.

Lyes M.

 

Bouton retour en haut de la page