Ahmed Bey en avant-première à l’Opéra d’Alger

Une fresque historique attendue

Présenté en avant-première à l’Opéra d’Alger, Ahmed Bey replonge le public dans une fresque historique majeure, portée par une vision cinématographique ambitieuse.

Après près de sept ans d’attente, le film «Ahmed Bey», du  réalisateur iranien Jamal Choorjeh, a enfin été présenté au public d’Alger, hier soir, à l’Opéra d’Alger Boualem Bessaih. L’avant-première pour une production annoncée depuis plusieurs années était très attendue.

Le long métrage de 124 min est à la fois une fresque historique et un drame héroïque qui nous replonge, dès les premières séquences, dans une période importante du XIXᵉ siècle, en donnant toute sa centralité à la figure du dernier Bey de Constantine, interprété par Mohamed Tahar Zaoui, personnage majeur de la résistance à la conquête coloniale.

Le scénario et les dialogues sont signés Rabah Drif et la bande musicale, particulièrement travaillée, est composée par le Turc Fahir Atakoğlu, connu pour ses partitions dans la série «Hareem al Sultan». Produit par le Centre algérien du développement du cinéma (CADC), le projet a été conduit avec la productrice exécutive Samira Bensouda Hadjdjilani, en partenariat avec le ministère de la Culture et des Arts.

Une relecture mémorielle de l’histoire nationale

Basé sur des faits réels, le film s’inscrit dans une démarche de relecture mémorielle de l’histoire nationale. Il revient sur l’invasion française de l’Algérie en 1830 à Sidi Fredj et sur la bataille de Constantine en 1836 où Ahmed Bey, en faisant preuve d’une résistance exemplaire, a infligé à l’armée française une défaite historique. Ces événements décisifs illustrent la détermination de la résistance algérienne à défendre la patrie. Le récit évoque également la bataille survenue, une année plus tard, en 1837, qui mènera à la chute de Constantine.

À travers un parallèle entre le Dey Hussein incarné par Gérard Depardieu abattu par la chute d’Alger, suite à l’incident qui vit ce dernier réclamer, en usant de son éventail, au consul français Duval le règlement de dettes accumulées par le gouvernement français, liées à l’approvisionnement en blé de l’armée française.

Au cours d’un échange tendu, le Dey effectue un geste symbolique interprété par la France comme une offense diplomatique. Cet incident sera exploité comme alibi politique pour imposer un blocus maritime à Alger, prélude à l’expédition militaire qui aboutira à l’occupation de la capitale par le général de Bourmont, en 1830.

Ahmed Bey, une figure politique et humaine

Le film souligne que cet épisode ne fut qu’un prétexte, dans le cadre d’un projet colonial déjà mûrement préparé. Il s’agit d’une lecture profonde et nuancée des premières étapes de l’occupation française. À travers le personnage d’Ahmed Bey, le récit cinématographique met en avant une stature politique et morale singulière. Le film souligne son humanisme, sa loyauté et son sens aigu de la responsabilité face aux bouleversements de son époque.

Loin d’un portrait figé, Ahmed Bey apparaît comme un dirigeant habité par la volonté de préserver l’unité et la dignité de son peuple. Sa personnalité, marquée par la fermeté mais aussi par la clémence, accorde au récit une profondeur humaine qui dépasse la dimension militaire, car on le découvre dans son foyer.

Un tournage ambitieux et une forte présence artistique

Le film a été tourné dans plusieurs régions d’Algérie, notamment à Alger, Bou Saâda, Constantine, Sidi Rached et Tipasa. Des séquences ont également été réalisées au sein de 7 musées nationaux.

Outre les comédiens ayant participé au film, plusieurs personnalités du monde artistique et cinématographique ont assisté à la projection. Parmi elles, Selma Ghazali, sœur de la défunte Rym  qui a interprété le rôle de Kaboura, et des réalisateurs, notamment Nadjib Oulebsir, Amar Bahloul et Hadjer Sebata. De nombreux comédiens étaient également présents.

Le public a, par ailleurs, pu découvrir, dans l’espace muséal de l’Opéra d’Alger, plusieurs objets et éléments de décor utilisés lors du tournage. Cette immersion a permis de s’imprégner pleinement de l’atmosphère du film et d’observer de près les pièces originales qui ont servi à la reconstruction historique.

Souha Bahamid

 

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