Djamel Fodil, chanteur chaâbi

«Transmettre est aussi important que chanter»

Djamel Fodil, chanteur chaâbi, estime que «Transmettre est aussi important que chanter».

Djamel Fodil a débuté dans la chanson chaâbi à l’âge de 11 ans quand ses parents lui ont offert sa première guitare. Très tôt passionné, il intègre le Conservatoire municipal d’Alger où il fait ses premières classes auprès du maître du qanoun, Cheikh Boudjemaâ Fergane. Durant 2 années, il y apprend le solfège et les bases académiques de la musique. Par la suite, il poursuivra son apprentissage au sein de plusieurs associations culturelles où il aiguise son talent et affine son style. Il se produit lors de fêtes privées, avant d’embrasser pleinement une carrière d’interprète de musique chaâbi. Nous l’avons rencontré.

Propos recueillis par H.Metref 

Comment vivez-vous les soirées du Ramadhan lorsque vous n’êtes pas sur scène ?

Lorsque je ne monte pas  sur scène, je vais écouter d’autres artistes. Je fais en sorte d’être toujours en contact avec le monde du chaâbi. Je vis constamment dans cet univers. J’enseigne également au sein de l’association «El Fen El Assil» à de jeunes musiciens. Transmettre est pour moi aussi important que chanter.

Que vous a apporté le chaâbi sur le plan personnel ?

Le chaâbi authentique, ce qu’on appelle «ElDjed», vous imprègne de spiritualité et vous rapproche du Créateur. Les grands textes du chaâbi ont été écrits par des érudits qui vénéraient Dieu. À travers leurs poèmes, ils transmettent leur savoir et leurs connaissances du divin. C’est une musique qui élève l’âme.

Peut-on parler de deux catégories de chaâbi ?

Oui. Il y a le chaâbi qui parle de la vie, de l’amour, de la société, et celui consacré à Dieu et au Prophète Mohamed (QSSSL). Personnellement, je penche davantage vers El Djed. Avec l’âge, on s’éloigne un peu des choses terrestres pour se consacrer davantage à la spiritualité. Cela dit, l’un n’empêche pas l’autre. Sur scène, nous essayons de satisfaire notre public qui apprécie aussi les chansons moins religieuses et des pièces plus légères.

Vous avez côtoyé deux générations d’artistes, les anciens chouyoukh et les chanteurs actuels. Quelles différences ou similitudes y voyez-vous ?

Chaque génération a ses caractéristiques. Autrefois, le chaâbi était un art très rigoureux. Les  maîtres insistaient énormément sur l’authenticité et le respect strict des règles. Aujourd’hui, il y a davantage de liberté dans l’interprétation. Mais il faut reconnaître que la jeune génération a donné de grands artistes, capables d’allier authenticité et modernité. C’est un équilibre difficile mais certains y parviennent avec brio.

Êtes-vous partisan du rigorisme ou pensez-vous que le chaâbi doit s’adapter à chaque époque ?

Le chaâbi a ses règles et ses bases. C’est une morale, un enseignement qu’il faut impérativement respecter. Les goûts évoluent mais il ne faut pas dénaturer cet art au nom de la modernité. Chaque artiste a son style, mais le plus important est que son art véhicule une morale, apporte quelque chose de positif à la société et contribue à enrichir notre patrimoine.

Les textes actuels peuvent-ils rivaliser avec les anciens qsid ?

Je pense que nous ne connaissons pas suffisamment la poésie contemporaine. Mais je suis convaincu qu’il existe aujourd’hui de grandes plumes. Il m’est arrivé d’écouter des poètes qui n’ont rien à envier aux anciens, ni en sagesse ni en maîtrise de la langue. Le talent existe toujours et il faut simplement savoir le découvrir.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes artistes ?

La rigueur et la formation. Il faut passer par l’école et apprendre, de manière sérieuse, la musique. Il est également essentiel de respecter les textes, d’éviter les erreurs et de veiller à la justesse de la prononciation. C’est une responsabilité envers notre patrimoine que devons préserver et transmettre fidèlement.

H.M. 

 

 

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