Hajar Bali: Rêves et réalités d’adolescents   

Publié aux éditions Barzakh, le roman de 315 pages de Hajar Bali, « Partout le même ciel », explore adolescence, entre rêves et réalités

Le nouveau roman de Hajar Bali, s’ouvre sur une tentative d’assassinat ratée. Wafa, une jeune lycéenne, et Adel, tous deux en rupture de scolarité, assomment puis ligotent, dans l’appartement où ils l’ont suivie, une vieille femme avant de regretter, aussitôt, d’avoir failli tuer et volé une insignifiante somme d’argent.
Ils s’aiment à Alger, entre rêveries, interdits et étouffantes convenances familiales mais espèrent aller au Canada. «Là-bas, personne ne nous connaît, personne ne nous surveille», dit Adel mais ils manquent terriblement d’argent et veulent en avoir.

L’auteur s’intéresse à l’adolescence, cet âge où l’on s’interroge sur le sens à donner à sa vie, aux valeurs sociales et individuelles et où on confond illusions et réalités.

Familles en conflits et liens affectifs

Dans une société qui a fini avec les démons de la violence, ces jeunes ont davantage de soucis dans la famille et avec eux-mêmes. La mère de Wafa est soupçonneuse, le père d’Adel, absent depuis la mort de sa femme, se remarie et se soucie peu de ses deux fils qui essaient de s’en sortir.

Les familles des deux personnages principaux sont traversées par des conflits. «Qu’est-ce qu’ils font, eux, pour moi, à part me gronder et lire mes bulletins en fin de trimestre ?» s’agace Wafa. Les disputes, les bouderies n’empêchent pas l’attachement aux parents. En s’envolant vers Montréal, Adel récupère le mouchoir tombé de la poche de son père.

Slim, mentor philosophique et guide moral

L’autre voix qui domine tout le récit est celle de Slim, un professeur qui a enseigné la philosophie à l’université avant d’en faire un guide pour se retrouver lui-même. Vieux célibataire, Slim, le fils de la dame qui a failli perdre la vie, croit avoir trouvé, enfin, un sens à son existence en adoptant les 2  jeunes qui, pense-t-il, pourront se repentir et prendre le bon chemin.

C’est sa façon de sauver son âme tourmentée. Croisant dialogues et monologues, la romancière dessine le portrait d’une société qui se cherche et où émergent de plus en plus d’attentes individuelles. Traversé par une liaison entre Slim et la tante du jeune couple, puis par les remous du hirak, le livre confronte des idées sur la foi, la politique, l’islamisme, la justice, l’exil, le couple des personnages en prise avec les rêves et les réalités d’eux-mêmes et des autres.

Une intrigue mêlant philosophie et réflexions personnelles

L’histoire d’Adel et Wafa court du début à la fin du livre, mais il ne s’agit ni d’un roman à l’eau de rose ni d’une enquête, même si tout s’achève par les rapports d’un inspecteur chargé de connaître les raisons de la mort de Slim. S’agit-il d’un assassinat, d’un suicide ou d’un crime passionnel ?

Les monologues et réflexions en italique de Slim qui proclame «que le monde étant infini il ne peut y avoir de fin» et d’autres écrits qu’il laisse en testament à Wafa révèlent sa passion obsessionnelle pour les soufis et les cogitations philosophiques. Des procès-verbaux sont intégrés dans le livre qui mélange les genres. L’auteur décrit les angoisses, les ambitions et les interrogations de personnes à la recherche d’elles-mêmes au milieu d’une société qui, à l’image d’un adolescent se cherche aussi.

Samira Belabed 

 

Hajar Bali

 

 

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