Grandes transformations industrielles: Les établissements s’adaptent

Les établissements s’adaptent aux grandes transformations industrielles notamment les projets de dessalement d’eau de mer, les énergies renouvelables et l’industrie minière.
Universités, centres de formation et entreprises se mettent de plus en plus à développer des formations et des spécialités au diapason des réalités économiques aussi bien locales que nationales. Qu’il s’agisse du dessalement de l’eau de mer, des énergies renouvelables, de l’industrie minière ou de l’intelligence artificielle, les établissements universitaires et ceux de la formation professionnelle s’y adaptent.
Passer à une logique d’anticipation stratégique
«Les technologies modernes et la révolution numérique ont provoqué de profondes transformations du marché du travail. Les spécialités et les métiers qui constituaient autrefois l’épine dorsale de l’économie reculent aujourd’hui au profit de compétences et de technologies modernes devenues essentielles dans les économies numériques et intelligentes ainsi que dans le monde des affaires», estime Djallal Bouabdellah, expert en transition numérique et data gouvernance et fondateur de digital bridge.
À ce propos, il indique que la formation professionnelle ne peut plus fonctionner avec une logique de rattrapage technologique. «Le secteur doit passer à une logique d’anticipation stratégique. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la robotique ou encore le cloud ne sont plus des spécialités marginales, mais des briques fondamentales de compétitivité économique. La formation professionnelle doit donc opérer 3 transformations majeures», recommande l’expert.
«En premier lieu, une refonte des référentiels de compétences en intégrant les métiers émergents tels que l’analyste SOC, technicien cloud, opérateur en automatisation industrielle, spécialiste data. Ensuite, un rapprochement structurel avec les entreprises pour co-construire les programmes selon les besoins réels du marché, et en dernier, une modernisation pédagogique intégrant l’apprentissage par projet, les laboratoires pratiques et les plateformes numériques», suggère Bouabdellah.
Diffuser une culture digitale transversale
Selon cet expert, il ne s’agit pas uniquement d’introduire des modules sur l’IA ou la cybersécurité, mais de diffuser une culture digitale transversale pour la compréhension des données, logique algorithmique, hygiène numérique, automatisation des processus. «La formation professionnelle doit devenir un accélérateur de souveraineté technologique, pas seulement un fournisseur de diplômes. Cela implique également de former les formateurs eux-mêmes, car le vrai risque aujourd’hui n’est pas le manque de technologie, mais le décalage entre la vitesse de l’innovation et la capacité du système à l’absorber», met-il en garde.
Interrogé sur les moyens investis, il affirme que c’est souvent posé sous l’angle budgétaire, mais cela doit d’abord être posé sous l’angle stratégique. «L’Algérie dispose d’un capital humain jeune, d’infrastructures de formation existantes et d’une volonté politique affirmée autour de la transformation numérique. Les moyens existent, mais ils doivent être mieux orientés et optimisés. Investir dans la formation aux compétences numériques ne doit pas être perçu comme une dépense, mais comme un investissement productif : chaque technicien formé en cybersécurité réduit le coût des cyberincidents, chaque spécialiste en automatisation améliore la productivité industrielle, chaque expert en IA peut créer de la valeur dans l’administration, la santé ou l’énergie. Le véritable enjeu n’est pas uniquement financier, mais organisationnel», plaide-t-il.
Et de poursuivre: «Si les investissements sont ciblés sur des filières stratégiques et alignés avec les besoins économiques réels, l’Algérie a non seulement les moyens d’y répondre, mais elle peut transformer ce défi en levier de croissance. En revanche, sans coordination entre formation, industrie et stratégie numérique nationale, même des budgets importants risqueraient de produire peu d’impact».
Des pôles d’excellence pour répondre aux besoins de chaque région
Pourvoyeurs de main-d’œuvre qualifiée et moteur du marché de l’emploi en Algérie, les centres de formation professionnelle sont confrontés à de véritables défis pour combler l’écart entre les formations dispensées et les exigences actuelles du marché.
«Les jeunes s’orientent désormais vers des parcours professionnels davantage axés sur la technologie utilisée dans les secteurs industriel, agricole et autres domaines de services. Pour accompagner les grands projets, entre autres, le dessalement de l’eau de mer, l’agroalimentaire, l’économie circulaire, les énergies renouvelable, l’industrie minière, pharmaceutique et automobile, 18 pôles d’excellence accueillent des apprenants pour les former aux métiers dont ont besoin ces secteurs», explique Abderahmane Mezgharni, conseiller au ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels.
Dans ce sillage, il a fait savoir que ces centres d’excellence se répartissent sur le territoire national en fonction de la nature des activités économiques locales. «Nous comptons le centre de Bétioua dans la wilaya d’Oran spécialisé dans la sidérurgie et la fonderie et celui de Ras El Oued dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, spécialisé dans tout ce qui électronique. Il y aussi celui de Boumerdès pour les métiers de l’eau. Les apprenants peuvent choisir, dès le départ, de s’orienter soit vers le salariat en décrochant un poste d’emploi au bout de leur cursus, ou bien opter pour l’entrepreneuriat. Dans les deux cas, ils sont accompagnés par des dispositifs spécifiques».
Selon lui, il s’agit d’opérer une importante transformation du système de formation. «L’objectif est de préparer ces stagiaires à relever les défis d’avenir en phase avec les changements rapides et successifs dans l’économie et les technologies utilisées», soutient-il. Enfin, il ne s’agit pas uniquement d’un changement dans la nature des emplois, mais aussi d’une transformation des compétences requises. Les métiers d’avenir reposeront davantage sur la créativité, la résolution de problèmes complexes, l’analyse approfondie et l’interaction humaine augmentée par la technologie, plutôt que sur les tâches répétitives.
Karima Dehiles
