AHMED TARTAR, EXPERT EN ÉNERGIE À HORIZONS
«L’Algérie occupe une position de premier plan dans l’approvisionnement en gaz de l’Europe»

Ahmed Tartar, expert en énergie, indique que «l’Algérie occupe une position de premier plan dans l’approvisionnement en gaz de l’Europe».
À l’occasion de la visite du commissaire européen à l’énergie, l’expert en énergie, Ahmed Tartar, analyse les enjeux du partenariat gazier entre l’Algérie et l’Union européenne, les perspectives du SoutH2 Corridor et les efforts engagés pour adapter la stratégie énergétique nationale aux exigences de la transition écologique européenne.
Entretien réalisé par Wassila Ould Hamouda
Lors de la visite du commissaire européen à l’énergie, le gaz naturel a été au cœur des discussions. Est-ce que cela va renforcer la position de l’Algérie en tant que fournisseur stratégique de l’UE à moyen et long terme?
Aujourd’hui, l’Algérie occupe indéniablement une position de premier plan dans l’approvisionnement en gaz de l’Europe, notamment le gaz naturel. Elle se classe au deuxième rang des fournisseurs de gaz naturel au marché européen après la Norvège. En matière de gaz naturel liquéfié (GNL), les exportations algériennes occupent également une place importante oscillant entre 12 et 13,2 millions de tonnes par an. Quant au gaz naturel, l’Algérie exporte entre 50 et 56 milliards de mètres cubes annuellement.
L’Italie reçoit à elle seule environ 22 milliards de mètres cubes, l’Espagne 10 et le reste est destiné à d’autres pays européens. Ces chiffres traduisent clairement le rôle central que joue l’Algérie dans ses relations avec les membres de l’Union européenne. C’est d’ailleurs ce qui explique l’intérêt constant manifesté par l’UE dans toutes les négociations liées à l’énergie, notamment autour de l’hydrogène vert.
Depuis la visite du délégué économique européen en 2023, l’Union européenne a affiché une forte volonté d’apporter à l’Algérie un appui technologique et financier afin de lui permettre de développer et d’exporter de l’hydrogène vert vers l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie, dans le cadre de ce que l’on appelle le Corridor Sud. Dans ce contexte, l’Europe connaît aujourd’hui un certain apaisement quant à la sécurisation de ses approvisionnements en gaz algérien, qu’il soit naturel ou liquéfié.
Le contexte européen tend beaucoup plus vers l’accélération de la transition énergique. Comment l’Algérie peut-elle adapter sa stratégie pour maintenir sa place sur le marché européen?
Cette dynamique a naturellement accéléré les efforts de l’Algérie en matière de transition énergétique, notamment à travers le développement de l’hydrogène vert et l’énergie solaire. Le pays œuvre à la généralisation de l’énergie solaire à travers l’ensemble des communes, tout en poursuivant le développement d’autres sources d’énergie propre.
Aussi, il faut souligner que Sonatrach qui s’emploie à réduire l’empreinte carbone de ses produits fossiles avec un objectif clair de produire un gaz plus propre, plus respectueux de l’environnement afin qu’il s’intègre harmonieusement dans les nouvelles chaînes énergétiques durables et être apte à l’exportation vers l’Europe. Tous ces efforts ont permis à l’Algérie d’occuper une place importante. Ceci lui permettra concrètement le lancement de sa transition énergétique et d’entamer, dès la fin 2026 ou le début 2027, l’exportation de quantités significatives d’hydrogène vert.
Le projet SoutH2 Corridor est présenté, justement, comme un axe majeur de coopération…
Le projet Corridor Sud représente, en effet, une volonté commune entre l’Algérie et les trois pays européens bénéficiaires. Ce projet se concrétise réellement jour après jour et il illustre de plus en plus le rôle leader de l’Algérie dans le domaine des énergies renouvelables, en particulier l’hydrogène vert ainsi son exportation vers l’Europe.
Dans ce cadre, je tiens à souligner que l’Algérie a un double objectif, à savoir d’ouvrir de nouveaux marchés, notamment en Allemagne et en Autriche, et également de bénéficier du transfert de technologies, particulièrement de l’expertise allemande reconnue dans le domaine des énergies renouvelables. L’Algérie peut ainsi capitaliser cette expérience pour se positionner durablement sur le marché européen de l’hydrogène vert.
La réduction des émissions de méthane est désormais un enjeu central pour l’accès au marché européen. Cette exigence représente-t-elle une contrainte ou une opportunité pour l’Algérie?
En réalité, il y a une volonté qui s’affiche dans ce cadre, notamment avec Sonatrach qui œuvre à minimiser ces émissions afin de produire un gaz conforme aux standards environnementaux internationaux, qualifié de gaz propre. Dans cette logique, des projets d’infrastructures sont envisagés, notamment un nouveau gazoduc reliant El Tarf à la Sicile en Italie, consacré au transport du gaz naturel ainsi que, potentiellement, de l’hydrogène vert et de l’ammoniac.
Ce projet pourrait également inclure une ligne électrique permettant l’exportation d’électricité. Ainsi, dans le fond, force est de constater tout l’intérêt que porte notre pays à cet aspect. Il faut savoir que les exigences environnementales européennes ne constituent pas des obstacles pour l’Algérie du fait qu’elle a adopté une approche anticipative et continue de s’y adapter. Ceci ne laisse aucun prétexte aux pays européens pour soulever ce problème ou faire des pressions à ce sujet. Bien au contraire, cette posture proactive permet à l’Algérie de rester un partenaire crédible et fiable, en convergence avec ses partenaires. C’est ce qui lui permettra de préserver sa place prestigieuse sur le marché européen.
W. O. H.