Auto-entrepreneurs: La DGI simplifie l’obtention du certificat C20

Aux auto-entrepreneurs, la DGI simplifie l’obtention du certificat C20, indique lundi un communiqué de ces services. 

Selon le communiqué de la DGI, relevant du ministère des Finances, ces nouvelles mesures ont pour objectif d’encourager les entrepreneurs à régulariser légalement leur activité et à intégrer le système fiscal officiel. Les personnes exerçant sous le régime juridique de l’auto-entrepreneur peuvent désormais ouvrir leur dossier fiscal en présentant uniquement la carte d’auto-entrepreneur, l’attestation du numéro d’identification fiscale obtenue via le portail dédié, ainsi qu’un justificatif du local d’activité.

Comment mobiliser l’épargne disponible des ménages?

Le dossier est déposé auprès du centre régional des impôts ou de l’inspection territorialement compétente, et l’attestation «C20» est délivrée immédiatement après validation. Au-delà de la simplification administrative, cette démarche s’inscrit dans un enjeu économique plus large. Comme le souligne Nazim Sini, enseignant en économie, «la véritable question aujourd’hui n’est pas seulement fiscale, mais financière: comment mobiliser l’épargne disponible des ménages?».

Concrètement, rappelle-t-il, le taux d’épargne des ménages en Algérie est estimé à 33,6% en 2024, selon des données croisées de l’Office national des statistiques (ONS) et de la Banque mondiale. «L’épargne nette avoisinerait 7.600 milliards DA, soit près de 50 milliards de dollars», précise-t-il, évoquant «une somme considérable qui reste, pour une large part, en dehors du circuit bancaire».

C’est pourquoi, explique l’économiste, la formalisation des activités économiques devient un maillon essentiel de la mobilisation de cette ressource. «Une grande partie de cette épargne demeure thésaurisée de manière informelle, ce qui constitue une double perte pour l’économie réelle, privée de financement, mais aussi pour les ménages dont l’épargne est érodée par l’inflation», fait-il remarquer.

Renforcer l’inclusion financière

Dans ce sens, la simplification des procédures fiscales pour les auto-entrepreneurs apparaît comme un levier indirect mais stratégique. En facilitant l’entrée dans le système formel, l’administration fiscale contribue à renforcer l’inclusion financière et à créer les conditions d’une meilleure intermédiation.

«Le défi consiste désormais à orienter cette épargne dormante vers des investissements productifs», affirme Nazim Sini. Selon lui, deux axes sont prioritaires à savoir «renforcer l’intermédiation financière, notamment via les assureurs et courtiers, et proposer des produits d’épargne sécurisés et attractifs, tels que les bons du Trésor ou les instruments conformes à la finance islamique comme les sukuk et le takaful». Ainsi, la mesure annoncée par la Direction générale des impôts ne se limite pas à un simple allègement administratif, elle participe, en filigrane, à l’élargissement de la base économique formelle et à la structuration du tissu productif.

Cette lecture s’inscrit également dans une réflexion plus globale sur l’avenir économique de l’Algérie. «Pourquoi attendre 2050, quand des résultats peuvent être obtenus dès la décennie 2030?», s’interroge le professeur Sini. Selon lui, l’Algérie doit se doter d’une véritable feuille de route articulant réforme de la gouvernance économique, révision du cadre macroéconomique, relance sectorielle et mobilisation de nouvelles ressources financières. «La question centrale est celle de l’identité économique que nous souhaitons construire», insiste-t-il.

Bâtir une vision diversifiée pour 2030-2040

Si le modèle de croissance a longtemps reposé sur les hydrocarbures et la dépense publique, il est aujourd’hui «impératif de bâtir une vision diversifiée pour 2030-2040», estime-t-il. «Industrie manufacturière orientée vers la sous-traitance et la réexportation, développement du secteur pharmaceutique, autonomie agricole, transformation logistique des ports en hubs régionaux à forte valeur ajoutées, autant d’axes qui supposent un environnement administratif simplifié et une base entrepreneuriale élargie», détaille-t-il.

Dans cette perspective, la réforme fiscale et la simplification des démarches constituent, selon lui, «des briques opérationnelles d’une transformation plus vaste». C’est grâce à cette stratégie que le pays pourra progressivement converger vers le statut d’économie émergente, à condition, souligne-t-il, d’«assurer le suivi et la mise en œuvre effective des orientations stratégiques». En somme, la décision de la Direction générale des impôts prend une dimension qui dépasse la seule délivrance du certificat «C20». Elle s’inscrit dans une dynamique de formalisation, de mobilisation des ressources internes et de préparation d’un nouveau cycle de croissance, fondé sur la diversification et la structuration du tissu productif algérien.

Assia Boucetta

 

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