Banque d’Algérie-FMI: Des leviers pour connecter l’Afrique et l’Europe
Banque d’Algérie-FMI activeront des leviers pour connecter l’Afrique et l’Europe. Une conférence réunissant les 2 institutions aura lieu demain jeudi à Alger.
Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque d’Algérie (BA) organisent demain jeudi à Alger une conférence qui place l’Afrique du Nord face à une question devenue centrale, celle de savoir comment transformer une position géographique avantageuse, en levier concret de croissance et de résilience.
Renforcer les liens avec la ZLECAf
Autrement dit, passer d’un rôle de simple zone de transit ou d’exportateur de produits peu transformés à celui de plateforme industrielle et de services, capable de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales, d’attirer des activités de transformation et de renforcer les liens avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Cette montée en gamme suppose des politiques cohérentes, à travers l’amélioration du climat des affaires, la visibilité réglementaire, des facilitations douanières, l’interopérabilité des standards, et l’investissement dans les compétences. Elle suppose aussi une approche régionale plus assumée, qui dépasse la juxtaposition de stratégies nationales.
La présence annoncée à cette conférence de la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, et du Premier ministre Sifi Ghrieb, aux côtés du gouverneur de la Banque d’Algérie, Mouatassem Boudiaf, souligne la volonté d’ancrer ces sujets au niveau des décisions publiques et de la stabilité macroéconomique, condition souvent avancée pour soutenir l’investissement et la création d’emplois.
Un trait d’union énergétique
Le 2e grand thème touche à l’énergie, présentée comme une base possible d’une intégration plus profonde. L’Afrique du Nord peut, en théorie, servir de trait d’union énergétique entre les marchés européens et africains, à condition de conjuguer fiabilité d’approvisionnement, soutenabilité et capacité d’investissement. Le débat ne se limite pas aux flux. Il porte aussi sur les «liens en amont et en aval», c’est-à-dire la manière dont l’énergie disponible peut structurer des filières industrielles, attirer de nouvelles implantations et stimuler l’innovation.
Pour un pays exportateur comme le notre, dont le ministre d’État en charge des Hydrocarbures et des Mines Mohamed Arkab est annoncé, l’enjeu est de valoriser l’avantage énergétique au-delà de la dépendance aux revenus pétro-gaziers, en soutenant des segments de transformation, en renforçant les infrastructures et en facilitant les transferts de technologies.
La participation de responsables européens, dont le ministre italien Gilberto Pichetto Fratin, renvoie à une équation partagée, à savoir la sécurisation des partenariats énergétiques tout en accélérant la transition. Reste la question du financement, souvent décisive. Les corridors logistiques, les interconnexions, les projets industriels et les investissements dans l’énergie exigent des montages lourds et de long terme, rarement possibles sans garanties, cofinancements et coordination entre bailleurs.
Une table ronde dédiée aux institutions financières est justement prévue lors de cette conférence et vise précisément à discuter des outils capables de réduire le risque, d’orienter les capitaux vers des projets régionaux et de rendre crédible la promesse d’intégration: appui aux réformes, financement d’infrastructures, soutien au secteur privé, et alignement des priorités entre acteurs européens et africains.
Derrière ces trois thèmes, un même fil se précise, celui de faire émerger un espace économique plus connecté, où les échanges ne s’arrêtent pas aux frontières et où l’énergie, l’industrie et la finance se renforcent mutuellement. Pour l’Afrique du Nord, l’opportunité est de convertir une géographie stratégique en stratégie économique, en se positionnant comme interface productive entre deux continents plutôt que comme simple voisinage.
Lyes Mechti