DJAMEL BELAID, EXPERT AGRONOME À HORIZONS
«Le maïs grain est surtout indispensable à l’élevage de volailles»

Djamel Belaid, Expert agronome, affirme que «le maïs grain est surtout indispensable à l’élevage de volailles».
L’expert agronome Djamel Belaid décrypte dans cet entretien le pari du Sud pour réduire les importations de maïs en grain, estimées à 40 millions de quintaux/an, et sécuriser l’alimentation des volailles. Il détaille les leviers techniques, les soutiens publics et les alternatives (orge, méteil, atriplex, protéines végétales).
Entretien réalisé par Lyes Mechti
Le ministre Oualid a présenté ce programme comme un engagement majeur pour l’autosuffisance alimentaire. Quelle est, selon vous, l’importance stratégique de prioriser le maïs en grain par rapport au maïs ensilage, notamment pour l’aviculture et la réduction des importations?
Avec une production de 380.000 quintaux à Adrar 220.000 à Timimoun en 2025, le programme ministériel devrait contribuer au processus de réduction des 40 millions de quintaux de maïs importés annuellement. En 2025, le ministère visait 130.000 hectares de maïs, dont 30.000 hectares de maïs grain. Le reste étant consacré au maïs ensilage. Un produit très apprécié des éleveurs laitiers qui approvisionnent les laiteries confectionnant fromages et yaourt dont le prix est libre.
L’intérêt des investisseurs pour l’ensilage réside dans un cycle de culture plus court, des prix de vente libres et la possibilité de 2 cultures par an. Pour le maïs grain dont le prix est fixé par l’ONAB, son cycle de culture plus long se traduit par des dépenses supplémentaires en électricité pour le pompage de l’eau.
Il est significatif que lors de la visite du ministre au sud, des investisseurs ont demandé au ministre de pouvoir différer le paiement des factures de la Sonelgaz après la récolte. Le maïs grain est surtout indispensable à l’élevage de volailles. Il permet une viande à prix accessible aux ménages à bas revenu. Aussi à travers l’opposition entre maïs grain et maïs ensilage, se cache un aspect social.
Quels sont les principaux défis agronomiques à relever pour réussir cette culture à grande échelle dans le Sud algérien, en tenant compte des contraintes climatiques, de la salinité des sols et des besoins en irrigation?
En climat aride, le facteur limitant est l’eau mais aussi la faible qualité de certains sols notamment à cause de leur faible taux en matière organique. Les sols riches en sable ne permettent de retenir ni engrais ni eau.
La relative nouveauté de cette culture au sud et l’absence de stations d’essais nécessitent la diffusion du savoir-faire des investisseurs les plus avancés. Une stratégie qui peut être développée par la collecte des informations relatives aux divers itinéraires techniques utilisées au niveau des parcelles des périmètres irrigués ainsi que des rendements obtenus. Cette collecte d’information sur une centaine de pivots, une fois traitée par ordinateur, peut renseigner sur les pratiques les plus performantes.
Ce type d’approche repose sur la présence d’organisations professionnelles locales dynamiques et une coopération avec le milieu de l’agro-fourniture très présent au sud. Il existe des problèmes spécifiques comme après la moisson du maïs le traitement de la masse des résidus laissés au sol. Celui-ci peut gêner les semis ultérieurs et implique donc de trouver les meilleurs modes de semis.
Le programme vise 220.000 hectares d’ici 2028. Que recommandez-vous pour optimiser les rendements et minimiser les risques dans ces régions désertiques?
En milieu aride, il s’agit d’arriver sur le long terme à maintenir une disponibilité en eau. Elle passe par une recharge artificielle des nappes les plus superficielles à partir des crues des oueds sahariens. Il y a également la disponibilité de matériel de récolte. En la matière les efforts sont constants à l’image du nombre d’engins de récolte Sampo mis à la disposition des investisseurs par l’ONAB. Des engins équipés de becs cueilleurs de marque allemande. Vient ensuite le défi logistique du fait des distances. Il arrive que des engins de récolte soient à l’arrêt du fait de l’insuffisance de camions. La solution pourrait passer par l’utilisation de bennes Marrel à benne basculante.
Reste le séchage des grains à 15% maximum d’humidité afin d’éviter le développement de moisissures et la présence de mycotoxines cancérogènes. À cet effet, l’ONAB s’équipe progressivement de séchoirs. La recherche universitaire pourrait être mise à profit pour élargir les capacités de séchage: pré-nettoyage des grains avant séchage pour éliminer les impuretés humides ou stockage à plat avec ventilation au sol renforcée après passage raccourci dans les séchoirs.
Les soutiens de l’État sont importants à travers les subventions pour les engrais, le matériel d’irrigation et l’énergie. La production de maïs grain pose la question du modèle alimentaire en Algérie. Le maïs permet la production de viande et donc de protéines animales mais se traduit par des importations estimées à 50 millions de quintaux.
Pour transformer ce programme en « tradition agricole » comme le souhaite le président Tebboune, quels soutiens de l’État et innovations seraient indispensables, et quelles alternatives envisagez-vous en cas de concurrence avec d’autres cultures fourragères?
Comme noté déjà, la jeune production locale de maïs est concurrencée par le maïs ensilage. Plus grave est la concurrence dont font l’objet les volailles à travers le développement de l’engraissement des moutons et des bœufs à base de maïs. Contrairement aux ruminants qui possèdent 4 estomacs, les volailles n’ont que leur gésier, aussi le maïs grain leur est indispensable.
Pour réduire les importations de maïs, des alternatives existent. L’institut de l’élevage (ITELV) a montré qu’il est possible d’introduire dans la ration des poulets de chair 20% d’orge voire plus pour les poules pondeuses.
Il est indispensable de développer d’autres cultures fourragères pour les moutons. À Constantine l’expert Mohamed Haroun a montré l’intérêt de mélanges de plusieurs espèces fourragères (méteil). L’ex-président de la Chambre d’agriculture de Constantine a eu l’occasion d’épandre avec succès en hiver de l’urée sur les jachères pâturées et de tripler la production d’herbe. Le Haut Commissariat au Développement de la Steppe possède une expérience de plantations d’arbustes fourragers comme l’atriplex. Les éleveurs n’ont alors plus besoin d’orge ou de maïs.
La dépendance au maïs importé montre l’alternative capitale des protéines végétales, elles peuvent venir en complément des protéines animales. Ces protéines sont présentes dans les légumes secs dont la production est plus aisée que le maïs. Les légumes secs ont récemment été classés, avec les céréales, en haut de la «pyramide des produits stratégiques» par le professeur Ali Daoudi de l’ENSA d’El Harrach. Aujourd’hui, à l’étranger, des procédés tels le l’extrusion permettent de varier l’utilisation des protéines végétales jusqu’à leur donner l’aspect de blanc de poulet comme dans le cas des Nuggets, des Burgers contiennent jusqu’à 47% de soja texturé mélangés à la viande hachée.
À Timimoun, le ministre a appelé au recours «aux technologies modernes et aux solutions innovantes». Depuis les années 70, la recherche universitaire regorge de travaux non utilisés. Investisseurs, industriels de l’agro-alimentaires et start-up se doivent également d’explorer les progrès réalisés à l’étranger.
L. M.