Le défi du maïs grain dans le Sud algérien

Le défi du maïs grain dans le Sud algérien est relevé afin de produire localement l’aliment de base de l’aviculture et ne plus dépendre de l’importation.

Dans les wilayas du Sud de l’Algérie, le maïs grain est en train de changer d’échelle, porté par l’idée de produire localement l’aliment de base de l’aviculture pour alléger une dépendance extérieure qui pèse lourd sur les prix. En visite à Timimoun la semaine dernière, le ministre de l’Agriculture, Yacine El Mahdi Oualid, a présenté cette filière comme un choix stratégique et a ordonné de mobiliser les moyens pour sécuriser la récolte, du champ jusqu’au stockage. Pour lui, la bataille de l’autosuffisance ne se gagnera pas seulement avec des surfaces, mais avec une chaîne complète, moissonneuses, séchoirs, transport, centres de collecte, capable d’absorber des volumes qui augmentent.

Objectif: 220.000 hectares de maïs à l’horizon 2028

L’enjeu se mesure d’abord à l’importation. L’Algérie fait venir chaque année environ 3,5 millions de tonnes de maïs grain, essentiellement pour nourrir les volailles et maintenir une viande blanche accessible. C’est précisément pour rogner cette facture que l’objectif affiché vise 220.000 hectares de maïs à l’horizon 2028. La dynamique est déjà visible dans certaines wilayas du sud où la récolte s’est installée comme un rendez-vous saisonnier.

À Adrar et Timimoun, les surfaces ont progressé ces dernières années, avec une production prévisionnelle annoncée au-delà de 380.000 quintaux pour la campagne 2026. Sur le terrain, les rendements restent hétérogènes mais montent. Des records à 115 quintaux/ha ont été signalés, avec une moyenne souvent située autour de 80–90 quintaux/ha, selon les bilans communiqués lors du lancement des récoltes. Cette montée en puissance ne peut toutefois pas ignorer l’arbitrage qui traverse la filière, à savoir que le maïs ensilage attire les investisseurs par son cycle plus court et des débouchés à prix libre, tandis que le maïs grain, plus long et plus exigeant en irrigation, est celui dont dépend directement l’aviculture.

La politique publique tente de rendre le grain plus “bancable” pour l’agriculteur: le prix d’achat est passé de 4.500 DA à 5.000 DA le quintal dans le dispositif encadré évoqué par le ministère, afin d’améliorer la rentabilité. Les services agricoles ont, de leur côté, arrêté des objectifs graduels, avec un cap de 30.000 hectares semés en maïs grain pour l’année écoulée, dont une part au Nord et une part majoritaire au Sud. Mais produire ne suffit pas. Il faut aussi capter et préserver. Dans sa tournée, le ministre a insisté sur la disponibilité des moissonneuses et des séchoirs, ainsi que sur la facilitation du transport des récoltes vers l’Office national des aliments du bétail (ONAB), point névralgique de l’aval.

Annonce d’un futur programme de production locale de semences

Timimoun a justement réceptionné 9 structures de stockage intermédiaire de proximité, pour une capacité globale de 450.000 quintaux, appelées à entrer en service dès la prochaine saison afin de réduire les pertes post‑récolte et raccourcir les distances. L’expérience récente a montré que la logistique est un facteur de rendement invisible, en ce sens que l’arrêt d’un chantier de récolte faute de camions peut coûter aussi cher qu’une mauvaise fertilisation, surtout quand il faut ensuite organiser le séchage et l’acheminement sur des centaines de kilomètres.

Reste l’essentiel, dans ces régions arides, à savoir l’eau, la qualité des sols et la maîtrise de l’itinéraire technique. À Timimoun, le ministre a rappelé l’importance du respect des pratiques culturales et du recours aux technologies modernes pour sécuriser les rendements, preuve que l’État veut éviter un simple effet d’annonce. Un autre chantier est déjà posé: la graine, encore importée, avec l’annonce d’un futur programme de production locale de semences pour réduire ce maillon de dépendance.

Dans l’intervalle, la filière avance par apprentissage accéléré, appuyée par les coopératives des céréales et légumes secs (CCLS), l’Office national des aliments du bétail (ONAB) et les acteurs de l’agrofourniture, et par une équation que résume l’urgence sociale du dossier: stabiliser le coût de l’aliment de volaille, c’est protéger le pouvoir d’achat autant que la souveraineté alimentaire.

Lyes Mechti

 

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