SEIDIK ABBA, JOURNALISTE ET ÉCRIVAIN NIGÉRIEN À HORIZONS

«Le Niger a besoin de l’Algérie»

Seidik Abba, journaliste et écrivain nigérien, affirme que «le Niger a besoin de l’Algérie» à l’occasion de la visite officielle de son président à Alger. 

Dans cet entretien Seidik Abba, journaliste et écrivain nigérien, revient sur la visite de fraternité et de travail que le président du Niger, le Général d’Armée Abdourahmane Tiani effectue à Alger à l’invitation du président Tebboune. «Le fait, dira-t-il, qu’il se rende en Algérie doit être considéré comme la marque de la considération qu’il accorde aux relations entre les deux pays».

Entretien réalisé par Selma Meziane

Quel sens donner à la visite du président nigérien qui intervient après l’annonce le 12 février du retour des ambassadeurs des deux pays?

C’est une nouvelle étape dans le réchauffement des relations diplomatiques entre les deux pays. Il n’y a pas longtemps, le ministre algérien des Hydrocarbures s’est rendu à Niamey à la tête d’une importante délégation. Il a été reçu par le président Tiani, ce qui est rare que les ministres soient reçus par le président en personne. C’est, déjà, une indication sur le réchauffement des relations entre les deux pays.

Après, il y a eu le retour croisé des ambassadeurs des deux pays. Moins d’une semaine après l’officialisation de l’invitation adressée par le président Tebboune, le président Tiani se rend à Alger. Et quand on sait que le président Tiani se déplace très rarement, sinon presque jamais, à part pour assister aux sommets de l’Alliance des Etats du Sahel et une visite au Mali, on comprend l’importance de ce voyage.

Aussi, le fait qu’il se rende en Algérie doit être considéré comme une marque de considération qu’il accorde aux relations entre les deux pays. C’est pourquoi je crois effectivement que c’est un nouveau chapitre des relations entre l’Algérie et le Niger qui s’ouvre avec cette visite. Car, clairement, il y aura un avant et un après voyage de Tiani à Alger.

Le nouveau chapitre qui va s’écrire dans les relations entre Alger et Niamey sera sans aucun doute marqué par la dimension économique avec toute la collaboration et la coopération que les deux pays peuvent avoir dans le domaine du pétrole, dans la transsaharienne pour le transport de gaz et même dans celui de la formation des Nigériens aux métiers du pétrole que l’Algérie a offerte. La normalisation des relations était dans l’air depuis notamment la visite du ministre algérien des Hydrocarbures et des Mines au Niger.

Cette relance du dialogue politique peut-elle servir de déclencheur pour d’autres pays?

A mon avis, l’amélioration ou la normalisation des relations entre l’Algérie et le Niger peut servir à un rapprochement des relations entre l’Algérie et les pays de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) particulièrement le Mali parce qu’il faut se souvenir que si les relations sont excellentes avec le Niger, ce dernier peut jouer un rôle d’intermédiaire entre l’Algérie et le Mali. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la normalisation entre le Niger et l’Algérie se fait au détriment du Mali.

Bien au contraire, elle peut au contraire favoriser une normalisation avec le Mali et les autres pays. Après le retour de l’ambassadeur du Niger à Alger, les autres pays peuvent voir aussi dans quelle mesure ils peuvent décider de se réconcilier avec l’Algérie. Et le pragmatisme voudrait que cette réconciliation arrivera tôt ou tard.

Moi, j’avais déjà anticipé la normalisation de la relation avec l’Algérie. Au moment du rappel des ambassadeurs, j’avais dit que les relations allaient finir par se normaliser. On ne change pas son voisin, le voisinage est une réalité géographique irréversible et l’Algérie restera le voisin du Mali, elle restera le voisin du Niger et le principe de pragmatisme et d’intérêts communs fait que tôt ou tard il y aura une réconciliation. En l’espèce, il vaut mieux que cela soit tôt car les relations cordiales entre ces pays est avant tout dans l’intérêt des peuples de l’AES et du peuple algérien.

Les deux pays prouvent une nouvelle fois que la volonté politique peut transcender les tensions et privilégier les intérêts économiques. Est-ce la principale leçon de la visite du président du Niger?

Oui, le voyage du président Tiani à Alger traduit la volonté des deux dirigeants des deux pays de mettre en avant, au-delà de toute autre considération, les intérêts des deux peuples. L’Algérie est un pays voisin du Niger avec lequel elle a une histoire, partage plus de 800 kilomètres de frontières, entretient des relations historiques et même des relations humaines croisées.

C’est une histoire qui ne s’efface pas. Donc, c’est le pragmatisme qui a prévalu et la prise en compte des intérêts des populations au-delà d’autres considérations. C’est le pragmatisme de la realpolitik et les intérêts communs entre les deux pays qui à mon avis fondent la diplomatie et la relation entre les deux pays.

Le Niger a besoin de l’Algérie autant que l’Algérie a besoin du Niger parce que ce sont deux pays qui ont une ancienne histoire et dont les relations sont appelées à se développer avec la prospection qui est faite par la Sonatrach qui va aboutir sans doute à un raccordement à la construction du pipeline qui va relier le pétrole nigérien au pétrole algérien. Donc, il y a beaucoup d’intérêts communs.

Par ailleurs, dans le domaine sécuritaire, l’Algérie par le passé a aidé le Niger et le Niger a intérêt à renforcer sa coopération avec l’Algérie qui a une longue expérience dans la lutte contre le terrorisme. Elle peut aider justement le Niger à acquérir les capacités opérationnelles et un savoir-faire dans la lutte antiterroriste.

Quelles seront les retombées de cette visite sur le Niger dont le Président avait fait part fin janvier de la volonté de son pays de renforcer les relations avec l’Algérie?

Les dividendes que le Niger peut tirer de la coopération avec l’Algérie sont nombreux. Il y a d’abord le projet pétrolier Kafra 1 et 2 qui est conduit par la Sonatrach. La prospection a permis de constater que l’exploitation pétrolière peut être rentable. On parle d’une production pétrolière de l’ordre de 260.000 barils par jour avec à la clé la construction d’un pipeline qui va permettre de transporter le pétrole nigérien vers l’Algérie. Il y a aussi le gazoduc transsaharien qui va permettre d’acheminer du gaz depuis le Nigeria jusqu’à l’Europe en passant par le Niger et l’Algérie.

À cela s’ajoute la ZLECAf, la zone de libre échange économique à laquelle le Niger participe et qui va permettre au pays de tirer un meilleur profit de ses relations avec l’Algérie. Il y a donc de nombreux centres d’intérêt, de sujets de coopération entre les deux pays qui peuvent être développés dans le cadre de ces relations. Il y a également sur le plan sécuritaire, le savoir-faire de l’Algérie, qui a connu ce que les autres pays du Sahel connaissent aujourd’hui, à savoir le terrorisme.

Cette expertise peut aider. Il y a eu par le passé la formation, par l’Algérie, des unités antiterroristes nigériennes. L’Algérie peut aussi aider à assurer la maintenance des équipements militaires acquis par le Niger. Dans le domaine de la formation, votre pays, qui a de grandes capacités, va aider à former des jeunes Nigériens aux métiers du pétrole puisque le Niger est entré dans la zone de production pétrolière.

S. M.

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