Tamazight: Vers l’élaboration d’un glossaire de termes juridiques et judiciaires 

L’introduction de tamazight dans le système judicaire algérien fait l’objet, samedi, d’une journée d’étude organisée par le HCA, en collaboration avec le ministère de la justice.

« Nous ne bâtissons pas une politique linguistique judiciaire pour un présent éphémère. Bien au contraire, nous jetons les fondements d’une vision nationale pour une langue judiciaire qui s’adresse à tout un chacun, et ce en adéquation avec les exigences de la Constitution, en plus de la consolidation des piliers d’une justice équitable», affirme le ministre de la justice, garde des sceaux, Lotfi Boudjemaa, lors de son allocution à l’ouverture de la journée organisée au niveau de l’école supérieure de la magistrature de Koléa (W. Tipasa) sous le thème de: « La langue amazighe dans le système national de justice: vers la consécration de tamazight dans la pratique judiciaire et professionnel ».

La place de la langue amazigh dans les institutions 

Pour le ministre, il s’agit de consacrer le rang de tamazight comme un outil de communication juridique. Faire de tamazight un outil de communication est d’abord, selon le ministre de la justice, un processus réfléchi et gradué. « Nous réaffirmons que la promotion de tamazighit avec sa diversité linguistique nationale dans le domaine judiciaire est un pas prépondérant vers une justice foncièrement au service de l’État de Droit et davantage proche du citoyen », indique-t-il.

Selon Boudjemaa, la tenue de la journée d’étude qui coïncide avec la célébration de la Journée internationale de la langue maternelle, dénote l’engagement de l’État à promouvoir la place et le rang de la langue amazigh dans les différentes institutions de la République. « Cette rencontre dont les travaux s’appuient sur un diagnostic scientifique est une opportunité afin de prospecter les voies et options scientifiques et pratiques aux fins d’intégrer la langue amazigh dans les pratiques judiciaires et professionnelles et ce pour consolider l’efficience de l’institution judiciaire et consacrer les exigences qu’impose une justice équitable », soutient le ministre.

Dans cet ordre d’idées, Lotfi Boudjemaa évoque la possibilité de concevoir un glossaire national de termes juridiques et judiciaires en tamazight de l’ensemble de ses variantes linguistiques. « L’élaboration d’un dictionnaire en ce sens œuvre à consacrer davantage la langue amazigh dans les pratiques judiciaires », prévoit-il. Ainsi, le glossaire ne servira pas uniquement selon le ministre à faciliter les procédures judiciaires et professionnelles, mais encore à protéger et à promouvoir la langue amazigh pour notamment consacrer un service public efficace et efficient.

Adopter une politique de communication

Pour sa part, secrétaire général du Haut Conseil de l’amazighité (HCA), Si El Hachemi Assad, revient dans son discours sur la thématique de la rencontre. « Le choix de cette occasion reflète une volonté claire de passer du seuil de la déclaration de principes à celui de leur mise en œuvre institutionnelle, afin de renforcer l’unité nationale et de consacrer la diversité dans son cadre unificateur », soutient-il.

Saluant l’engagement du ministre de la justice d’avoir consolidé les ponts d’un partenariat stratégique entre le HCA et le ministère de la justice, Si El Hachemi Assad souligne que « cette volonté est en parfaite harmonie avec la vision affirmée par le président de la République, dans le cadre de l’Algérie victorieuse, qui fait de la consolidation de l’État de droit et du renforcement de la place des institutions nationales un choix constant reflétant la profondeur de l’engagement envers les constantes de la nation ».

Toutefois le même responsable précise que la langue du procès pose des défis qui dépassent son aspect procédural, car elle implique la connaissance juridique et les dimensions sociales et culturelles. «Le fossé potentiel entre la langue spécialisée utilisée dans la pratique judiciaire et la langue de communication quotidienne peut créer des difficultés de compréhension et affecter le sentiment d’équité», estime-t-il. D’où la nécessité, d’après lui, d’adopter une politique de communication judiciaire pour consacrer le droit à l’information et renforcer l’égalité des chances dans l’accès à la justice.

Par ailleurs, les travaux de la journée qui seront sanctionnées par des recommandations, se sont articulés, selon ses organisateurs, autour de plusieurs axes fondamentaux, notamment le cadre constitutionnel et juridique de la justice linguistique, le rôle de la traduction judiciaire comme mécanisme garantissant les conditions d’un procès équitable, ainsi que la présentation des expériences de terrain et des défis pratiques liés à l’usage de la traduction lors des audiences judiciaires. La rencontre a vu la participation d’universitaires et d’enseignants spécialisés, ainsi que différentes catégories de professionnels du secteur judiciaire: magistrats, experts, traducteurs et cadres venus de diverses régions de l’Algérie.

Amirouche Lebbal

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