Les missions d’information parlementaires à pied d’œuvre

Les missions d’information parlementaires sont à pied d’œuvre afin de contrôler l’action publique dans différents secteurs à travers l’Algérie.

Le Conseil de la nation et l’Assemblée populaire nationale (APN) ont simultanément enclenché une dynamique de contrôle parlementaire inédite sous l’impulsion respective de Azouz Nasri et de Brahim Boughali. En effet, les deux institutions ont déployé, entre novembre dernier et  février, plus d’une 10ne de missions d’information dans plusieurs wilayas, couvrant des secteurs stratégiques tels que la santé, l’agriculture, la culture, le tourisme et les projets d’infrastructure majeurs. Cette activation coordonnée traduit une volonté partagée de rapprocher le travail parlementaire des réalités du terrain, en passant d’un rôle traditionnel de production législative à une fonction d’évaluation concrète des politiques publiques.

Les délégations dépêchées par les deux chambres ont ainsi inspecté des hôpitaux, des exploitations agricoles, des sites culturels et des chantiers structurants, recueillant directement les témoignages des professionnels et des citoyens pour alimenter des rapports circonstanciés transmis aux autorités compétentes. Loin d’être un exercice de forme, cette démarche de proximité vise à identifier les dysfonctionnements, valoriser les bonnes pratiques et proposer des ajustements opérationnels, réaffirmant ainsi la pertinence parlementaire comme levier d’amélioration continue de l’action gouvernementale au service du développement national et de la satisfaction des attentes citoyennes.

Traquer les lacunes et valoriser les avancées

Depuis son installation à la présidence du Conseil de la nation, Azouz Nasri a adopté une approche proactive, laquelle s’est traduite par l’activation systématique des commissions permanentes sur le terrain. Plusieurs missions d’information ont été déployées entre novembre 2025 et février 2026 dans dix wilayas, avec pour objectif de s’enquérir de la réalité des services publics, d’identifier les lacunes et de formuler des recommandations opérationnelles. Ces déplacements, loin d’être de simples visites protocolaires, ont permis d’établir un diagnostic précis des difficultés rencontrées par les citoyens et les professionnels, tout en consolidant les avancées significatives réalisées dans plusieurs secteurs stratégiques.

La commission de la Santé, du Travail, des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, présidée par le professeur Habib Douagui, a relevé lors de ses 5 missions des constats qui appellent une intervention rapide des autorités compétentes. À Sétif, la pression exercée sur le service des urgences du CHU Souadna Ahmed Abdennour et l’état de certains équipements d’imagerie médicale ont été pointés du doigt, tandis qu’à Bordj Bou Arreridj, les mêmes préoccupations ont été exprimées concernant la couverture sanitaire.

Dans le Grand Sud, les visites à Debdeb et Bordj Omar Driss ont mis en lumière l’absence de logements pour les médecins spécialistes, le manque d’unités de traitement des déchets médicaux et l’absence de centre de production d’oxygène, des lacunes particulièrement préoccupantes dans des zones frontalières exposées aux maladies transfrontalières comme le paludisme, la tuberculose ou le sida.

À Médéa et Djelfa, la commission a noté un déficit en spécialistes dans des disciplines sensibles telles que la gynécologie-obstétrique, la réanimation ou la cardiologie, ainsi que des difficultés liées à la maintenance biomédicale et à la formation continue du personnel soignant. Ces constats ont donné lieu à des recommandations précises, notamment la création d’un hôpital universitaire de cinq cents lits à Médéa, l’adoption d’une plateforme nationale de télémédecine pour les zones enclavées et le renforcement des moyens logistiques des structures de santé de proximité.

Recueillir les préoccupations des acteurs sur le terrain

La commission de la Culture, de l’Information, de la Jeunesse et du Tourisme, dirigée par le professeur Mohamed Boukrou, a mené quant à elle une double mission d’information dans les wilayas de Souk Ahras et d’Annaba. Cette visite intensive vise à dresser un diagnostic précis des infrastructures culturelles, touristiques, sportives et jeunesse, tout en recueillant les préoccupations des acteurs de terrain pour alimenter un rapport détaillé destiné aux autorités compétentes.

À Souk Ahras, la délégation a entamé son programme l’inspection de la zaouïa de Sidi Messaoud, où la question du relogement des familles résidant dans l’enceinte du site a été soulevée pour préserver son caractère sacré. L’ancienne mairie, dont les travaux de réhabilitation accusent un retard notable, a fait l’objet d’une proposition de transformation en musée, tandis qu’au théâtre régional Mustapha Kateb, la nécessité de moderniser les équipements techniques et les systèmes d’éclairage a été soulignée pour améliorer la qualité des spectacles.

Dans le domaine sportif, l’inspection du complexe Badji Mokhtar a révélé les besoins des équipes sportives en matière de surface de jeu adaptée et de soutien financier. Au stade principal, les parlementaires ont noté l’urgence d’améliorer l’éclairage et d’accompagner la procédure d’homologation selon les standards de la Confédération africaine de football (CAF), condition indispensable pour accueillir des compétitions continentales. Dans la foulée, la délégation a poursuivi sa mission à Annaba pour une visite de trois jours. Ils ont particulièrement mis en avant le rôle déterminant des autorités locales, dont l’engagement et la disponibilité ont contribué de manière significative au succès de cette mission fructueuse.

Visite du projet minier de Gar Djebilet

La commission de l’Équipement et du Développement local, présidée par Yahia Charf, a effectué une visite d’une importance particulière au projet minier de Gar Djebilet, inauguré par le chef de l’État et considéré comme un levier stratégique pour l’économie algérienne. Sur place, les parlementaires ont pu constater l’avancement des travaux de l’unité de traitement primaire du minerai de fer, réalisée dans le cadre d’un partenariat algéro-chinois, ainsi que le déploiement d’une centrale solaire de 200 mégawatts équipée d’un système de stockage par batteries. Cette mission a permis de vérifier la conformité des réalisations avec les engagements pris et d’identifier les ajustements nécessaires pour optimiser l’impact socio-économique du projet sur la wilaya de Tindouf.

La commission de l’Agriculture et du Développement rural, sous la direction de Lakhdar Moulay Saadoun, a relevé lors de sa mission à Sidi Bel Abbès et Mascara des défis récurrents liés à l’accès à l’eau, au financement des exploitations et à la sécurisation du foncier agricole. Les parlementaires ont noté la nécessité de renforcer l’accompagnement technique des agriculteurs et d’accélérer la modernisation des infrastructures de stockage et de commercialisation.

L’ensemble des rapports élaborés à l’issue de ces missions a été soumis au président du Conseil de la nation, Azouz Nasri, qui assurera leur transmission aux autorités responsables, conformément aux dispositions constitutionnelles conférant à l’institution parlementaire un rôle de suivi et d’évaluation des politiques publiques.

Cette démarche illustre la volonté du Conseil de la nation d’exercer un contrôle positif et constructif, fondé sur l’observation directe et le dialogue avec les acteurs de terrain. En plaçant l’intérêt général et la satisfaction des attentes citoyennes au cœur de son action, le Conseil de la nation, sous l’impulsion de son président, affirme son rôle essentiel dans la consolidation de l’État de droit et la promotion d’un développement équilibré sur l’ensemble du territoire national.

Le contrôle parlementaire: levier d’action

Sous les orientations de son président Brahim Boughali, l’APN déploie également une activité parlementaire intense qui ne se limite pas à la production législative mais s’étend à un contrôle de terrain rigoureux des politiques publiques, traduisant une volonté affirmée de rapprocher l’institution des préoccupations citoyennes et de renforcer l’efficacité de l’action gouvernementale.

Depuis le début de l’année 2026, plusieurs délégations temporaires d’information ont sillonné les wilayas du pays, portant une attention particulière à la filière des viandes rouges, un axe majeur de la sécurité alimentaire. Dans la wilaya d’Ouled Djellal, les parlementaires ont inspecté des exploitations d’élevage pour recueillir les doléances des éleveurs relatives au coût des aliments pour bétail, à la couverture vétérinaire et à l’accès au crédit saisonnier. Les constats établis ont fait l’objet d’un rapport transmis aux autorités compétentes en vue d’améliorer les conditions d’exercice de cette activité vitale pour l’économie locale.

Dans la wilaya d’El Oued, la même commission a mené un travail d’évaluation approfondi de la production animale, s’appuyant sur des données chiffrées précises. Les parlementaires ont inspecté les infrastructures de stockage céréalier, et salué l’adoption d’outils de digitalisation utilisant l’imagerie satellitaire pour optimiser le suivi du cheptel. Cette approche innovante, dont la wilaya d’El Oued constitue un modèle, illustre la modernisation des méthodes de contrôle parlementaire et la recherche d’efficacité dans l’évaluation des politiques publiques.

Amélioration de la réhabilitation des équipements publics

À Naâma, les échanges avec les éleveurs et les responsables sectoriels ont mis en lumière les défis spécifiques aux zones steppiques, notamment l’accès à l’eau et la protection sanitaire des troupeaux. Parallèlement à ces missions centrées sur l’agriculture et l’élevage, la commission de la Culture, du Tourisme et de la Communication a mené des évaluations dans les wilayas d’Aïn Témouchent, de Mascara et d’Alger, inspectant des infrastructures hôtelières, des sites patrimoniaux et des institutions médiatiques. Les rapports issus de ces déplacements ont identifié des axes d’amélioration concernant la réhabilitation des équipements publics, la valorisation du patrimoine culturel et le soutien aux médias locaux, autant de leviers pour renforcer l’attractivité touristique et la vitalité culturelle des territoires.

En somme, cette activation soutenue des commissions permanentes s’inscrit dans une démarche cohérente de suivi et d’évaluation, conformément aux prérogatives constitutionnelles conférées à la chambre basse du Parlement. Chaque mission donne lieu à l’élaboration de rapports circonstanciés, soumis au président de l’APN puis transmis aux autorités de tutelle, garantissant ainsi la prise en compte des constats de terrain dans l’ajustement des politiques publiques.

La méthode adoptée privilégie le dialogue direct avec les acteurs de terrain, qu’il s’agisse de professionnels, de responsables locaux ou de représentants de la société civile, permettant d’enrichir l’analyse parlementaire d’expertises diversifiées et de réalités parfois méconnues des circuits institutionnels classiques. L’activation régulière des commissions permanentes, combinée à un travail législatif exigeant, traduit une vision moderne du parlementarisme, où le contrôle et l’évaluation constituent des leviers puissants pour accompagner les réformes et répondre aux attentes légitimes des citoyennes et des citoyens.

Karima Alloun

 

 

 

 

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