Jeûne et grossesse: précautions et signaux d’alerte

Le Pr Dammene Debbih, spécialiste en gynécologie obstétrique, explique que la grossesse est un phénomène physiologique qui impose des adaptations particulières.
Tout en mettant en garde contre les risques du jeûne pour certaines femmes enceintes, le Pr Dammene Debbih, spécialiste en gynécologie obstétrique de l’hôpital de Bouloughine, rappelle que la grossesse n’est pas une maladie, mais un phénomène physiologique qui impose néanmoins des adaptations particulières à l’organisme maternel. « La grossesse induit une hyperventilation physiologique« , explique le Pr Dammene Debbih.
Grossesse et pathologies : les dangers de l’hypoxie durant le jeûne
Un phénomène complexe où le corps de la femme se transforme pour accueillir une vie nouvelle. L’utérus s’élargit progressivement, tandis que le diaphragme thoracique compense en s’élevant à son tour pour maintenir la capacité pulmonaire totale. Mais ce n’est pas tout. La restriction hydrique, elle, provoque une déshydratation qui épaissit les sécrétions bronchiques et diminue encore la tolérance respiratoire. « Le jeûne ne modifie pas les volumes pulmonaires« , précise le Pr Dammene Debbih, « mais il surcharge les mécanismes de compensation chez la femme enceinte ».
Parmi les pathologies qui inquiètent particulièrement la spécialiste figurent les infections respiratoires aiguës, très fréquentes chez les femmes enceintes. Grippes, pneumonies… ces affections, qui peuvent sembler bénignes, deviennent autrement plus préoccupantes durant la grossesse. Lorsqu’une infection respiratoire se combine avec la déshydratation, la fièvre et les contraintes du jeûne, le tableau peut rapidement devenir dangereux. L’hypoxie, ce manque d’oxygène dans le sang, menace alors la maman comme le bébé. Pour les femmes enceintes asthmatiques, la question du jeûne se pose avec encore plus d’acuité.
Une prudence particulière s’impose
« Le jeûne est possible, mais avec une prudence particulière, surtout lorsque l’asthme est parfaitement contrôlé ». Toutefois, plusieurs conditions doivent être réunies. D’abord, une collaboration étroite avec le pneumologue est indispensable. Ensuite, le traitement de fond doit être rigoureusement suivi, l’observance parfaitement respectée. La patiente ne doit présenter aucun symptôme depuis plusieurs semaines. Chaque femme enceinte doit connaître les signes d’alerte qui imposent l’arrêt immédiat du jeûne. « Au moindre signe, la rupture du jeûne doit être immédiate », avertit-elle.
À l’inverse, le jeûne est formellement déconseillé pour les asthmes non contrôlés ou en cas d’exacerbation récente. Une crise d’asthme durant la grossesse représente un danger trop important pour être pris à la légère. L’utilisation des inhalateurs ne rompt pas le jeûne. « On répète aux patientes que les inhalateurs ne sont pas des médicaments qui risquent d’arrêter le jeûne, donc elles peuvent les utiliser sans crainte », explique-t-elle. Une précision importante qui lève une interrogation fréquente et peut éviter des complications graves. Quant aux autres traitements, ils peuvent être aménagés après el Iftar. L’hydratation reste primordiale pendant la période où la femme peut s’alimenter.
Les cas d’interruption du jeûne
Face à ces risques, le Pr Dammene Debbih se veut claire dans ses recommandations. Certes, elle n’interdit pas systématiquement le jeûne aux femmes enceintes stables sur le plan clinique. Selon elle, dès l’apparition de certains signes, le jeûne doit être immédiatement interrompu, comme l’aggravation de la toux, une sensation de pression thoracique, la fièvre ou la diminution des mouvements du bébé. « C’est un élément d’alerte chez nous », martèle la gynécologue.
Ces petits coups de pied, ces tressaillements familiers qui rassurent les futures mamans sont en réalité de précieux indicateurs du bien-être fœtal. Leur diminution doit déclencher un arrêt immédiat du jeûne et une consultation en urgence.La spécialiste adopte une approche pragmatique avec ces femmes : le médecin évalue l’état clinique, pèse les risques, informe en toute transparence et responsabilise.
Samira Belabed