Paroles de jeûneurs: vécu d’un couple d’enseignants

Ils sont enseignants de tamazight depuis plus de 20 ans. Lui au collège, elle au lycée.
Un couple discret, enraciné dans son identité amazigh, pour qui le mois de Ramadhan n’est pas seulement un rendez-vous spirituel, mais aussi un temps de transmission, de mémoire et de questionnement sur l’évolution de la société.
Le Ramadhan était vécu collectivement
«Ramadhan a toujours occupé une place particulière dans notre vie, bien avant que nous devenions enseignants», confie le mari, la voix posée. «Nous avons grandi dans des villages où ce mois était vécu collectivement, presque naturellement. Tout le monde jeûnait, mais surtout tout le monde partageait». Dans leurs souvenirs d’enfance, Ramadhan était synonyme de simplicité. Les tables n’étaient pas chargées, mais les cœurs l’étaient. «Il y avait peu de plats, parfois juste une soupe, du pain fait maison et quelques dattes. Pourtant, on ressentait une profonde sérénité», se souvient son épouse.
«Les soirées étaient rythmées par les visites familiales, les récits des anciens, les prières à la mosquée du village. On apprenait, sans le savoir, les valeurs de patience, de respect et de solidarité». Aujourd’hui, leur regard sur
le Ramadhan du présent est plus nuancé. «Le sens du jeûne n’a pas changé, mais la manière de le vivre, oui», estime le couple. «Il y a une certaine pression sociale, une surconsommation qui contraste avec l’esprit
même de ce mois. Les marchés sont pleins, les réseaux sociaux débordent d’images de tables abondantes, parfois au détriment de l’essentiel».
En tant qu’enseignants, ils ressentent une responsabilité particulière durant ce mois. «Nous essayons, chacun à notre niveau, d’expliquer aux élèves que Ramadhan ne se limite pas à s’abstenir de manger. C’est un moment de discipline intérieure, de respect de l’autre, de retour aux valeurs profondes de notre culture qui prône l’équilibre, la mesure et la dignité».
Samira Sidhoum