Entre deux rives: l’histoire d’une famille palestinienne enracinée à Alger

Installée à Alger depuis près de 15 ans, la famille palestinienne Abou Amr originaire de Ghaza a appris à faire du Ramadhan un espace de continuité plutôt que de rupture.

Continuité de la foi, d’abord, mais aussi continuité des gestes, des saveurs et des souvenirs, malgré l’éloignement de la terre natale. Dans leur appartement d’un quartier populaire de la capitale, le mois sacré reste un moment profondément habité, à la fois intime et collectif.

En Palestine, Ramadhan avait une saveur particulière

«Le Ramadhan, où que l’on soit, reste un mois de retour à l’essentiel», confie la mère de famille, la voix douce mais ferme. «En Palestine, il avait une saveur particulière, marquée par la proximité, par les voisins, par les appels à la prière qui résonnaient dans les ruelles. Ici, à Alger, le rythme est différent, mais l’esprit demeure». Le souvenir du Ramadhan, d’autrefois, est encore vif.

En Palestine, malgré les difficultés, la précarité et parfois l’insécurité, le mois sacré était vécu comme un refuge spirituel. «Même dans les moments les plus durs, Ramadhan apportait une forme de paix intérieure. Les familles se retrouvaient, les tables étaient modestes, mais toujours ouvertes», se souvient le père. Aujourd’hui, son regard porté sur le Ramadhan a évolué, sans perdre de sa profondeur.«Le monde a changé, les contraintes sont autres, mais ce mois reste un rappel puissant de patience, de solidarité et de dignité». 

La générosité des Algériens saluée

À Alger, la famille dit avoir trouvé une terre d’accueil chaleureuse, particulièrement durant le mois sacré. «Les Algériens vivent Ramadhan avec beaucoup de générosité. Il y a une vraie ressemblance avec ce que nous connaissions, à savoir la convivialité, le respect du jeûne, l’importance donnée au partage. Cela nous a aidés à nous sentir moins étrangers». Autour de la table de l’iftar, les frontières culinaires s’estompent. La cuisine devient un langage commun. «Nous cuisinons les deux», sourit la mère.

Les plats palestiniens occupent une place centrale, surtout pour préserver la mémoire et la transmettre aux enfants. Le maqlouba, plat emblématique à base de riz, de légumes et de viande, est souvent préparé, tout comme le musakhan, au poulet, oignons et sumac, symbole des grandes tablées familiales. Les feuilles de vigne farcies, le houmous et le moutabbal accompagnent presque chaque repas.

Un Ramadhan tissé de mémoire et d’adaptation

Mais l’Algérie s’invite naturellement dans les menus du Ramadhan. La chorba est devenue incontournable, tout comme le bourek, adopté avec enthousiasme par les enfants. «Au début, c’était par curiosité, puis par habitude. Aujourd’hui, Ramadhan sans chorba, ce n’est plus vraiment Ramadhan», plaisante le père. Les douceurs algériennes, telles que la zlabia ou le kalb el louz, trouvent aussi leur place aux côtés des desserts palestiniens, notamment les qatayef, préparés surtout durant les dix dernières nuits.

Pour cette famille, Ramadhan est aussi un temps de transmission. «Nous expliquons à nos enfants ce que représente ce mois, pas seulement le jeûne, mais le sens du sacrifice, de la prière, de la compassion envers les autres», indique la mère. Le vécu palestinien, marqué par l’épreuve et la résilience, donne à ce mois une résonance particulière. «Quand on a connu le manque, on comprend mieux la valeur de chaque repas partagé». 

Entre passé et présent, entre Palestine et Algérie, la famille Abou Amr vit un Ramadhan tissé de mémoire et d’adaptation. Un Ramadhan où les traditions se croisent sans s’effacer, où l’exil n’a pas effacé l’identité, mais l’a enrichie de nouvelles attaches. «Ramadhan nous rappelle que même loin de notre terre, nous ne sommes jamais loin de nos valeurs», conclut le père, avec une sobriété qui en dit long.

Samira Sidhoum

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