Sadek Djemaoui : «C’est un mois bénéfique, voire thérapeutique»

Auteur-compositeur, interprète engagé et figure marquante de la chanson citoyenne, Sadek Djemaoui, leader du groupe mythique El Bahara, connu pour ses œuvres musicales à forte portée sociale et politique, poursuit aujourd’hui son parcours artistique à travers l’écriture et la réflexion intellectuelle. Fidèle à une démarche qui conjugue art, conscience et parole publique, il a récemment publié «Le mépris et les dé rives de l’Occident» (Éditions El Inma, 2025), un essai structuré en vingt parties où il propose une lecture critique des rapports de force internationaux, des contra dictions du discours dominant et des fractures du monde contemporain. Dans cet entretien, l’artiste évoque avec sérénité son rapport intime au mois sacré, qu’il considère comme un temps de recentrage, de lucidité et de création intérieure.

Entretien réalisé par Amine Goutali

Sur les plans spirituel, culturel et créatif, comment vivez-vous le mois de Ramadhan ?

Le Ramadhan est, pour moi, un moment à la fois spirituel, thérapeutique et profondément apaisant. Il m’offre un temps de respiration, de recul et de réflexion. J’ai moins de stress, moins de rendez-vous pressants, ce qui me permet de me recentrer sur l’essentiel. Je fais mes prières avec plus de présence intérieure, mais cela ne m’empêche pas de continuer à écrire, bien au contraire : cette atmosphère de calme nourrit ma pensée et stimule mon inspiration.

Disposez-vous réellement de conditions favorables à la création durant cette période ?

Tout dépend de l’organisation personnelle. Lorsqu’on structure son temps avec rigueur, on peut maintenir un bon rythme de travail, même pendant le jeûne. Le mois de Ramadhan nous rappelle des valeurs fondamentales : la patience, la discipline, la gratitude. Il nous accorde aussi un repos intérieur tout en nous invitant à approfondir notre spiritualité. Cet équilibre est extrêmement bénéfique, car il favorise une réflexion plus claire et plus sincère, surtout lorsqu’elle est orientée vers des choses constructives.

Le jeûne influence-t-il votre manière de travailler ?

Oui, dans le sens positif. Lorsque j’écris, je peux rester concentré pendant plusieurs heures sans me lever, car je ne suis pas distrait par les habitudes quotidiennes, comme boire un café ou manger. Cette continuité renforce la concentration, la discipline et la précision de la pensée. On entre dans une forme de silence intérieur propice à la création.

Que représente ce mois pour vous sur le plan humain et social ?

C’est aussi le mois de la fraternité, des retrouvailles avec les amis, les proches et la famille. Cette dimension sociale est essentielle dans notre culture, notamment en Algérie, où le Ramadhan reste un moment de partage très fort. Certains affirment que les traditions se perdent, qu’elles ne sont plus comme autrefois, mais je pense qu’il existe encore beaucoup de personnes qui y tiennent profondément et qui résistent à ce qui pourrait les affaiblir ou les diluer.

En définitive, comment définiriez-vous le Ramadhan ?

C’est un mois bénéfique, presque thérapeutique, qui équilibre le travail, la spiritualité et la vie familiale. Il nous oblige à ralentir pour mieux comprendre, à nous taire pour mieux entendre, et à nous priver pour mieux ressentir. Ce n’est jamais une période ordinaire, et c’est justement ce caractère exceptionnel qui fait toute sa richesse et sa profondeur.

A. G.

 

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