Pr Youcef Chafik Belgaïd, maître de conférences en néphrologie à la faculté de médecine de Mostaganem

«Les complications du diabète sont redoutables»

Pr Youcef Chafik Belgaïd, maître de conférences en néphrologie à la faculté de médecine de Mostaganem, souligne que «Les complications du diabète sont redoutables».

Dans cet entretien, le Pr Youcef Chafik  Belgaïd revient sur les complications rénales du diabète et son retentissement sur les autres organes. La réduction de ces complications passe, selon lui, par la prévention, le diagnostic précoce et l’éducation thérapeutique.

Entretien réalisé par Samira Belabed

 

Pouvez-vous d’abord définir ce qu’est un diabète sucré ?

C’est  une  maladie chronique très  répandue dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’il y a plus de 589 millions d’adultes diabétiques dans le monde qui en sont atteints, et ce nombre devrait dépasser les 853 millions d’ici à 2050.

Le diabète sucré, qui reste la principale cause de maladie rénale chronique dans le monde, est caractérisé par une élévation anormale et durable du taux du glucose dans  le sang , appelée hyperglycémie. Il associe une  altération du métabolisme glucidique et répond à des critères diagnostiques très précis.

Que sont-ils?

Un diabète sucré peut être défini par une glycémie veineuse  à jeun supérieure ou égale à 1,26 g par litre, une glycémie prélevée après un jeûne minimum de 8 heures de temps.

Je dois insister sur l’importance des conditions de dosage et de prélèvement de la glycémie pour éviter les faux résultats. La 2e situation est une glycémie veineuse réalisée 2 heures après l’ingestion orale de 75 g de glucose anhydre, test d’hyperglycemie provoquée par voie orale, supérieure ou égale à 2 g par litre. Le 3e outil diagnostic pour définir un diabète sucré est l’hémoglobine glyquée, qui devrait être supérieure ou égale à 6,5%.

Enfin, on peut parler  d’un diabète sucré quand  une glycémie veineuse prélevée à n’importe quel moment de la journée est  supérieure ou égale à 2 g par litre associée à la présence de symptômes cliniques caractéristiques. Ce sont les manifestations cliniques classiques du diabète telles que la polyurie (uriner beaucoup), la polydipsie (avoir souvent soif) et la polyphagie (avoir très faim).

Vous avez mentionné le diabète sucré  post-transplantation. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ce diabète propre à la population des transplantés d’organe solide, entre autres, les greffés rénaux, obéit aux mêmes critères diagnostics que je viens de citer, mais avec une particularité très importante. Il faut absolument qu’il  soit diagnostiqué à distance de la transplantation, en dehors de toute infection, de rejet, avec une fonction optimale du greffon et un traitement immuno-suppresseur stable.

Pourquoi ? Parce qu’il y a une différence fondamentale entre un diabète sucré  post-transplantation et une hyperglycémie postopératoire, cette dernière est en général  transitoire. Il faut poser ce diagnostic au minimum 45 jours après la transplantation du greffon.

L’idéal est d’attendre 2 mois. Si le patient répond aux critères cités précédemment, on peut parler d’un diabète sucré  post-transplantation.

Parlons de prévalence et des complications. Pourquoi le diabète est-il si dangereux pour les diabétiques et les hypertendus, notamment au niveau rénal ?

Le diabète sucré peut avoir des complications redoutables. On distingue des complications microangiopathiques et macroangiopathiques. Le rein est un organe richement vascularisé et  constitue la cible privilégiée de cette microangiopathie diabétique. Pourquoi ? Parce qu’il y a une atteinte de cette microvascularisation dans le rein. Les organes cibles du diabète sont multiples : rein, œil,  cerveau… Pour cette raison, notre stratégie doit être de prévenir en gérant mieux le diabète sucré  avant qu’il ne retentisse sur le rein et les autres organes cibles.

Comment peut-on retarder ce processus ?

Par une prise en charge multidisciplinaire et adéquate, entre nos confrères omnipraticiens, endocrinologues, néphrologues cardiologues. Cela passe, en plus des règles hygieno- diététiques générales, par un meilleur équilibre glycémique et tensionnel. Ce dernier fait appel aux médicaments antihypertensseurs et néphro-protecteurs.

Quel est le rôle du généraliste dans la  prise en charge ?

L’omnipraticien ou le médecin  généraliste représente  la pierre angulaire de notre système de santé. C’est lui qui va, «aller en profondeur» pour rechercher la microalbuminurie qui  est un marqueur précoce de l’atteinte endothéliale rénale. Elle peut révéler un stade très précoce de la  maladie rénale diabétique. Une fois détectée, le généraliste doit orienter le patient vers un néphrologue pour une suite de  prise en charge adaptée qui peut  retarder l’évolution vers l’insuffisance rénale terminale.

L’éducation thérapeutique semble un élément central. Quelle est son importance?

Ailleurs, elle est considérée comme une science à part entière. Elle est absolument primordiale dans  la  prise en charge du patient  diabétique et implique  plusieurs acteurs: médecins, infirmiers et le patient lui-même. L’objectif est de s’assurer  que le patient diabétique ait un équilibre glycémique optimal à côté du contrôle des chiffres  tensionnels qui devraient être dans la cible. Le dépistage précoce et la collaboration entre tous les acteurs de la  santé constituent les points cardinaux de cette prise en charge. L’Etat a mis à notre disposition tous les  moyens de dépistage et de prévention, si nous agissons tôt, avec une prise en charge  multidisciplinaire et  coordonnée, à côté d’une éducation thérapeutique de qualité.

S.B.

 

 

 

 

Bouton retour en haut de la page