Ramadhan le mois des retrouvailles 

Ramadhan le mois des retrouvailles. En ce mois sacré, la solidarité est à l’honneur et se manifeste partout sous différentes formes.

C’est un mouvement collectif d’institutions, d’organismes et d’associations qui viennent en aide aux démunis. La famille, malgré tous les changements qui font que celle-ci n’est plus vraiment ce qu’elle était, reste surtout un espace de retrouvailles.

Les veillées de Said Aidrous ne ressemblent en rien à celles des personnes qui consultent les programmes de l’opéra ou des salles de spectacles pour passer d’agréables moments. Il ne consent à se rendre ni aux Sablettes ni en bord de mer, du côté de Zéralda, où ses enfants l’invitent parfois à faire un tour en voiture jusqu’aux environs de minuit pour prendre un bol d’air frais ou faire des achats. Il accomplit ses prières quotidiennes mais ne sort pas non plus pour les Tarawih dans son quartier, à El Achour.

Receveur à l’Etusa, à une année de la retraite, il ne manque pas, par contre, de rendre visite, chaque Ramadhan, à sa grande sœur et à sa fille. L’une vit à Rouiba et l’autre à Ben Aknoun. Il aime aussi recevoir son jeune frère et ses neveux chez lui. «Presque chaque jour, nous avons des invités. Cela fait partie de mes habitudes au Ramadhan, car fortifier ces liens relève aussi de la religion», dit-il.

C’est pour lui une sorte de rite, une façon d’éloigner et de s’éloigner ce qu’il qualifie de «problèmes toxiques» qui font que plusieurs familles se tournent le dos, quand elles ne se déchirent pas. «Il faut instaurer une journée de la famille», lance-t-il en plaisantant.

Le Ramadhan reste tout de même, pour beaucoup, un moment de retrouvailles au point où de plus en plus de compatriotes qui vivent à l’étranger viennent passer quelques jours, voire tout le mois, au pays, dans la chaleur familiale que beaucoup recherchent.

C’est le cas de Hamid Younsi, originaire de Aïn El Hammam qui dit être venu pour soigner ses dents car, selon lui, «en France cela coûte les yeux de la tête». «D’une pierre deux coups. Je viens passer tout le mois au bled où je ne ressens pas la solitude. Presque tous les jours, on m’invite en Kabylie, à Alger et même chez des cousins à Oran», confie-t-il, fasciné par une générosité qu’il ne voit pas ailleurs.

Le Ramadhan est, en effet, une occasion qui réunit et renforce les liens entre les membres des familles, les amis et les liens sociaux en général. Pour de nombreuses personnes interrogées, il est synonyme d’atmosphère conviviale, d’échanges dans la bonne humeur et d’accomplissement de  bonnes actions.

De la parenté à l’amitié 

Toutefois, ces dernières années, l’intensité de la fraternité durant le mois sacré a beaucoup diminué. C’est ce qu’explique le professeur Brahim Benmechta de l’Institut de sociologie de l’Université de Blida 2. «Nous passons, de plus en plus, de la famille élargie avec un réseau de liens de deuxième, voire de troisième degré à la famille nucléaire centrée autour des parents et des enfants», relève-t-il. «Cela a pour conséquence un affaiblissement du sens collectif qui avait caractérisé la famille algérienne qui, souvent, pour des affaires d’héritage, se déchire», déplore-t-il, avant de faire remarquer que des liens entre collègues de travail peuvent prendre le relais avec, notamment durant ce mois, des échanges de visites, de sorties en soirée de groupes qui préfèrent ou placent sur un pied d’égalité l’amitié à la parenté.

«Silat errahim» (liens du sang) voilà une des vertus que prône l’Islam, l’imam Boudjemaâ, Sid Ali de la mosquée Abu Bakr Essedik de Sidi Daoud, wilaya de Boumerdès, rappelle qu’elle doit être renforcée. «Il faut rendre visite à sa sœur, ses parents, ses cousins et même aux amis, durant ce mois béni de partage, car notre religion recommande la fraternité et abhorre les égoïstes qui ne pensent jamais aux autres croyants»,  conseille-t-il.

La famille à l’ère des réseaux sociaux qui accaparent les individus et emprisonnent chacun derrière des barreaux invisibles n’est plus toujours le lieu où frères et sœurs, enfants et parents, se retrouvent autour d’un ftour commun. «Ceux qui ont encore cette chance et ce privilège se rendront compte de leur prix et valeur s’ils venaient à les perdre», dit sagement l’imam.

Samira Belabed 

 

 

 

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