Urgences de l’EPH de Rouiba: Afflux de patients et engagement des médecins

À l’EPH de Rouiba, les urgences connaissent un afflux important pendant le Ramadhan. Médecins et soignants gèrent les patients avec rigueur et dévouement.

A peine une heure après la rupture du jeûne, le service des urgences de l’EPH de Rouiba entre dans une phase d’activité intense. Dans les couloirs étroits, éclairés par des néons blafards, l’ambiance est fébrile et empreinte de retenue.

Médecins et paramédicaux assurant le service de nuit, enchaînent les prises en charge sans relâche des patients qui affluent au service des urgences pour des raisons diverses. N’ayant pas le temps de rompre le jeûne dans des conditions normales, ces professionnels de la santé, rompus à ce rythme infernal en particulier durant le Ramadhan, se contentent de quelques dattes et d’une bouteille d’eau. Reconnaissables à leurs blouses et à leur discipline rigoureuse, les soignants respectent scrupuleusement les mesures d’hygiène en portant masques et gants.
«Nous faisons très attention, surtout en cette période où l’affluence est plus importante et les infections liées à la saison hivernale comme la grippe saisonnière sévissent», explique Ali,  un infirmier de garde.

Afflux accru et spécificités du Ramadhan

Toutefois, il regrette le relâchement des patients et de leurs accompagnateurs qui ne se protègent pas.
«Beaucoup arrivent sans masque alors que des patients présentent des symptômes de la grippe saisonnière et  d’autres maux liés  au jeûne. Hélas nos rappels répétés n’ont pas d’effet mais nous avons le devoir de les soigner. Nous ne pouvons refuser personne», souligne-t-il en déplorant le  manque  de civisme à l’entrée de la salle de soins. Après l’iftar, les urgences connaissent un afflux  plus marqué. Les cas pris en charge sont souvent liés aux spécificités du Ramadhan, à savoir malaises dus à des chutes de tension, hypoglycémies, douleurs gastriques, crises hypertensives, accidents domestiques survenus lors de la préparation du repas ou  accidents de la route survenant dans la précipitation précédant ou suivant la rupture du jeûne.

Assis sur un banc, dans la salle d’attente, un patient d’une cinquantaine d’années raconte : «J’ai ressenti un vertige brutal après l’iftar. Je suis diabétique et j’ai mal géré mon alimentation aujourd’hui. Je pense que j’ai fait un pic de glycémie parce qu’après avoir mesuré, j’ai trouvé 2,30, ce qui est vraiment déconseillé.» Plus loin, une mère accompagne son fils de 10 ans, victime d’un malaise. «Il a jeûné toute la journée. Après le repas, il s’est senti très mal, j’ai préféré l’emmener directement aux urgences», confie-t-elle, visiblement inquiète.

Entre pathologies du jeûne et solidarité médicale

La salle d’attente se remplit à mesure que les minutes s’égrènent. Face à cet afflux, les médecins restent concentrés, évaluant rapidement la gravité de chaque cas. «Durant le Ramadhan, nous observons une augmentation des consultations pour des pathologies évitables, souvent liées à de mauvaises habitudes alimentaires ou à l’automédication. Des  malades chroniques prennent plusieurs traitements et qui ne savent plus comment les dispatcher entre la soirée et la nuit», explique un médecin interne.

«Nous faisons de la prévention autant que possible, mais la priorité reste la stabilisation des patients», ajoute-t-il, sans cacher sa préoccupation sur  l’état d’une dame, la soixantaine bien entamée, qui souffre de vertiges. L’équipe médicale, jeune et engagée, suit de près l’évolution de chaque malade, informant régulièrement les familles, souvent nombreuses dans le hall d’attente. Malgré la fatigue accumulée, l’esprit de solidarité propre au mois sacré semble renforcer la cohésion du personnel soignant.

Face au manque de matériels, des médecins désarmés

Cette mobilisation, sincère et humanistes des staffs médicaux, se heurte souvent  à un déficit majeur en matériels et appareils comme l’absence  d’un centre d’imagerie, de laboratoires d’analyses biologiques, ou simplement d’un glucomètre, tensiomètre. «Nous pouvons assurer les soins de première urgence, mais dès qu’un scanner ou une IRM est nécessaire, les familles doivent transférer le patient ailleurs», déplore un médecin. La  situation est  d’autant plus éprouvante durant le Ramadhan, où les déplacements nocturnes sont difficiles et coûteux sans compter la fermeture de la majorité des laboratoires et centres de radiologie.

Pour le professeur Kamel Djenouhat, chef du laboratoire de l’établissement, cette lacune est le principal point noir. «Nous accueillons des patients venant de l’est de la capitale et de communes voisines de Boumerdès. Ne pas disposer d’appareils d’examens médicaux est un véritable handicap», affirme-t-il. En attendant l’acquisition d’autres appareils, le laboratoire central de l’EPH joue un rôle clé pour soulager les patients et leurs familles.
«Près de 90% des analyses demandées sont réalisées sur place, y compris pour des patients non hospitalisés», souligne le professeur. Un maillon essentiel dans la prise en charge des urgences, notamment durant les nuits du Ramadhan.

Un père de famille, qui accompagne son épouse après une chute dans les escaliers, est dans un désarroi total. Le médecin lui demande une radiographie, mais il ne sait pas où aller. «Je ne connais pas d’établissement où faire cette radio. Je vais demander à quelqu’un pour m’orienter. Le plus dur reste celui de traîner ma femme qui est tiraillée par la douleur», se plaint-il  en demandant l’aide d’un agent de sécurité pour installer sa femme dans le véhicule. Un autre patient appelle son fils pour qu’il aille lui ramener son glucomètre, car l’infirmière de service lui a dit qu’il n’y a plus de bandelettes disponibles. «Pas de glucomètre ni de bandelettes. Je ne vais pas dire un mot de plus. Des bandelettes ! Rien que ça», regrette-t-il, presque amusé de cette situation burlesque.

Malgré les contraintes, l’équipe médicale et paramédicale poursuit sa mission avec dévouement. Dans cette atmosphère nocturne si particulière, entre fatigue, prières et urgence vitale, les soignants de l’EPH de Rouiba restent en première ligne, déterminés à offrir le meilleur aux patients, durant le mois sacré comme tout au long de l’année.

Karima Dehiles

 

 

 

 

 

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