Virus Nipah: Le risque est faible mais la vigilance indispensable

Bien que le risque d’une épidémie de Nipah en Algérie soit très faible, la menace de cas importés impose une vigilance constante et une détection précoce.
Dans un monde où les frontières sanitaires sont devenues aussi perméables que les frontières géographiques, la question des virus émergents continue d’interpeller la communauté scientifique. Le virus Nipah, agent pathogène rare mais redoutablement dangereux, figure ces jours-ci parmi les menaces surveillées de près par les autorités sanitaires internationales.
Interrogé à ce sujet, le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, le Pr Faouzi Derrar, livre une analyse nuancée, fondée sur les données épidémiologiques et les réalités locales. Le virus Nipah est un virus zoonotique dont le réservoir naturel est la chauve-souris frugivore. Il circule principalement en Asie du Sud-Est et dans certaines régions du sous-continent indien. La transmission à l’homme se fait indirectement, soit par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés par les sécrétions de chauves-souris, soit par l’intermédiaire d’animaux infectés. Dans certains pays, le porc a joué un rôle clé dans la chaîne de transmission, avant que le virus n’atteigne l’homme par contact avec les fluides biologiques.
«C’est un virus à très fort pouvoir pathogène»
«C’est un virus à très fort pouvoir pathogène», souligne le Pr Derrar. Les données internationales font état de taux de létalité particulièrement élevés, oscillant entre 40 et 75%, ce qui en fait l’un des virus les plus dangereux connus à ce jour. Cette gravité impose des conditions strictes de manipulation, nécessitant des laboratoires de haute sécurité biologique et des procédures rigoureuses de diagnostic et de prise en charge.
En Algérie, le risque d’apparition de foyers autochtones est jugé très faible. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’une part, les espèces de chauves-souris réservoirs du virus Nipah ne sont pas présentes sur le territoire national. D’autre part, la voie de transmission par le porc est inexistante, ce type d’élevage n’étant pas pratiqué dans le pays. «Les conditions écologiques et animales nécessaires à l’installation du virus ne sont pas réunies», rassure le directeur de l’Institut Pasteur.
nécessité d’une détection précoce
Toutefois, le risque zéro n’existe pas. Dans un contexte de mobilité internationale intense, l’introduction du virus reste théoriquement possible par le biais d’une personne contaminée à l’étranger. Un voyageur de retour d’une zone endémique, ayant été en contact direct ou indirect avec le virus, pourrait être diagnostiqué en Algérie sans pour autant que cela signifie une circulation locale du virus. «Détecter un cas importé ne veut pas dire que le virus circule dans le pays», insiste le Pr Derrar. Face à ce scénario, la clé réside dans la détection précoce. L’Algérie dispose, selon lui, des capacités techniques nécessaires pour identifier rapidement une infection et activer les protocoles de prise en charge. La rapidité du diagnostic est essentielle pour éviter toute propagation secondaire, notamment dans un environnement hospitalier.
Le message du Pr Derrar est clair, la vigilance doit être permanente. «Nous vivons dans un monde devenu très petit, où tout peut arriver», rappelle-t-il. Il plaide pour une cartographie sanitaire précise des zones à risque et pour un dépistage ciblé des personnes revenant de régions où le virus Nipah est présent, notamment dans le cadre de séjours touristiques ou professionnels.
Sans céder à l’alarmisme, le responsable appelle à une approche fondée sur l’anticipation et la prévention. Le virus Nipah ne constitue pas une menace immédiate pour l’Algérie, mais il rappelle l’importance d’un système de veille sanitaire robuste, capable de répondre rapidement aux défis posés par les maladies émergentes dans un monde globalisé.
Samira Sidhoum