Abdelhamid Zekiri: Une écriture au service de la mémoire

Abdelhamid Zekiri consacre son œuvre à la mémoire nationale, retraçant vies et sacrifices des héros de la Révolution pour préserver l’histoire algérienne.
Le mois de mars, fortement chargé de symboles dans la mémoire collective des Algériens, continue d’inspirer chercheurs, écrivains et témoins de l’histoire nationale.
Dans ses ouvrages consacrés à plusieurs figures de la Révolution, Abdelhamid Zekiri s’inscrit dans une démarche de transmission et de préservation d’une mémoire qu’il considère comme «essentielle à la cohésion nationale et à la compréhension du présent».
Évoquant la portée particulière de ce mois, l’auteur rappelle qu’il constitue, au même titre que Novembre et Juillet, un repère fondamental dans le calendrier mémoriel algérien. «Le mois de mars est profondément ancré dans la mémoire nationale comme celui des Martyrs et de la Victoire», souligne-t-il, en référence notamment au cessez-le-feu du 19 Mars 1962, consécutif aux Accords d’Évian. Une date qui demeure, selon lui, un moment de recueillement intense, dédié à l’hommage rendu aux sacrifices consentis pour l’indépendance.
L’écriture comme acte de transmission
Dans cette perspective, l’écriture se présente comme un acte de transmission et de responsabilité.
Zekiri confie inscrire son travail dans une ligne directrice claire : préserver la mémoire afin que «nul n’oublie». Cette ambition traverse l’ensemble de ses ouvrages consacrés notamment à des figures emblématiques telles que Mohamed Assami et Larbi Ben M’hidi, mais aussi à des personnalités moins connues, à l’image du docteur Ahmed Cherif Saâdane, dit «Hakim Saâdane».
À travers ces portraits, l’auteur entend dépasser la simple évocation héroïque pour restituer des trajectoires humaines. «Il est des hommes dont la trace s’efface trop vite», observe-t-il, déplorant que certaines figures de la lutte nationale soient réduites à des noms de rues ou d’établissements. Son travail se veut ainsi une tentative de recomposition, à partir de témoignages, d’archives et de récits, afin de redonner à ces acteurs leur place dans l’histoire.
Pour Zekiri, ces figures ne doivent pas être perçues comme des «héros de marbre», mais comme des hommes de chair et de sang, dont les parcours incarnent une Algérie en quête de liberté et de justice. «Chaque nom, chaque geste, chaque combat participe à la grande fresque de notre histoire», affirme-t-il, estimant que l’oubli constituerait une perte irréversible pour la mémoire collective.
Attention particulière à la mémoire locale
Celle-ci est considérée comme un complément indispensable à l’histoire nationale. Son expérience au sein du conseil scientifique du Musée régional de la wilaya VI Mohamed Chaâbani, à Biskra, lui a permis de mesurer l’importance des témoignages de terrain. «Nous avons perdu beaucoup de récits à la disparition de nombreux moudjahidine», regrette-t-il, appelant à une collecte systématique de ces sources avant qu’elles ne disparaissent définitivement.
Refusant de se limiter à une approche strictement académique, Zekiri revendique une posture de «scribe», au service de ceux qui n’ont pu transmettre leur vécu. Pour lui, la mémoire locale relève en réalité d’une mémoire collective plus vaste, qui traverse l’ensemble du territoire national. Chaque région, souligne-t-il, recèle des éléments susceptibles d’enrichir la compréhension globale de l’histoire algérienne, dans toute sa diversité.
Cette démarche s’inscrit également dans un parcours personnel profondément marqué par l’histoire de la guerre de Libération. Issu d’une famille engagée dans la Révolution, ayant vécu l’exil et côtoyé des combattants dès son enfance, l’auteur puise dans ses propres souvenirs une motivation intime. Les images de guerre, les scènes de douleurs mais aussi les moments de joie liés à l’indépendance constituent, selon lui, des éléments fondateurs de son engagement.
La plume au service de l’histoire
«Ce n’est pas uniquement une passion, c’est un devoir», affirme-t-il, expliquant avoir choisi la plume comme moyen d’action, en lieu et place des armes. Une manière, dit-il, de rendre hommage à ceux qui se sont sacrifiés et de contribuer, à son échelle, à la construction d’une mémoire vivante.
À l’heure des réseaux sociaux et de l’information instantanée, Zekiri insiste, par ailleurs, sur le rôle fondamental de l’écrivain dans la transmission du savoir historique. Face à la rapidité et parfois à la superficialité des contenus numériques, il estime que l’auteur doit se positionner comme un «passeur de temps long», capable de structurer et de donner sens à la complexité du passé. Dans ce contexte, le livre apparaît comme un outil privilégié pour ancrer durablement la mémoire et développer l’esprit critique, notamment chez les jeunes générations. «L’écrivain propose un réel tangible», explique-t-il, permettant de mieux comprendre les événements et de déconstruire les informations erronées.
Amine G.