Jbaliqs, chef d’orchestre
«La musique doit être écoutée avant d’être applaudie»

Jbaliqs, chef d’orchestre, estime que «la musique doit être écoutée avant d’être applaudie».
Jbaliqs, de son vrai nom Wassim Benyoucef Bendali, est un artiste aux multiples facettes : musicien, comédien, chef d’orchestre et professeur de français. Linguiste de formation, il dirige également un orchestre de jeunes musiciens au sein de l’association «Dar El Fen» d’Oran dont le spectacle «Haya N’zoro» était à l’affiche, le 15 mars dernier au TNA. Dans cet entretien, il revient sur la genèse de cet événement, sa vision du travail orchestral et la rigueur qui guide sa direction musicale.
Entretien réalisé par Souha Bahamid
Le spectacle «Haya N’zoro» est revenu cette année. Parlez-nous de cet évènement?
La première édition n’était pas en soi une véritable première. Lorsque la présidente de l’association Dar El Fen m’a commandé un programme pour leur soirée à Alger, en mars 2024, c’était déjà notre huitième scène ensemble, puisque j’interviens comme chef d’orchestre au sein de l’association lors d’événements occasionnels.
Pour être tout à fait honnête, nous nous sommes aussi alignés sur la tendance des concerts «à thème». Aujourd’hui, beaucoup de scènes de musique classique algérienne se construisent autour de slogans qui frôlent parfois le marketing. Monsieur Habchi, enseignant au sein de la même association, connaissait ma rigueur de travail et a soutenu ma proposition de ne pas thématiser ce concert. Mais comme je tenais à ce que le programme reste dans un registre poétique et sérieux, le nom «Haya N’zoro» a finalement été choisi, puisqu’il reprend l’un des titres du programme, «Venez, visitons notre Prophète (QSSSL), que sa lumière… ». C’était un titre évident, d’autant plus que l’administration du théâtre nous a demandé de donner un nom au spectacle.
En tant que chef d’orchestre, la précision est essentielle dans votre travail. Comment parvenez-vous à diriger l’ensemble des musiciens et à maintenir cette rigueur et cette harmonie au sein de l’orchestre ?
Je crois que c’est une question que l’on pose surtout aux chefs d’orchestre confirmés, afin de connaître leur méthodologie et de sentir la passion dans leurs mots lorsqu’ils y répondent. Cela dit, le jeune chef d’orchestre que je suis se veut encore… jeune, pour le moment. La rigueur s’installe finalement d’elle-même. J’implique l’orchestre, toutes sections confondues, dans la discussion et le partage. Il m’arrive même, lorsque je trébuche sur une version ou une mélodie, de revenir vers les musiciens, en démocrate, afin de trouver ensemble la formule qui puisse convenir et peut-être plaire.
Un concert dirigé par un chef d’orchestre est un moment de partage avec le public. Comment vous arrivez à créer cette connexion entre les musiciens sur scène et les spectateurs ?
Malgré un répertoire presque connu de tous, cette connexion reste avant tout un ressenti. Je pense surtout mettre les musiciens à l’aise sur scène. En répétition, c’est tout autre chose : j’interdis les téléphones et toute forme de captation car je ne veux pas que la rigueur et la discipline du travail soient mal interprétées. Il m’arrive de faire répéter le même passage pendant 30 minutes, s’il le faut, pour que cela sonne exactement comme je l’entends.
Une fois sur scène, c’est un autre monde, presque comme au théâtre. Je peux rattraper l’orchestre une ou deux fois, selon mon état du moment. Mais si je me mettais à pointer du doigt les erreurs des musiciens, je les ferais, comme dirait un entraîneur de sport collectif, «sortir du match», ce qui pourrait influencer tout le reste du concert. Le public perçoit alors la complicité et l’écoute entre les musiciens, surtout s’il prend le temps de tendre l’oreille. Mission accomplie, ou presque.
Cette deuxième édition montre l’intérêt du public pour ce type de soirée musicale, comment expliquez-vous cet engouement ?
Parce que je ne jure que par la sincérité. Il est de coutume de voir nos familles, et certains privilégiés, assister à des soirées tout au long de l’année. Pendant le mois de Ramadhan, cela devient presque une tradition. Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi les gens viennent. Mais, par pitié, si vous avez pris la peine d’acheter votre place et d’assister au concert, écoutez la musique… et applaudissez seulement à la fin.
S.B.