Musique andalouse: Le genre séduit plus de jeunes

Longtemps perçue comme élitiste, la musique andalouse séduit aujourd’hui un public jeune, notamment durant les soirées du Ramadhan.

Depuis quelques années, un phénomène discret s’observe dans les salles de spectacle : la musique andalouse, longtemps perçue comme un patrimoine réservé à des cercles étroits d’initiés et aux personnes âgées, attire, désormais, un public de plus en plus jeune. Durant le Ramadhan, la tendance se confirme.

À Alger, à la salle Ibn Zeydoun de l’Office Riadh El Feth (OREF) ou à l’espace des artistes «Naghma Wa Tay», dans la Basse Casbah, les concerts  connaissent une affluence où se mêlent amateurs avertis, familles et jeunes curieux venus redécouvrir une tradition séculaire.

Dans l’atmosphère particulière des soirées ramadhanesques, les salles de spectacle se remplissent avant le début des représentations. À Ibn Zeydoun, les spectateurs prennent place progressivement dans une ambiance respectueuse. Sur scène, les instruments traditionnels — violon, mandole, oud et percussions — dialoguent dans une harmonie subtile, transportant l’assistance dans l’univers raffiné de la nouba andalouse.

Présent ce soir-là, le violoniste et interprète de musique andalouse, Kamel Belkhodja, souligne l’évolution notable du public ces dernières années. Selon lui, l’intérêt des jeunes pour le genre s’est considérablement renforcé. «Il y a une présence beaucoup plus importante de jeunes lors des concerts. Ils viennent parfois par curiosité mais découvrent rapidement la richesse de ce patrimoine musical qui  possède une profondeur qui touche de plus en plus la nouvelle génération», explique-t-il en marge du concert.

Une quête d’identité et de profondeur poétique

Pour l’artiste, cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de redécouverte du patrimoine culturel national. «Pendant longtemps, certains jeunes se tournaient principalement vers des styles plus contemporains, comme le rap ou le raï. Mais aujourd’hui, ils cherchent aussi à renouer avec leurs racines culturelles. La musique andalouse représente une part essentielle de notre identité artistique», ajoute-t-il.

Yanis Benaïssa, étudiant de 22 ans, a découvert le genre récemment. «J’écoutais surtout du rap. Mais en venant aux concerts, j’ai compris qu’il y avait une profondeur dans une musique que je ne connaissais pas. Les textes sont très poétiques et l’interprétation impressionnante», confie-t-il.

Pour Samir Khelifi, jeune ingénieur venu assister à la soirée, le mois de Ramadhan joue un rôle important dans ce rapprochement avec la musique andalouse. «Beaucoup de jeunes cherchent une ambiance plus calme et plus spirituelle. La musique andalouse correspond bien à cet état d’esprit. Elle évoque souvent des valeurs et une sensibilité qui s’accordent avec l’atmosphère du Ramadhan», soutient-il. Quelques jours après, on se retrouve dans l’ambiance intime «Naghma Wa Tay».

La Casbah, témoin d’une reconnexion aux traditions

Avant le début de la représentation, les discussions dans la cour intérieure témoignent de l’intérêt croissant du public composé d’étudiants, de passionnés de musique et d’habitants de La Casbah.

Islam Hadj Hassan, interprète de musique andalouse, relève «la présence accrue de jeunes spectateurs qui constitue un signe encourageant pour l’avenir du genre musical». «Beaucoup d’entre eux souhaitent découvrir une  musique qui fait partie de notre histoire. Ils continuent bien sûr à écouter d’autres styles mais  éprouvent aussi le besoin de se reconnecter à une musique plus traditionnelle», explique-t-il.

Chez Nadir Touati, étudiant en architecture, l’intérêt pour l’andalou est relativement récent. «Je connaissais ce style mais je ne l’avais jamais vraiment écouté. En assistant à des concerts, je découvre une musique très riche, avec des compositions complexes et des interprétations magnifiques», proclame-t-il.

Transmission familiale et soutien institutionnel

Rania Benyamina, étudiante en littérature, évoque la dimension poétique de «textes très beaux et les mélodies très raffinées qui  change de ce que l’on entend habituellement». Abdelkader Meghari, père de famille, a ramené ses enfants. «Quand j’étais plus jeune, mes parents écoutaient souvent de la musique andalouse à la maison», se souvient-il. «La soirée me rappelle ces moments. Mes enfants doivent découvrir cette musique et comprendre son importance», poursuit-il.

Cette transmission entre générations est un des aspects de ce renouveau culturel. Ce regain d’intérêt s’explique aussi par les efforts du ministère de la Culture et des Arts, des associations musicales, des écoles de musique et des orchestres qui œuvrent, depuis plusieurs années, à la préservation et à la diffusion de ce patrimoine. Concerts, ateliers pédagogiques et rencontres artistiques contribuent à rendre celui-ci plus accessible au grand public.

La musique andalouse semble retrouver une place importante dans la vie culturelle. Loin de «chasser» les styles modernes, elle apparaît comme un complément aux jeunes désireux de renouer avec une partie essentielle de notre héritage.

Walid Souahi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bouton retour en haut de la page