Orientation agricole: Vers un nouveau modèle centré sur la performance

Le projet de loi d’orientation agricole devrait aboutir à un nouveau modèle centré sur des critères de performance.
Le projet de loi d’orientation et de la souveraineté alimentaire, en cours d’enrichissement, devrait amorcer une refonte profonde dans le secteur de l’agriculture et posera les bases d’une politique algérienne alimentaire. Numérisation du secteur, allègement des procédures administratives, réforme du système de soutien, nouveaux mécanismes de financement, préservation des ressources génétiques locales. Tant d’objectifs mis en exergue, mardi, par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El Mahdi Oualid, lors d’un workshop dédié à la nouvelle loi d’orientation agricole et de la souveraineté alimentaire, tenu au siège du ministère de l’Agriculture.
Nouvelle relation législative de la politique alimentaire
«Nous avons rédigé une première version de ce projet de loi, qui sera discutée aujourd’hui (mardi). Cette rencontre réunit les représentants de toutes les parties prenantes, afin de parvenir à un texte de loi répondant aux aspirations de l’ensemble des acteurs du secteur», indique le ministre. D’emblée, le premier responsable du secteur est revenu sur le contexte de la révision de cette loi fondamentale de l’agriculture.
«La pandémie de Covid-19 a révélé certaines fragilités, auxquelles se sont ajoutées les perturbations du marché des céréales et les changements climatiques. Toutes ces circonstances nous ont amenés à prendre conscience de la nécessité d’assurer notre sécurité alimentaire. Le nouveau projet de loi, largement débattu au niveau national, vise à instaurer une nouvelle relation législative en posant les bases d’une politique alimentaire. C’est pourquoi il est qualifié de loi d’orientation pour l’agriculture et la souveraineté alimentaire», explique-t-il. Et d’ajouter que cette appellation est hautement symbolique, car l’objectif ultime est bien de parvenir à la souveraineté alimentaire.
Soutiens à la production
cette occasion, le ministre a passé en revue les principaux objectifs du texte. Il s’agit d’abord de renforcer la souveraineté alimentaire nationale en hiérarchisant les chaînes stratégiques et en assurant la coordination entre production, transformation, diversification et distribution. La future loi tend aussi à préserver les ressources génétiques locales (végétales et animales), considérées comme essentielles à la sécurité alimentaire.
En ce sens, le ministre souligne également la réforme du système de soutien et de subventions, en passant progressivement du soutien aux intrants vers le soutien à la production, afin d’assurer une meilleure efficacité et équité. De même que ce texte prévoit la mise en place de nouveaux mécanismes de régulation, pour protéger à la fois les agriculteurs contre les pertes matérielles et les consommateurs contre la hausse récurrente des prix. Le ministre a aussi mis l’accent sur la simplification des procédures administratives à même de réduire, dit-il, la bureaucratie et instaurer l’échange de données entre les différentes instances du secteur, avec l’application du principe du «silence vaut accord».
À propos de la gouvernance agricole, il insiste sur sa modernisation, en clarifiant, précise-t-il, les rôles de l’État, des collectivités locales et des organisations professionnelles. Sur ce point, Yacine Oualid évoque l’instauration des outils de pilotage basés sur les données, la transparence et l’évaluation régulière.
Une loi spécifique régissant le foncier agricole
Concernant le foncier agricole, le ministre tient à préciser qu’une loi spécifique distincte du présent texte de loi a été instaurée, afin de prendre en charge tous les aspects y afférents. «L’objectif est de simplifier et unifier le cadre juridique du foncier agricole en Algérie, actuellement complexe et dispersé entre plusieurs textes. Cette réforme vise à rendre la gestion du foncier plus lisible en vue de l’attribuer selon des critères économiques au profit de véritables agriculteurs et investisseurs», soutient-il.
En somme, la mise en œuvre de ces objectifs escomptés s’effectuera par des instruments mesurables. «Il est essentiel de disposer d’objectifs quantifiables, car une politique moderne ne peut se limiter à des intentions générales. Le nouveau modèle est fondé sur la productivité et des critères de performance mesurables», conclut-il.
À cette occasion, le président de la Chambre nationale d’agriculture, Mohamed Yazid Hambli, estime que la nouvelle loi est assez importante dans la mesure où elle favorise une approche économique censée être adoptée par l’ensemble des instances agricoles. Il souligne, dans la foulée, la nécessité d’associer les professionnels à toute prise de décision, car, constate-t-il, la Chambre constitue, via les agriculteurs, une force de proposition. Pour sa part, le secrétaire général de l’Union nationale des paysans algériens (UNPA), Abdellatif Dilmi, salue les réformes introduites dans le nouveau texte de loi, à même d’être d’un substrat solide pour la concrétisation de la sécurité alimentaire en Algérie.
A. Mehdid
