«El Fahla», de Nihed Belkati: Une fiction sur le…fil de l’âme

Le roman «El Fahla» de Nihed Belkati est une fiction sur le… fil de l’âme qui repense la place de l’Algérienne, entre quête de modernité et profond ancrage identitaire.

Repenser la place de la femme dans la société et l’inscrire dans une dynamique à la fois moderniste et ancrée dans son identité: telles sont les idées maîtresses du nouveau roman «El Fahla» de Nihed Belkati, publié aux éditions El Maoudj El Akhdar.

Le thème, classique dans la prose féminine, demeure d’une brûlante actualité. À la lumière des bouleversements profonds qui redéfinissent les rapports socioculturels dans le monde, la  nouvelle fiction se veut un plaidoyer en faveur de la femme algérienne. «L’Algérienne vit un véritable moment de questionnement intérieur : elle aspire à une réussite ouverte sur le monde tout en préservant son ancrage identitaire», souligne l’auteure, jointe par nos soins.

Une quête de soi loin des ruptures

Face au défi soulevé par sa fiction, l’auteure propose une approche reposant sur la quête de soi de la femme algérienne afin de mieux appréhender le statut auquel elle aspire. À ses yeux, il ne s’agit ni de contester les fondements sociaux ni même d’appeler à une rupture avec la tradition, à la manière de certaines voix féministes qui ont aujourd’hui pignon sur rue. Elle suggère plutôt une démarche de «réconciliation intérieure fondée sur la connaissance de soi et le développement personnel» dont les bienfaits, soutient-elle, sont plus qu’évidents.

La sensibilité que Belkati imprime à son récit ne l’empêche pas de recourir aux symboles incarnés par de grandes figures féminines de la lutte contre le colonialisme français, en particulier Djamila Bouhired et Lalla Fatma N’Soumer. L’idée n’est pas de remettre ces 2 héroïnes sur scène dans une approche rétrospective. Bien au contraire. L’auteure s’en inspire davantage pour symboliser le combat mené à bras-le-corps par la femme. «Il n’est pas question d’un retour au passé comme cela pourrait être interprété, mais d’un dialogue avec des figures porteuses de sens», précise-t-elle en rappelant que celles-ci, avec d’autres résistantes, incarnent «une continuité entre les luttes d’hier et les combats intellectuels et identitaires d’aujourd’hui». Un lien, pense-t-elle, qui traduit la fusion entre engagement, conscience et transmission.

Ne reste dans l’oued que ses cailloux 

De la symbolique à la sagesse, Belkati y passe sans coup férir. C’est là le soubassement de son roman dans lequel elle déploie des repères conceptuels tels que le «fil de l’âme» et les «cinq pierres». Selon l’auteure, le premier représente «le lien subtil entre l’authenticité et la fragilité humaine». Quant aux pierres, elles symbolisent cinq fondements de l’être: la sagesse, la patience, la force, l’émotion et la certitude. Ces éléments constituent, affirme-t-elle, une métaphore de la reconstruction intérieure et de la transmission des valeurs culturelles et sociales à travers les générations. Par ailleurs, le roman porte un regard critique sur l’influence des normes esthétiques contemporaines et des réseaux sociaux. «Nous évoluons dans une ère où l’image et l’apparence tendent à supplanter la valeur humaine», observe-t-elle. À travers «El Fahla», elle appelle à une redéfinition du beau, fondée sur l’authenticité, la profondeur émotionnelle et l’équilibre intérieur, loin des regards rétrécissants et des idées reçues.

Avec un roman aussi cossu, le destin littéraire de Nihed Belkati n’en sera que plus radieux. En effet, à peine ayant bouclé ce récit, l’auteure annonce travailler actuellement sur un nouveau projet qu’elle qualifie de «laboratoire humain». «Si “El Fahla” est une affirmation de soi, mon prochain travail sera une réflexion collective sur les entraves mentales et sociales qui freinent notre évolution», précise-t-elle. Selon elle, ce futur texte ambitionne d’élargir le champ de la réflexion vers une dimension plus globale, en interrogeant les mécanismes invisibles qui structurent et conditionnent la société.

Amine Goutali

 

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