Sahara: La détermination sans faille des négociateurs algériens

La détermination sans faille des négociateurs algériens sur le Sahara algérien qui est un pilier des Accords d’Evian le 19 mars 1962.

«Il n’est pas possible de négocier avec la France tant qu’elle ne reconnaît pas l’Algérie dans son intégrité territoriale. Tout part de là. Le Sahara est la porte d’entrée des négociations», déclarait Krim Belkacem, chef de la délégation algérienne représentant le GPRA. Ces mots résument l’âme d’une Algérie unie et indivisible, dont la souveraineté sur l’ensemble du territoire, du Nord jusqu’au Sahara, fut un principe intangible tout au long des négociations. Le 19 mars 1962, cette ligne de fermeté a trouvé sa traduction concrète.

Le Sahara, un préalable à toute discussion

Krim Belkacem et Louis Joxe, ministre d’État chargé des Affaires algériennes représentant le gouvernement français, ont paraphé les accords d’Évian, mettant fin à plus de sept ans de guerre en Algérie. Des spécialistes des questions politiques et diplomatiques sont unanimes à dire que les membres de la délégation algérienne ayant participé aux négociations faisaient preuve d’un haut niveau de compétence diplomatique et de grande sagesse.

L’ancien diplomate, feu Noureddine Djoudi, avait indiqué que les dirigeants de la Révolution algérienne avaient fixé un objectif noble en s’engageant dans les négociations, à savoir contraindre la France à accepter le principe de l’indépendance totale, malgré les manœuvres multiples et variées du négociateur français visant notamment à conserver le Sahara.

Ce résultat fut obtenu après de longs mois de négociations, ponctuées de blocages répétés, principalement à cause de ce différend sur le statut du Grand Sud. D’un côté, la France souhaitait accorder l’indépendance à l’Algérie tout en conservant une souveraineté sur le Sahara, envisagée par De Gaulle comme un «département spécial». De l’autre, la délégation algérienne, menée par Krim Belkacem, Saâd Dahlab et Rédha Malek, adopta une position inflexible, faisant de l’intégrité territoriale, le Sahara compris, un préalable absolu à toute discussion sur le reste de l’Algérie.

Cependant, la France montrait déjà, par ses actions sur le terrain, sa volonté de diviser le pays et de contrôler certaines régions stratégiques. Les essais nucléaires culminant avec l’explosion de la première bombe atomique française à Reggane en février 1960 sont une preuve édifiante ayant renforcé ces inquiétudes et suscité de fortes interrogations sur ses intentions véritables.

Triomphe de la diplomatie révolutionnaire

Rédha Malek était revenu dans ses dernières déclarations sur cette question et les moments clés de ce processus long et complexe. Il a ainsi souligné que la partie française a longtemps hésité. Le général De Gaulle «avait quelque peu tergiversé», notamment en posant des préalables qu’il a finalement abandonnés progressivement. Dans ce contexte, il insiste sur un point fondamental de la position algérienne. Pour Rédha Malek, «le cessez-le-feu constituait un aboutissement du règlement politique, et non un préalable à la négociation, contrairement à ce que souhaitait la partie française».

Évoquant la période précédant 1958, Rédha Malek a confié qu’«il y a eu de nombreux contacts secrets dès 1955, mais surtout en 1956 et 1957», principalement comme sondages de la part des responsables français, notamment sous Guy Mollet. Ces propositions restaient superficielles et n’apportaient rien de concret, car la revendication algérienne demeurait claire: l’indépendance. Avec l’arrivée au pouvoir de Charles de Gaulle en 1958, il y a eu un changement de stratégie.

De Gaulle a d’abord privilégié une solution militaire, dotant l’armée française de moyens considérables. Cependant, cette approche a rapidement montré ses limites puisque les Algériens continuaient de résister, tandis que la France s’isolait progressivement sur la scène internationale. Rédha Malek a mis en avant un moment décisif, à savoir septembre 1959. De Gaulle a reconnu le principe du recours à l’autodétermination, qu’il qualifie de «grand tournant».

«L’autodétermination devait s’exercer sur l’ensemble du territoire algérien»

«Le GPRA a accepté ce principe, tout en posant une condition essentielle : définir clairement le cadre», a-t-il indiqué. Il a dénoncé le fait que De Gaulle évoquait uniquement «l’Algérie du Nord», en excluant le Sahara. Or, a-t-il ajouté, «l’autodétermination devait s’exercer sur l’ensemble du territoire algérien, conformément aux frontières du 1er novembre 1954». Rédha Malek a expliqué également que la France exigeait un cessez-le-feu préalable et souhaitait inclure plusieurs «tendances algériennes», ce qui était inacceptable pour le FLN. Ce dernier a affirmé clairement que la partie algérienne refusait toute condition préalable, maintenant une position ferme. Finalement, a-t-il souligné, «la France a dû céder».

«Ils ont compris que s’ils voulaient négocier, ils devaient le faire avec le FLN». En somme, ce refus n’était pas un simple entêtement, mais un acte de souveraineté affirmée, un triomphe diplomatique décisif qui a consacré l’Algérie une et indivisible, avec ses riches ressources sahariennes. Pour feu l’historien Mohammed Harbi, cette fermeté sur le Sahara a représenté un point de consensus solide au sein du FLN.

Fouad Soufi, spécialiste de l’histoire contemporaine, qualifie l’«Algérianité du Sahara» de «pilier des Accords d’Évian», soulignant que «la position intransigeante de la délégation algérienne a constitué une victoire diplomatique décisive». Cette intransigeance a constitué un succès de la diplomatie révolutionnaire algérienne, garantissant la souveraineté pleine et entière de l’Algérie. Un principe qui se perpétue aujourd’hui encore, avec une Algérie nouvelle, jalouse de son unité, fidèle au serment des martyrs et portée par une institution militaire, digne héritière de l’Armée de libération nationale (ALN), qui veille, sans faillir, sur chaque parcelle de cette souveraineté arrachée au prix du sang du peuple.

Assia Boucetta

 

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