Banque nationale de gènes: Un pas vers la modernisation de l’agriculture

Le projet de la Banque nationale de gènes, implantée dans la station expérimentale Mehdi Boualem, à Baraki, prend progressivement forme.
Les travaux vont bon train comme l’a constaté samedi le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El Mahdi Oualid, lors de sa visite au chantier. Le projet, et au vu de l’importance scientifique des laboratoires implémentés en son sein, s’annonce prometteur et devrait révolutionner les pratiques agricoles dans diverses filières agricoles, s’érigeant ainsi en un des piliers primordiaux de la sécurité alimentaire nationale. Selon le communiqué du ministère, Yacine Oualid s’est enquis de l’état d’avancement de l’équipement de cette banque en ressources pour sa mise en service, tant sur le plan humain que matériel.
L’impératif de respecter les normes internationales
À cette occasion, le premier responsable du secteur a donné des orientations et des instructions strictes. Il a surtout souligné l’impératif de respecter les normes internationales adoptées en la matière et la nécessité de remédier, le plus vite possible, à certaines lacunes ayant été cernées sur place. Et ce dans le souci d’accélérer la réalisation de ce projet et de rendre opérationnelle cette institution stratégique pour la sécurité alimentaire nationale opérationnelle.
Au cours de cette visite, le ministre a également inspecté le laboratoire de biotechnologie et d’amélioration des plantes, qui se concentre sur la culture in vitro du palmier dattier et l’utilisation de la biologie moléculaire pour accélérer le développement de nouvelles variétés de céréales, telles que le blé, l’orge et le triticale.
Dans le domaine de l’oléiculture, la banque renferme un laboratoire dédié à la technologie alimentaire, permettant d’étudier la qualité de l’huile d’olive, la sécurité alimentaire grâce aux techniques nucléaires et l’extraction de molécules bioactives. La banque comprend également un laboratoire de production animale, dont les travaux portent sur la valorisation des ressources génétiques animales, la préservation de la biodiversité animale et l’amélioration de la qualité du miel. De même, la banque est dotée d’un laboratoire de bioclimatologie et d’irrigation agricole, où l’on développe des techniques d’irrigation innovantes.
Améliorer la performance agricole
A ce propos, l’expert en agriculture, Laâla Boukhalfa, affirme que l’agriculture moderne repose sur le respect rigoureux de pédologie et des conditions climatiques, d’où l‘importance de cette banque, dont la principale mission est de veiller à la qualité des semences et plants, en introduisant des améliorations génétiques. «La base de réussite de l’agriculture est la semence. Et le rôle de la banque de gènes consiste à apporter des améliorations aux semences dans différentes cultures, en tenant compte de la nature du sol et du climat de la région devant accueillir ces semences. En quelque sorte, le travail de la banque de gènes consiste à doter les semence d’une certaine résilience et performance agricole permettant d’atteindre les rendements escompté», explique Boukhalfa.
Selon l’interlocuteur, la mise en service de cette institution permettra d’aller vers des pratiques agricoles s’appuyant sur la nouvelle technologie et amorçant ainsi le passage d’une agriculture traditionnelle manquant de précision, à une agriculture moderne. «Cela nous permet de sortir d’une pratique agricole standard, avec des semences à espèces limitées, pour aller vers des semences adaptées, génétiquement, aux zones agricoles», appuie-t-il. En plus des améliorations génétiques, la banque, poursuit-il, devrait s’occuper également du suivi des semences produites. D’où la nécessité d’un travail étroitement coordonné avec la banque nationale de semences, dont la mission principale est la récupération et la conservation des semences locales, explique Boukhalfa.
Augmentation des rendements grâce aux améliorations génétiques
Boukhalfa cite à titre d’exemple la filière de l’arboriculture, où l’on adopte, actuellement, des plans de 600 plants par hectare. «Avec les améliorations génétiques, on peut doubler de plants par hectare et obtenir des plantations de 1200 plants/ha. Cependant, cet objectif requiert des aménagements spécifiques, à savoir les supports soutenant les arbres fruitiers pour les protéger des vents et autres aléas climatiques», développe-t-il. Évoquant la céréaliculture, Boukhalfa relève que le rendement issu de la moyenne de 2 quintaux/ha de semences utilisées pourrait nettement augmenter, grâce, dit-il, aux améliorations génétiques.
Concernant la production animale, l’expert estime que cette banque est appelée à jouer un rôle clé dans l’amélioration des races, afin d’augmenter la production de viandes et d’autres produits issus de source animale. Il mentionne, dans la foulée, le cas de la filière avicole émergente, et qui pourrait atteindre de meilleures performances en production de viandes blanche et de l’œuf à consommation, à la faveur d’une intervention génétique, ajoutant que les nouvelles espèces obtenues doivent, souvent, être accompagnées sur le terrain par des aménagements et les conditions requises pour l’élevage.
En conclusion, l’expert agricole tient à préciser que l’amélioration génétique diffère de la modification génétique, clarifiant que la première est une sélection s’appuyant sur les croisements compatibles des caractéristiques des espèces, en vue de cumuler les gènes favorables et améliorer la performance.
A. Mehdid