Sécurité alimentaire: Une organisation efficace et accompagnement technique adapté

Pour garantir la sécurité alimentaire, une organisation efficace et un accompagnement technique adapté sont mis en place en Algérie.

Si le secteur de l’agriculture était jusqu’à un passé récent relégué au second plan, aujourd’hui la situation évolue sensiblement. Grâce à une politique agricole volontariste, à des lois protégeant les terres agricoles, à des exemptions fiscales pour les agriculteurs, à des subventions pour l’acquisition d’équipements modernes et à l’introduction massive de l’irrigation goutte à goutte, une véritable révolution est en train de prendre forme dans le secteur. Une transformation progressive qui commence à enregistrer des résultats mesurables sur la scène internationale.

Le système alimentaire algérien à la 32e place mondiale

L’Algérie occupe la 32e place mondiale avec un score de 64,66 points, ce qui fait de son système alimentaire le plus solide du continent africain, selon l’indice des systèmes alimentaires résilients publié par le centre de réflexion britannique Economist Impact. Dans ce contexte, plusieurs experts soulignent que les performances enregistrées par l’Algérie traduisent un potentiel réel de développement du secteur agricole, même si des efforts supplémentaires restent nécessaires pour consolider ces acquis. «L’autosuffisance agricole est possible pour l’Algérie, mais tout progrès exige des efforts importants», rappelle le directeur de l’École nationale supérieure agronomique, Tarik Hartani.

Évoquant les possibilités de développement du secteur agricole, il explique que certaines filières offrent aujourd’hui des perspectives plus rapides que d’autres. «Parmi les filières agricoles actuellement sous tension, celles des céréales et des légumineuses semblent être les plus accessibles pour l’Algérie sur un horizon d’environ cinq ans», indique-t-il. Pour lui, ces deux domaines présentent un avantage agronomique majeur. «Elles sont complémentaires, car les reliquats d’azote laissés par les légumineuses contribuent à améliorer la production des céréales», précise-t-il. Il souligne également l’importance de l’élevage dans ce modèle agricole intégré.

Vers une production d’environ 8 millions de tonnes de blé dur et tendre

«L’élevage, en particulier ovin, est fortement recommandé en association avec ces cultures», fait savoir Hartani, ajoutant que «ce système permet de valoriser la paille et d’enrichir les sols grâce à l’apport de matières organiques». Selon lui, cette complémentarité renforce aussi la production de viande. «L’élevage ovin constitue un pilier essentiel de la filière des viandes rouges», rappelle-t-il. Dans ce contexte, il estime que le plan quinquennal 2023-2027 consacré au développement de la filière céréalière fixe des objectifs ambitieux mais réalisables. «Le plan vise une production d’environ 8 millions de tonnes de blé dur et tendre», indique-t-il.

Selon lui, l’objectif est d’atteindre entre 5 et 6 millions de tonnes dans le nord du pays grâce aux cultures pluviales, et entre deux et trois millions de tonnes dans le sud à travers l’irrigation. Toutefois, le responsable note que la réussite de cette stratégie dépend d’une organisation efficace et d’un accompagnement technique adapté. «C’est en mobilisant les ressources scientifiques, techniques et humaines que l’Algérie pourra renforcer durablement sa production céréalière», affirme-t-il. Au-delà des perspectives de production agricole, d’autres spécialistes rappellent que la question alimentaire dépasse largement le seul cadre de la production et implique également des enjeux environnementaux, énergétiques et économiques.

Entre ressources naturelles et innovation agricole

«La sécurité alimentaire peut sembler un concept simple composé de deux mots seulement, mais derrière se cachent des centaines de notions et de défis», souligne Khaled Al Ayech, chercheur au département des sciences agricoles de l’Université d’El-Oued, concernant les enjeux liés à la sécurité alimentaire en Algérie et dans le monde. Pour lui, «assurer la sécurité alimentaire, c’est d’abord protéger l’alimentation contre différents dangers qui menacent la production et les ressources».

Et pour cause, «l’agriculture moderne, surtout lorsqu’elle devient intensive, peut avoir des effets négatifs sur l’environnement», affirme-t-il, ajoutant que ce modèle repose souvent sur «une production intensive et une utilisation excessive et parfois irrationnelle des ressources naturelles, notamment l’eau». Et de rappeler que le monde se dirige vers une crise majeure de l’eau. «Certains spécialistes évoquent déjà de futurs conflits autour de cette ressource vitale», fait-il remarquer, soulignant que la dégradation des sols constitue un autre défi majeur. «Près de 75% des terres agricoles dans le monde sont aujourd’hui fortement dégradées», indique-t-il.

Encourager les jeunes à s’orienter vers l’agriculture

La question de l’énergie représente également un enjeu déterminant, c’est pourquoi, insiste Al Ayech, la sécurité alimentaire doit être envisagée de manière globale. «Assurer la sécurité alimentaire signifie garantir une alimentation suffisante et de qualité sans compromettre les ressources naturelles, afin de leur permettre de se renouveler», affirme-t-il. De ce fait, il relève que la sécurité alimentaire n’est donc pas un concept simple, mais un ensemble de facteurs économiques, environnementaux et sociaux. En conséquence il appelle «à moderniser davantage le secteur agricole en intégrant les technologies modernes, y compris l’intelligence artificielle, dans les systèmes de production agricole».

Dans cette dynamique, il estime également nécessaire de renforcer les relations commerciales avec les pays voisins, comme la Tunisie, la Libye, le Niger et la Mauritanie pour rendre le système alimentaire plus flexible et plus résilient. Mais, aussi, de «renforcer les chaînes de production, de transformation et de distribution, tout en réduisant le gaspillage alimentaire», ajoute-t-il. Le chercheur insiste sur l’importance du capital humain. «Investir dans les ressources humaines, encourager les jeunes à s’orienter vers l’agriculture et développer les industries agroalimentaires sont des éléments essentiels pour l’avenir du secteur», souligne-t-il.

Assia Boucetta

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