Start-up: Lancement prochain du fonds souverain d’innovation universitaire

Un fonds souverain d’innovation universitaire sera lancé au profit des start-up, annonce dimanche Ahmed Mir sur les ondes de la radio.

Le président de la Commission nationale de suivi de l’innovation et des incubateurs universitaires au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Ahmed Mir, annonce dimanche la création d’un Fonds dédié au capital-risque universitaire. Le dispositif, en effet, est destiné à partager profits et pertes avec les start-up et les entreprises innovantes, là où le financement bancaire traditionnel hésite à s’aventurer en raison des taux de risque élevés. Cette mesure, qualifiée de tournant décisif, s’accompagne de l’entrée prochaine de quinze filiales universitaires en Bourse et d’une révolution réglementaire attribuant 80% des revenus des brevets à leurs inventeurs.

«C’est une page qui se tourne dans l’histoire de l’université algérienne. Désormais, l’institution académique ne se contentera plus de former et de produire du savoir, elle devient acteur économique à part entière, producteur de richesse et contributeur direct au développement national», affirme Mir sur les ondes de la radio algérienne. Il appelle que cette mutation, inscrite dans les engagements du président de la République, prend corps à travers une stratégie globale pilotée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. «Nous sommes en train de concrétiser une vision qui place l’université au cœur de la compétitivité nationale», dira-t-il.

Partage du risque

Le fonds, une fois accrédité par la Commission de régulation et de surveillance des opérations de Bourse, pourra gérer des capitaux provenant de diverses sources, entre autres universités, acteurs économiques publics ou privés, via des conventions bilatérales. «Concrètement une université comme Bab Ezouar pourrait allouer 20 milliards de centimes, issus de ses recettes hors budget, à des projets ciblés en biologie ou biotechnologie, tout en définissant elle-même les critères de sélection», explique Mir.

Et d’ajouter: «La flexibilité de ce mécanisme garantit que les ressources soient orientées vers les priorités stratégiques de l’institution porteuse, tout en générant des retombées partagées». Initialement constitué à partir des actifs de filiales de l’Université d’Alger regroupées en une structure commune, le fonds prévoit d’élargir son assise financière par plusieurs leviers, accords avec d’autres établissements, mobilisation de recettes extra-budgétaires, ou ouverture du capital via la Bourse pour attirer des investisseurs supplémentaires.

Cette démarche s’inspire de modèles éprouvés depuis les années 1950 dans les écosystèmes d’innovation mondiaux, à l’image des fonds de capital-risque créés par le MIT, l’Université de Californie, ou encore l’Université du Roi Abdallah en Jordanie, souligne le responsable. «Nous adaptons ces expériences internationales au cadre réglementaire algérien, avec l’ambition de créer un environnement incitatif comparable à ceux de la Chine ou de l’Europe», soutient-il.

Réutiliser les gains pour créer de nouvelles filiales

Sur le plan juridique, le fonds adopte la forme d’une société à responsabilité limitée, dont le conseil d’administration décidera annuellement de la répartition des bénéfices ou de leur réinvestissement. L’Université d’Alger, partenaire majeur, pourra ainsi réutiliser ses gains pour créer de nouvelles filiales ou renforcer le capital du fonds. Les enseignants apportant leur expertise en conseil bénéficieront de revenus liés à ces prestations, tandis que les étudiants porteurs de projets innovants verront leurs initiatives financées, le fonds entrant à leur capital et partageant avec eux les aléas économiques.

«Si sur 10 start-up accompagnées, une seule génère des profits significatifs grâce à un brevet universitaire, elle peut compenser les pertes des autres, ce qui illustre la logique de portefeuille propre au capital-risque», développe Mir. Autre avancée majeure annoncée: l’inscription prochaine en Bourse de filiales issues des établissements universitaires. Depuis septembre 2025, 3 dossiers de sociétés publiques relevant du secteur de l’enseignement supérieur ont reçu l’aval du Conseil des participations de l’État pour entamer les démarches d’introduction sur le marché financier.

«Sur les 43 structures filiales recensées au niveau des établissements de recherche et d’enseignement supérieur, environ 50% ont déjà démarré une activité effective, et une quinzaine d’entre elles devraient remplir les critères requis pour ouvrir leur capital, à condition de présenter au moins deux exercices financiers comparables», annonce Mir.

80% des revenus des brevets pour les inventeurs

Parallèlement au dispositif de financement, une stratégie nationale de propriété intellectuelle a été lancée en coordination avec l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) et l’Institut national algérien de la propriété industrielle (INAPI). Élaborée par des experts de la Commission nationale de suivi de l’innovation, de la Direction générale de la recherche scientifique et d’autres instances spécialisées, cette politique s’inspire des standards internationaux tout en respectant la réglementation nationale. «Les inventeurs peuvent désormais percevoir jusqu’à 80% des recettes de cession de leurs brevets, les 20% restants revenant à l’institution universitaire ou de recherche», souligne le président de la Commission nationale de suivi de l’innovation.

Cette disposition inclut également les partenaires économiques ayant contribué au développement du brevet, «une première à l’échelle arabe et africaine dans les relations université-économie». Pour encourager le dépôt et la valorisation des brevets, il a indiqué que l’État prend en charge l’intégralité des frais de dépôt et des redevances annuelles. Une mesure incitative forte visant à transformer les brevets théoriques en applications concrètes.

Les résultats tangibles de cette dynamique sont déjà visibles. Au 31 décembre 2025, le secteur comptabilisait 1.328 micro-entreprises et 324 start-up opérationnelles issues du milieu universitaire. Le Fonds, dont le lancement officiel est attendu prochainement, vise à étendre ce modèle à l’ensemble des universités algériennes en facilitant la mobilisation de ressources financières hors budget et l’accès au capital-risque. «L’objectif est de permettre aux projets innovants des étudiants de franchir le pas vers le marché, plutôt que de rester à l’état de concepts ou de brevets inexploités», conclut Ahmed Mir.

Karima Alloun

 

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