Mme Tafer: «Gara Djebilet sera le cœur battant de la sidérurgie algérienne»

Karima Bakir Tafer, Secrétaire d’État chargée des mines, déclare lundi que «Gara Djebilet sera le cœur battant de la sidérurgie algérienne».
Le secteur des mines adopte un plan directeur visant une transformation radicale. Convertir les ressources minières brutes en une industrie intégrée. Cette stratégie devrait conduire à l’autosuffisance immédiate pour les aciéries nationales, notamment celles d’El Hadjar à Annaba, Tosyali à Oran et Bellara à Jijel.
Assurer une exploitation optimale de ces ressources
Après l’autosuffisance locale, l’Algérie mettra le cap sur la transformation en produits rentables et leur exportation dans la perspective d’occuper une place de leader en tant que fournisseur dans ce domaine. C’est ce qu’affirme lundi la secrétaire d’État auprès du ministre des Hydrocarbures et des Mines, chargée des Mines, Karima Bakir Tafer, lors d’une rencontre organisée par le Conseil nationale social économique et environnemental, (CNESE) au siège du Conseil.
«Conformément aux orientations du président de la République et à la mise en œuvre du programme gouvernemental, notre ministère œuvre sans relâche au développement du secteur minier et à la mise en marche des activités d’extraction, afin d’assurer une exploitation optimale de ces ressources à l’échelle nationale», indique Mme Tafer. L’objectif est clair: contribuer efficacement à la diversification de l’économie nationale et réduire la dépendance aux hydrocarbures, dit-elle.
«Pour y parvenir, nous devons développer ces ressources afin de créer de la richesse, générer de la valeur ajoutée, créer des emplois et fournir les matières premières nécessaires à notre industrie. De la sorte, nous pourrons réduire la facture des importations qui pèse lourdement sur les finances publiques, tout en exportant le surplus, et générer ainsi des devises», relève la secrétaire d’État.
Mettre en place une chaîne de valeur industrielle
Mme Tafer rappelle les réformes entreprises dans le secteur des mines, citant la révision, de fond en comble, du cadre législatif, donnant ainsi naissance à une nouvelle loi sur les activités minières, adoptée en août 2025. «Le développement du gisement de minerai de fer de Gara Djebilet se distingue comme étant la pierre angulaire de notre souveraineté. La décision historique prise par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, d’ordonner le lancement des opérations d’exploitation de ce minerai, après l’achèvement de la ligne ferroviaire reliant Gara Djebilet à Béchar et Tindouf, constitue un véritable tournant pour notre pays», souligne-t-elle.
Mme Tafer relève qu’il ne s’agit pas seulement d’extraire le minerai, mais de mettre en place toute une chaîne de valeur industrielle intégrée, rappelant l’importance capitale de ce gisement recelant 3,5 milliards de tonnes de réserves de minerai de fer, soit le deuxième plus grand gisement inexploité au monde. Aujourd’hui, le plan directeur adopté par le secteur vise une transformation radicale: convertir nos ressources minières brutes en une industrie intégrée.
«Cette stratégie nous conduira à l’autosuffisance immédiate pour nos complexes sidérurgiques, tels que celui d’El Hadjar à Annaba, Tosyali à Oran et Bellara à Jijel, et à occuper une place de leader en tant que fournisseur majeur de cette matière», mentionne-t-elle. Dans ce sillage, Mme Tafer explique que la stratégie du secteur repose sur la transformation locale, en convertissant ce minerai en produits commercialisables hautement rentables, citant, entre autres, les concentrés, les boulettes et les briquettes.
«À titre d’exemple, le coût de production d’une briquette, alternative idéale à la ferraille métallique, est estimé à 210 dollars la tonne, alors que son prix sur le marché international dépasse les 350 dollars. Voilà la véritable souveraineté économique : la valeur ajoutée créée localement», relève la secrétaire d’État.
La déphosphoration du minerai, un défi relevé
La mise en œuvre de cette vision impliquera, développe-t-elle, un plan, déjà élaboré, de déphosphoration en deux phases. À court terme, un partenariat stratégique a été conclu pour la création d’une société stratégique: un projet conjoint entre la Société nationale du fer et de l’acier (Feraal), filiale du groupe Sonarem, et Tosyali Algérie, dans la région de Toumiat, à Béchar, rappelle Mme Tafer.
«L’investissement relatif à cette phase est estimé à 800 millions de dollars pour la création d’un complexe d’une capacité de 4 millions de tonnes par an de concentré de fer», détaille-t-elle Et pour accompagner ce projet colossal, le gouvernement a pensé à assoir une infrastructure vitale, à savoir la ligne ferroviaire Tindouf–Béchar, sur une longueur de 950 kilomètres, dédiée au transport lourd.
«Les retombées de ce projet stratégique redessineront le paysage économique et social de notre pays. Le projet minier de Tindouf, lié aux nouvelles usines de traitement à Tindouf, Béchar et Naâma, représente la première étape concrète vers la réduction de notre facture d’importation et l’exportation du surplus. En substituant nos importations de boulettes de fer et de ferraille, et en développant nos exportations de produits manufacturés, ce plan générera des revenus en devises estimés à plusieurs milliards de dollars», souligne-t-elle.
24.000 emplois directs et indirects
Toujours à propos de l’impact économique du complexe de Gara Djebilet et des industries associées, Mme Tafer estime que cette dynamique créera jusqu’à 24.000 emplois directs et indirects, transformant le grand Sud-Ouest en un pôle industriel majeur. Le secteur des Mines deviendra un véritable moteur de croissance du PIB, dit Mme Tafer. Cependant, un projet d’une telle envergure, qui s’étend sur des décennies, rencontrera inévitablement des défis. Il exigera une gouvernance exemplaire, des financements massifs et un développement technologique continu, où le CNESE est appelé à jouer un rôle crucial.
«Votre Conseil doit rester le gardien de cette vision stratégique, par vos analyses, vos recommandations et votre approche prospective. Vous devez nous aider à protéger cet acquis national, à anticiper les évolutions du marché mondial et à garantir une répartition équitable des bénéfices de ce projet entre nos régions et nos citoyens. Car Gara Djebilet n’est plus un mirage dans le désert. Il deviendra le cœur battant de la nouvelle sidérurgie algérienne: un acier avec lequel nous bâtirons la souveraineté des générations futures», conclut la secrétaire d’Etat chargée des Mines.
A. Mehdid
