Première nationale: l’Université Alger 3 obtient son agrément pour une société de capital-risque

Le premier agrément en Algérie attribuée à une société de capital-risque à caractère universitaire est remis à la «Société d’investissement financier de l’Université Alger 3».

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, et le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, président, ce lundi, la cérémonie de remise du premier agrément à une société d’investissement en capital-risque à caractère universitaire.

Un capital à 188,8 millions de dinars

Cette société dépend de la société d’investissement financier de l’université d’Alger 3. L’agrément a été délivré par la Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse (COSOB). C’est une première en Algérie.  Pour la première fois, une université obtient l’autorisation de créer sa propre structure de capital-risque. Le capital initial s’élève à 188,8 millions de dinars. Ce projet dépasse les simples chiffres : il symbolise l’ambition de l’État de transformer l’université en moteur de développement économique et d’innovation

Intervenant lors de la rencontre, organisée à l’Université d’Alger 3, Kamel Baddari replace l’initiative dans la stratégie de l’État pour 2024‑2029. L’objectif est selon lui, de faire de l’université un moteur de développement. « Elle ne doit plus se limiter à former ; elle doit produire de la richesse », indique-t-il. La réforme universitaire, a-t-il insisté, ne peut plus se limiter aux programmes et aux laboratoires. Elle doit intégrer la dimension économique. Autrement dit, donner aux chercheurs des outils pour transformer leurs travaux en projets viables et  Passer de l’idée au marché, du prototype à l’investissement. Cette ambition répond, en fait, à un constat sur le terrain. « Les jeunes projets innovants peinent à trouver des financements dans leurs premières phases »  reconnait le ministre. Et de reconnaître que « le crédit bancaire classique reste difficile d’accès ». Le capital-risque apparaît, alors comme une réponse adaptée. « Il permet, assure le ministre, « d’assumer le risque là où le système traditionnel hésite ».

L’université, moteur de l’innovation et de l’économie

De son côté, le ministre des Finances salue la nouvelle démarche. Elle donne, dit-il « un nouveau souffle au marché financier ». Pour Abdelkrim Bouzerd, l’intérêt de cette initiative tient aussi à sa nature. Elle ne résulte pas d’une injonction administrative, mais elle émane du monde académique lui-même. Cela traduit, selon lui, une maturation dans la manière de penser le financement et l’investissement. L’entrée de l’université dans la sphère boursière ouvre ainsi un espace inédit. « Elle crée un pont entre deux univers souvent cloisonnés : le savoir et le capital », déclare le ministre

Le président de la COSOB, Youssef Bouzenada, rappelle, pour sa part, que cet agrément s’inscrit dans un processus de modernisation plus large du marché financier. Il rappelle que depuis plusieurs années, l’instance travaille à diversifier les instruments de financement, le capital-risque et les organismes de placement collectif en font partie. Il évoque également le contexte international. Depuis la crise financière de 2008, énonce -t-il, puis les crises sanitaires et géopolitiques successives, la dépendance exclusive au financement bancaire a montré ses limites. Partout dans le monde, rajoute le même responsable, « le capital-risque s’est imposé comme un levier central pour soutenir l’innovation et accompagner les start-up vers l’économie du savoir ».

Une évolution réglementaire

L’Algérie, souligne Bouzenada, a adapté son cadre juridique pour rendre possible ce type d’initiative. « L’agrément accordé à l’Université d’Alger 3 concrétise cette évolution réglementaire », affirme l’intervenant. Sur le terrain, les attentes sont importantes. Le directeur de l’université, le Pr Khaled Rouwaski, indique que le fonds ciblera en priorité les start-up issues du secteur ainsi que les filiales universitaires. L’accompagnement se fera à chaque étape, en passant par la  création, structuration, croissance, puis ouverture à l’international.

Les besoins sont également conséquents. Selon le directeur de l’université Alger 3, « le secteur de l’enseignement supérieur affiche des besoins de financement dépassant le milliard de dollars dans une première phase ». Le nouveau fonds ne comblera pas, selon lui ces besoins mais il constitue un levier stratégique pour réduire la fracture entre potentiel scientifique et concrétisation économique ». «La matière grise» demeure, selon le directeur, la véritable richesse. C’est elle qui doit garantir la viabilité du fonds et en faire, à terme, un modèle reproductible à l’échelle nationale. Avec ce premier fonds universitaire de capital-risque, l’Université d’Alger 3 franchit donc un cap. Elle ne se contente plus de former. « Elle investit et redéfinit progressivement sa place dans l’écosystème économique », conclut le Pr Khaled Rouaski.

Samira Azzegag

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