Accompagnement du processus électoral: Repenser la mission de la presse

Pour l’accompagnement du processus électoral, il faudra repenser la mission de la presse, plaide Lilia Boussadjera, enseignante en journalisme.

Intervenant lors de la session de formation consacrée au rôle des médias dans l’accompagnement du processus électoral, Lilia Boussadjera, enseignante en journalisme à l’Université d’Alger, plaide pour une redéfinition structurelle de la mission médiatique, au-delà de la simple couverture conjoncturelle des campagnes.

Repositionnement des entreprises médiatiques dans l’espace public

D’emblée, elle a posé une interrogation centrale: «Qui rouvre le débat une fois les urnes fermées, si ce n’est les médias?», estimant que le silence observé entre deux échéances électorales ne saurait être assimilé à une neutralité professionnelle. «Le silence entre les scrutins est-il un gage d’objectivité ou un retrait du débat public?», s’interroge-t-elle, soulignant que la saisonnalité de la couverture politique constitue un véritable enjeu. Dans ce sens, Boussadjera met en garde contre une vision réductrice du rôle des médias.

«Si nous limitons l’action médiatique à une présence circonstancielle durant la campagne, nous fabriquons une culture politique éphémère», affirme-t-elle, considérant que cette approche traduit davantage «un repositionnement des entreprises médiatiques dans l’espace public qu’une simple défaillance professionnelle».

L’universitaire insiste, également, sur la nécessité de restaurer le rôle structurel des médias. «L’acte électoral ne se résume pas à un moment technique précédant le vote», précise-t-elle, mais s’inscrit dans «un processus d’éducation politique durable qui s’étend tout au long de l’année». C’est pourquoi, ajoute-t-elle, la mission des journalistes consiste à «contribuer dans la formation d’un citoyen conscient et non un simple électeur informé sur le lieu et la date du scrutin».

Ancrer une citoyenneté active

Dans cette perspective, elle développe 2 axes majeurs. En premier lieu, l’éducation civique permanente. «Les médias doivent vulgariser la Constitution, expliquer les prérogatives du Parlement et des assemblées locales, et montrer l’impact concret des lois sur la vie quotidienne», souligne-t-elle. Vient, en deuxième lieu, le rôle de vigie. «Suivre les promesses électorales et interroger régulièrement les responsables sur leur taux de réalisation renforce la crédibilité du vote», fait-elle remarquer, estimant que c’est grâce à cette stratégie que le citoyen développe une mémoire politique.

Comparant la couverture événementielle au travail structurel, elle explique que la première vise essentiellement à «augmenter ponctuellement le taux de participation», alors que la seconde cherche à «améliorer la qualité du choix électoral et à ancrer une citoyenneté active», indique-t-elle. Ce qui distingue, selon elle, une approche durable, c’est la capacité des médias à produire un discours éducatif, analytique et investigatif en dehors des périodes de campagne.

Abordant l’impact international, Boussadjera affirme que «la couverture en direct, les débats pluralistes et le journalisme de données participent à façonner l’image d’un scrutin transparent», soulignant que la mise en scène médiatique peut influencer l’évaluation des instances internationales quant à la maturité démocratique d’un pays. Toutefois, l’intervenante n’élude pas les défis. «La pression du temps et la course au scoop peuvent conduire à sacrifier la précision», avertit-elle, évoquant également la difficulté d’assurer une couverture équilibrée entre grandes formations et candidats indépendants. Elle a aussi mis en avant les contraintes juridiques.

«Les lois sur la diffamation, la période de silence électoral ou encore la protection des sources constituent des défis réels pour le journaliste», précise-t-elle, rappelant que le cadre légal fixe la frontière entre le permis et l’interdit. Enfin, distinguant le juridique de l’éthique, elle a insisté sur le fait que «la loi détermine ce qui est autorisé ou prohibé, mais la déontologie détermine ce qui est approprié», citant en exemple la retenue dans la publication d’images susceptibles de porter atteinte à la dignité d’un candidat, même si leur diffusion est légalement permise.

Assia Boucetta

 

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