Lutte antiterroriste: La riposte ferme de l’ANP décortiquée par des experts

Dans la lutte antiterroriste, la riposte ferme de l’ANP est décortiquée par 2 experts suite à l’opération menée par les forces algériennes le week-end dernier à Tébessa.
Les forces de l’Armée populaire nationale (ANP) ont mené durant le week-end dernier une opération de grande envergure qui a permis d’éliminer sept terroristes, dont deux émirs, et de récupérer des armes lourdes ainsi que des munitions, à l’issue d’un affrontement avec ces groupes terroristes. Cette opération s’est malheureusement soldée par la perte de trois des meilleurs fils de la patrie, tombés en martyrs dans l’accomplissement de leur devoir.
«L’opération montre une fois de plus que l’armée nationale a toujours été et restera un symbole de sacrifice et de résistance», commente le président de la Commission des Affaires étrangères au Conseil de la Nation et enseignant en sciences politiques et relations internationales, Mohamed Amroune. Et d’ajouter: «Pour le peuple algérien, l’ANP demeure une source de fierté et un rempart essentiel pour la protection de la nation».
La doctrine militaire algérienne dans la lutte antiterroriste
Dans ce sens, l’analyste rappelle que la doctrine militaire algérienne dans la lutte contre le terrorisme s’est forgée dans un contexte très particulier. «L’Algérie a été confrontée à ce phénomène dès le début des années 1990 et elle l’a combattu avec ses propres capacités et ses propres moyens», souligne Amroune. «À cette époque, la communauté internationale ne s’était pas encore engagée pleinement dans cette lutte», précise-t-il. Il faut savoir, poursuit-il, que «l’Algérie s’est retrouvée presque seule face à cette menace».
Amroune rappelle aussi que c’est dans ce contexte que s’est construite la doctrine militaire algérienne, fondée sur une expérience purement nationale, marquée par «l’intelligence stratégique et la capacité d’adaptation». «Aujourd’hui, plusieurs pays cherchent à s’inspirer de l’expertise algérienne et à bénéficier de son expérience dans la lutte contre les phénomènes terroristes», fait-il remarquer. Cette reconnaissance internationale, ajoute-t-il, «est le fruit de décennies d’efforts et de sacrifices consentis par les forces de sécurité».
Sur le plan régional, il invite à la vigilance. L’Algérie reste une cible. «Des tentatives persistent pour déstabiliser le pays et réactiver des groupes qui ont pourtant perdu tout espoir», affirme le sénateur. Pour lui, le message de l’ANP est clair «ceux qui cherchent à porter atteinte à la sécurité nationale n’ont que deux choix. Soit revenir à la raison via les politiques de réconciliation, soit faire face à la fermeté de l’État». Selon lui, ces groupes exploitent l’instabilité au Sahel et sont souvent liés à des réseaux internationaux.
Une vision durable de la sécurité
Cette vision d’une vigilance globale est partagée par Mohamed Cherif Daroui, expert en planification stratégique et en relations internationales. «L’Algérie n’agit pas uniquement dans l’urgence sécuritaire. Elle ne se base pas seulement sur des informations circonstancielles ou ponctuelles», précise-t-il, soulignant que les institutions sécuritaires disposent d’une lecture globale et anticipative des menaces.
Dans ce sens, «l’Algérie est pleinement consciente de la profondeur et de l’ampleur des risques auxquels elle fait face à différents niveaux», indique-t-il. «C’est pourquoi elle traite ces menaces selon le principe de l’unité et de la continuité», ajoute-t-il, expliquant que «l’approche algérienne repose sur une vision durable et globale de la sécurité». Aussi les groupes terroristes, leurs résidus, les nouvelles formes d’actions terroristes, mais aussi le crime organisé, le trafic d’êtres humains et de drogue, sont considérés comme une seule masse de menaces. «L’Armée nationale populaire traite ces phénomènes dans un même cadre stratégique, car ils pèsent tous sur la sécurité et la stabilité du pays», relève Daroui, précisant que «l’Algérie agit également selon une approche préventive».
«Lorsque l’on annonce la neutralisation d’un émir ou d’un terroriste, certains peuvent penser que le chiffre reste faible», avance-t-il. «Mais sur le plan opérationnel, cela signifie que l’armée envoie un signal clair à tous ceux qui soutiennent ces groupes, qu’il s’agisse d’États, de lobbys ou d’intérêts hostiles», affirme-t-il. Pour lui, neutraliser un seul individu, même dans les profondeurs du Sahara, qui représente presque un continent à l’intérieur d’un continent, montre le niveau de préparation et la capacité globale de sécurité du pays. «Cela prouve aussi la capacité de l’ANP à agir dans les zones les plus difficiles», ajoute-t-il.
Le citoyen, premier rempart de la stabilité nationale
Selon Daroui, ces résultats reposent sur plusieurs facteurs: l’information, la préparation, la rapidité d’intervention et la puissance opérationnelle. «Les bilans publiés régulièrement par le ministère de la Défense nationale confirment cette dynamique», souligne-t-il, notant que les opérations menées entre le 4 et le 10 mars montrent clairement la vigilance et le professionnalisme de l’ANP.
Daroui rappelle aussi le lien étroit entre les trafiquants de drogue et les terroristes. Les uns ont besoin de routes sécurisées, les autres de financement. Concernant la drogue provenant de l’ouest, il estime qu’il existe une dimension stratégique visant à fragiliser la jeunesse algérienne. «On ne parle plus de quelques milliers de comprimés, mais de millions. Cela montre une stratégie organisée», fait-il remarquer. Face à ces visées hostiles complexes, «l’ANP mène une guerre d’usure inverse, infligeant des pertes logistiques lourdes aux réseaux criminels», soutient-il. Mais l’information reste, selon lui, la pierre angulaire. Au-delà du renseignement militaire, Mohamed Cherif Daroui met l’accent sur l’information citoyenne.
«La société doit participer à la sécurité nationale», affirme-t-il. Pour lui, signaler un danger est une responsabilité nationale et non une délation, une idée héritée de l’époque coloniale qu’il faut dépasser. En somme, la cohésion nationale reste le véritable rempart. «Si l’armée est une institution spécialisée, la vigilance collective est essentielle pour surveiller un territoire immense de 2,4 millions de kilomètres carrés », rappelle l’analyste. «Le citoyen doit passer du simple niveau de conscience à une compréhension profonde des dangers», conclut Mohamed Cherif Daroui. Car, dit-il, «la stabilité du pays dépend de cette union entre le peuple et ses institutions sécuritaires».
Assia Boucetta