Un médecin généraliste en parle: sous la blouse blanche, le jeûne et l’engagement

A peine 8 heures du matin, le cabinet du Dr Halima Thabet, médecin généraliste, ouvre ses portes.
En ce mois de Ramadhan, la femme médecin entame sa journée comme à l’accoutumée, stéthoscope autour du cou, esprit concentré, malgré le jeûne qui accompagne chaque instant de travail. Les premiers patients arrivent déjà, porteurs de maux du corps et parfois de blessures invisibles. «Le Ramadhan ne change pas mon rythme professionnel, mais il transforme profondément ma manière de vivre mes journées», confie-t-elle.
Le sens du devoir au-delà du jeûne
Avant l’aube, elle s’est levée pour le s’hour, un moment calme, presque suspendu, où elle se prépare autant physiquement que mentalement à une longue journée de consultations. «C’est un temps pour moi, pour me recentrer, poser mes intentions et me rappeler que je vais soigner tout en jeûnant» Les heures s’enchaînent rapidement. Consultations, diagnostics, ordonnances, urgences imprévues.
Le jeûne, discret, s’efface derrière l’exigence du métier. «Quand je suis face à un patient, je n’ai plus conscience de la faim ni de la soif. La responsabilité prend le dessus». Pourtant, en fin de journée, la fatigue se fait parfois sentir, plus intense qu’à l’accoutumée. «Il faut apprendre à écouter son corps sans jamais négliger celui des autres».
Ramadhan, un mois pour renforcer les liens humains
Pour cette généraliste, Ramadhan est aussi un mois où le lien humain se renforce. Les patients se montrent plus confiants, plus enclins à parler. «Beaucoup évoquent leurs difficultés à jeûner, leur fatigue, leurs inquiétudes. Certains viennent presque chercher un soutien moral». Elle adapte alors ses conseils, rappelant que la santé reste une priorité et que le jeûne doit se vivre avec équilibre et sagesse.
Femme, médecin, souvent mère et épouse, elle jongle entre les rôles avec lucidité. «Après l’iftar, la journée n’est pas terminée. Il y a la maison, la famille, parfois encore des appels de patients. C’est exigeant, mais le Ramadhan m’enseigne la patience et l’organisation».
Samira Sidhoum