Aux sources de la sagesse: le jeûne, une école de patience

Qu’il soit religieux, thérapeutique ou volontaire, le jeûne impose une pause dans le rythme effréné de la vie moderne. Au-delà de ses effets sur le corps, il se révèle être une véritable école de patience.
Dans un monde où l’immédiateté est devenue la norme, le jeûne apparaît comme une pratique à contre-courant. Pour Ahmed Ben Malek, membre du Haut-Conseil islamique (HCI), le mois de jeûne possède de multiples vertus.
Le jeûne est une école de patience
« Ce mois est une école de patience. Le croyant apprend à s’abstenir des péchés, à adapter son corps et à surmonter les difficultés, conformément aux enseignements du Saint Coran. Allah promet une récompense immense aux patients », explique-t-il, citant le verset : « Ô mes serviteurs qui avez cru ! Craignez votre Seigneur. Ceux qui ici-bas font le bien auront une bonne récompense. La terre d’Allah est vaste et les endurants auront leur pleine récompense sans compter ».
Jeûner, c’est accepter de différer une satisfaction élémentaire : manger. Ce geste quotidien, répété plusieurs fois par jour, devient soudain interdit ou repoussé. Le corps réclame, l’esprit proteste : c’est là que commence l’apprentissage. Résister à l’envie immédiate forge une discipline intérieure qui dépasse l’alimentation, souligne le spécialiste. Il rappelle le hadith du Prophète (QSSS) : «Tout ce qui concerne le croyant est un bien. Si un bonheur lui provient, il se montre reconnaissant ; si un malheur l’atteint, il se montre patient ; et c’est un bien pour lui.». La patience n’est pas une passivité, mais une force permettant de traverser l’épreuve sans céder.
La dimension éducative du jeûne
« Le jeûne met chacun face à ses limites : faim, fatigue, irritabilité. Mais il offre la possibilité de transformer ces contraintes en énergie morale. Chaque heure passée sans céder devient une victoire intime », ajoute Ben Malek. Le jeûne enseigne aussi à redonner au temps sa valeur. Attendre le moment de rompre le jeûne transforme l’instant et le geste de manger en source de satisfaction. La patience acquise se transpose dans le travail, les relations et les projets de vie. Toutes les doctrines religieuses reconnaissent la dimension éducative du jeûne.
Dans l’Islam, il est au cœur du Ramadhan, tandis que d’autres religions l’utilisent pour la pénitence et la préparation spirituelle. Même hors religion, le jeûne thérapeutique ou volontaire est une expérience de recentrage, associée à la patience et à la maîtrise de soi. Pour Samia Guattouche, spécialiste sociale et membre du HCI, le mois sacré inspire patience et tolérance. « Le jeûne apprend au croyant à se réconcilier avec lui-même et à instaurer l’autocontrôle dans sa vie quotidienne».
Bâtir une société plus juste et solidaire
En apprenant à patienter, le jeûneur découvre une forme de liberté, n’étant plus prisonnier de ses envies immédiates. En somme, le jeûne n’est pas seulement une pratique alimentaire ou spirituelle. Il est une école de patience, rappelant que la maîtrise de soi est une richesse et que la patience est une vertu active. Le jeûne a aussi une portée collective. Il invite à la solidarité, à la générosité et à l’empathie envers les autres, particulièrement les plus démunis.
En ralentissant le rythme de la vie quotidienne et en renforçant la conscience de soi, le croyant est amené à mieux comprendre et respecter les besoins d’autrui. Ainsi, le Ramadhan devient une école de fraternité, où patience, partage et humanité se conjuguent pour bâtir une société plus juste et solidaire.
A. Mehdid