Le combat silencieux d’une femme d’hygiène

Femme d’hygiène dans un établissement public depuis plus de 20 ans, Djaouida connaît la fatigue des journées longues, le travail discret et rarement reconnu.

Chaque matin de Ramadhan, bien avant l’appel du fadjr, Djaouida est déjà debout. Durant le mois sacré, elle vit comme elle a toujours mené sa vie : dans l’effort, la dignité et la foi. «Ramadhan, pour moi, ce n’est pas seulement le jeûne. C’est l’endurance», confie-t-elle d’une voix posée.

« Aujourd’hui, tout va vite, même le Ramadhan » 

Ses journées commencent tôt, se poursuivent dans les couloirs qu’elle nettoie en silence, puis se prolongent à la maison, où l’attend sa fille, handicapée et orpheline, qu’elle élève seule depuis de nombreuses années. Djaouida se souvient des Ramadhans d’autrefois avec une certaine nostalgie. «Avant, même si on n’avait pas grand-chose, il y avait plus de temps, plus de partage. Les voisins se visitaient, les familles se rassemblaient. Aujourd’hui, tout va vite, même le Ramadhan». 

Elle ne critique pas, elle constate. Pour elle, le mois sacré a changé de forme, mais pas de sens. «C’est à chacun de lui redonner sa valeur». Après une journée de travail, la fatigue se fait sentir, surtout en fin d’après-midi. Pourtant, elle tient. «Quand je pense à ma fille, je trouve la force. Elle aussi jeûne quand elle peut, à sa manière. Ramadhan nous rapproche». L’iftar est un moment simple, sans excès, mais chargé d’émotion.

Ramadhan, un mois de gratitude

Dans sa petite cuisine, Djoujou prépare des plats modestes, souvent les mêmes. «Une chorba, c’est indispensable. Un peu de bourek quand je peux. Parfois des légumes, parfois un plat simple. L’important, c’est que ce soit fait avec le cœur». Les douceurs ne sont pas une priorité. «On n’a pas besoin de beaucoup pour rompre le jeûne».
Ce mois sacré est aussi pour elle un temps de recueillement et de gratitude. «Dieu m’a donné la force d’élever une enfant qui n’est pas née de moi, mais qui est toute ma vie. Ramadhan me rappelle que chaque épreuve a un sens». 

Elle parle peu de sacrifice, encore moins de mérite. Elle fait ce qu’elle a toujours fait : avancer. À travers le jeûne, le travail et la responsabilité, Djoujou incarne ces femmes invisibles qui portent Ramadhan dans des gestes simples, loin des tables abondantes et des discours. Un Ramadhan vécu dans la discrétion, la constance et une foi profondément enracinée.

Samira Sidhoum

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