Jus naturels sans étiquettes: L’Apoce appelle à la vigilance

Durant le Ramadhan, les jus naturels sans étiquettes se multiplient sur les étals. L’Apoce appelle les consommateurs à la vigilance face aux risques sanitaires.
Tout au long du Ramadhan, les étals se parent des couleurs vives du jus d’orange, cocktails de fruits, mélanges exotiques…Des bouteilles qui s’alignent, souvent sans la moindre étiquette, sont présentées comme «100 % naturels». Face à cette prolifération, le président de l’Association nationale de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce) appelle à la prudence et au discernement.
Mustapha Zebdi est formel. «On ne peut pas se prononcer sur la qualité d’un produit sans l’avoir testé», rappelle-t-il. Pour lui, la question ne relève pas uniquement de l’apparence ou du discours commercial. Certes, des commerces se sont spécialisés dans la préparation de jus frais à la demande. Lorsque le produit est préparé en présence du client, que le processus est visible: lavage des fruits, pressage, mise en bouteille immédiate, celui-ci peut, dans une certaine mesure, se faire sa propre idée.
Mais la situation se complique s’agissant de bouteilles déjà remplies, proposées à la vente sans étiquetage, sans indication d’origine, de date de préparation ou de composition. «Là, nous sommes davantage dans une relation de confiance que dans une garantie objective», souligne-t-il. Beaucoup achètent parce qu’ils connaissent le commerçant, ont l’habitude ou parce que la réputation du lieu les rassure. Or, la confiance ne remplace pas l’information.
L’étiquetage, une garantie de sécurité indispensable
Pour notre interlocuteur, l’absence d’étiquettes est un véritable problème. Un produit alimentaire, même artisanal, doit fournir un minimum d’indications : ingrédients, conditions de conservation, date limite de consommation. Sans ces éléments, le consommateur avance à l’aveugle. «Sous prétexte que c’est naturel, cela ne veut pas dire que c’est sans risque», insiste-t-il.
Il évoque notamment les personnes vulnérables, comme les diabétiques. Un jus présenté comme «naturel» peut contenir une forte concentration de sucres issus des fruits, voire des ajouts non déclarés. «On ne peut pas se contenter de dire à un client, c’est naturel. Ce n’est pas suffisant», prévient-il.
Un nutritionniste, le Dr Amine Kicmi, abonde dans le même sens. Le terme «naturel» est souvent mal interprété par les consommateurs. «Un jus, même pressé à partir de fruits frais, reste une source concentrée de sucres. Sans indication claire sur la composition ou le mode de conservation, il est difficile d’évaluer sa valeur nutritionnelle et son impact sur la santé, notamment pour les personnes souffrant de diabète ou de troubles métaboliques», explique-t-il. L’absence d’étiquetage prive le consommateur d’informations essentielles sur d’éventuels ajouts de sucre ou d’additifs.
Entre commodité et exigences de traçabilité
Du côté des consommateurs, certains affirment privilégier les jus préparés devant eux, car cela constitue une garantie suffisante. «Quand je vois les fruits pressés sur place, je suis rassurée», confie une cliente rencontrée dans un marché de proximité à la rue Khelifa Boukhlafa (Alger-Centre). D’autres reconnaissent acheter des bouteilles déjà prêtes, par commodité et manque de temps, tout en admettant ne pas toujours s’interroger sur leur traçabilité.
En cette période où la rupture du jeûne s’accompagne souvent de boissons sucrées et rafraîchissantes, la tentation est grande d’acheter parfois dans la précipitation. Cependant, Mustapha Zebdi recommande la vigilance, de privilégier les produits préparés dans des conditions visibles et hygiéniques et éviter les boissons déjà conditionnées sans étiquetage clair.
Son message est sans ambiguïté: si le jus est préparé sur place, dans des conditions de transparence et d’hygiène, le consommateur peut observer et juger. En revanche, lorsqu’il est prêt à emporter, sans la moindre information réglementaire, mieux vaut s’abstenir. «Le naturel ne dispense pas du respect des règles», conclut-il, rappelant que la protection du consommateur commence par l’accès à une information fiable et vérifiable.
Samira Sidhoum